• Les Nabis et le décor au Musée du Luxembourg

    L’exposition présentée au Musée du Luxembourg est la première en France consacrée à l’art décoratif et ornemental des Nabis. À la fin des années 1880, de jeunes artistes se regroupent pour affirmer leur opposition à l’impressionnisme, qu’ils jugent trop proche de la réalité. Ils se désignent eux-mêmes comme des « nabis » – mot qui signifie « prophètes » en hébreu et en arabe – car leur ambition est de révéler une nouvelle peinture qui allait déboucher au tournant du siècle sur  l'Art Nouveau...

    Les Nabis et le décor au Musée du Luxembourg


    Le groupe, actif entre 1888 et 1900, se compose au début de peintres tels que Paul Sérusier, Paul-Élie Ranson, Pierre Bonnard, Édouard Vuillard, Maurice Denis, bientôt rejoints par d’autres artistes, notamment Ker-Xavier Roussel. Ces personnalités, très différentes, s’accordent à donner à la peinture un rôle essentiellement décoratif avec l’idée d’abolir la frontière entre beaux-arts et arts appliqués. Maurice Denis s’expliquera un peu plus tard du choix du mot de « Nabi » : « c’était un nom qui, vis-à-vis des ateliers, faisait de nous des initiés, une sorte de société secrète d’allure mystique, et proclamait que l’état d’enthousiasme prophétique nous était habituel. »

    Fascinés aussi bien par Paul Gauguin que par les estampes japonaises découvertes à l’occasion d’une exposition organisée à l’École des beaux-arts de Paris en 1890, les Nabis s’inspirent des images planes et colorées, des images simplifiées pour créer un style original.

    Maurice Denis - Avril, 1892. © Otterlo, Kröller-Müller Museum.
    Maurice Denis - Avril, 1892. © Otterlo, Kröller-Müller Museum.

    Vuillard est âgé de trente-six ans lorsqu’il reçoit une commande de son ami Alexandre Natanson (frère de Thadée, animateur de la Revue Blanche, époux de Misia) pour réaliser un décor destiné à orner le salon-salle à manger de son hôtel particulier. Le mécène lui laisse carte blanche pour le sujet des panneaux destinés à être encastrés dans des boiseries. Une partie de ces panneaux sont reconstitués dans l'exposition.

    Roussel,Vuillard,Coolus,Vallotton photographiés par Alfred Natanson
    Roussel,Vuillard,Coolus,Vallotton photographiés par Alfred Natanson

    Edouard Vuillard. Personnages dans un intérieur  1896. © Petit Palais/Roger-Viollet.
    Edouard Vuillard. Personnages dans un intérieur
    1896. pour A.Natanson © Petit Palais/Roger-Viollet.

    En 1895, le galeriste Siegfried Bing demande à Maurice Denis de réaliser une frise décorative pour une chambre à coucher destinée à sa Maison de l’Art nouveau (rue de Provence). Denis s’inspire du cycle de lieder de Schumann L’Amour et la vie d’une femme pour représenter des épisodes marquants de l’existence féminine, de la passion amoureuse à la maternité. Les parisiens découvrent l'exposition organisée chez le commanditaire. Les pièces remplies de meubles, de bibelots, de peintures, de sculptures et d’estampes sont aménagées comme un appartement. Des frises décoratives commandées par Bing à Denis et Ranson figurent au milieu de meubles conçus par l’architecte décorateur d’intérieur Henry Van de Velde. Bing avait eu l’idée géniale de conjuguer le talent des artistes avec celui des artisans pour renouveler le décor des intérieurs modernes.


    Paul Ranson. Les Canards, vers 1894-1895.© musée des beaux-arts de Quimper.
    Paul Ranson. Les Canards, vers 1894-1895.Papier peint.© musée des beaux-arts de Quimper.

    À cette époque, presque tous les Nabis dessinent des projets d’arts appliqués :éventails, abat-jour, tapisseries, vaisselle, paravents, papiers peints...Cette même année 1895, Bing commande à Bonnard, Maurice Denis, Roussel, Toulouse-Lautrec et Vallotton des cartons pour des vitraux, qu’il fait exécuter par le maître verrier américain Louis Comfort Tiffany.

    Les créations des Nabis dans le domaine des arts appliqués, bien que restées expérimentales, ont joué un rôle important dans l’abolition de la frontière entre art et artisanat.  Leur art se nourrit de diverses philosophies, religions ou doctrines comme l’ésotérisme. Il s’inspire également de la littérature, du théâtre et de la poésie du temps. En conclusion de l’exposition, la section «  rites sacrés » revient sur la portée spirituelle et philosophique des décors Nabis.

    Paul Ranson pour  l'intérieur de Bing - 3 femmes à la récolte © D. Balloud
    Paul Ranson pour  l'intérieur de Bing - 3 femmes à la récolte © D. Balloud.

    Du 13 mars au 30 juin 2019
    Ouvert tous les jours de 10h30 à 19h et nocturne tous les lundis jusqu’à 22h au musée du Luxembourg.


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