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    “Le peuple de Paris au XIXe Siècle : des guinguettes aux barricades” au Musée Carnavalet




    Le musée Carnavalet nous propose un voyage au cœur du Paris populaire du XIXe siècle. Au travers d’une dizaine de salles, il nous brosse le portrait d’une figure de l’imaginaire parisien, bien connue et devenue mythique : le peuple.

    Il a mille visages, il peut être ouvrier, chiffonnier, étudiant, nourrice, lavandière, ouvrière, grisette, couturière, lingère, porteur d‘eau, blanchisseuse, journalier, domestique, charbonnier, limonadier, boutiquier, mille petits métiers dont beaucoup ont disparus. Beaucoup viennent de loin, de la province, de l’étranger aussi, la population de Paris est multipliée par 5 au cours du siècle (de 500K en 1801 à 2.5M en 1900). Paris est entouré d’une barrière, le mur des fermiers généraux qui en fait une souricière pour ceux qui sont à l’intérieur et une citadelle pour ceux de l’extérieur. Paris est un fromage, une tentation pour tous ceux qui viennent s’agglutiner contre les barrières et doivent payer l’octroi pour les marchandises vendues dans une ville riche, très riche, où l’on vient chercher un peu de travail, de l’argent et beaucoup d’aventures.
    À l’intérieur, ils s’installent surtout autour du Châtelet, dans la Cité, vers Saint Marcel, vers Saint Antoine. Ils se déplaceront ensuite vers Belleville, vers Ménilmontant. Pour quelques-uns, qui arrivent à sortir du lot, beaucoup restent à la merci des accidents, de la maladie ou du chômage qui fait que 80 % des Parisiens de 1830 finissent à la fosse commune.  Dans cette ville de 55.000 domestiques, les usines pullulent et les prolétaires aussi. Ils paient cher un misérable logis, sans eau, sans électricité où la moindre infection peut se transformer en épidémie et les odeurs putrides de la rue se mélangent aux déjections des chevaux et aux ordures courantes.

    La moitié de Paris couche dans les exhalaisons putrides des cours, des rues et des basses œuvres” dit Balzac. Le Cholera de 1832, c’est 200 morts par jour. Un enfant travaille à 8 ans. A 13 ans, c’est 12 heures par jour. Mais comme toujours à Paris, le beau cache le laid, tout le siècle n’est pas uniforme, les périodes de survie alternent avec les crises terribles ou la famine menace par la rareté et le prix du pain, jetant dans la rue des masses de vagabonds, qui deviennent voleurs, voleuses, criminels, souteneurs. Ceux qui sont épargnés s’entassent dans des taudis, voire dans des caves, c’est le Paris d’Eugène Sue, de Baudelaire mais c’est surtout là que naîtront les Blanqui, louis Blanc, Barbès, Ledru-Rollin, Raspail, Garnier-Pagès, Proudhon, Vallès et tous les révolutionnaires professionnels qui suivront les spasmes de cette ville en folie, 1828, 1830, 1831, 1834 jusqu’en 1846, l’année terrible.
    Les prix flambent après la récolte désastreuse et les usines ferment par dizaines, le chômage s’installe. Les rassemblements ouvriers réclament du pain, du travail et hissent le drapeau rouge : le drapeau de la révolte. La  République sera proclamée, mais si la République peut donner le droit de vote à tous, elle ne donne pas le droit au pain et n’invente pas le travail. Le 21 juin 1848, le gouvernement républicain demande aux ouvriers de moins de 25 ans de s’engager dans l’Armée et aux autres de repartir en province : c’est l’émeute. L’illusion lyrique finira dans le sang des martyrs des 24 et 25 juin 1848 : 4.000 morts, 25.000 arrestations, 11.000 emprisonnés, 1.500 fusillés. La deuxième république finira comme la première : avec l’Armée et un Bonaparte aux commandes du pays. Peu de temps après, ce dernier nommera un préfet aux pouvoirs étendus pour pulvériser les taudis, raser les barrières, installer 500 km d’égouts et l’approvisionnement en eau, aérer la ville, purifier les Halles, faire des “espaces verdoyants” et tracer des boulevards : Georges Eugène Haussmann, “l’artiste démolisseur” de 1860.
                                  “Le vieux Paris n’est plus ; la forme
                                   d’une ville / Change plus vite, hélas ! que le cœur
                                   d’un mortel” (Charles Baudelaire)
    À la suite de ce chantier pharaonique, on pense que c’est terminé. Mais non ! Comme dans ces films où le méchant qu’on croyait mort relève la tête dans un ultime et macabre sursaut, comme une histoire qui se termine mal, il y aura la Commune de 1871. Paris qui saigne à nouveau, Paris qui brûle,  20.000 morts et 40.000 arrestations : le chant du cygne.  Le peuple : une malédiction comme disait Blanqui.
    Pour revenir à cette exposition, je dirais qu’elle tient assez peu compte des réalités historiques et qu’elle développe plutôt des tableaux : “Au travail” sur les métiers, “Honoré Daumier” illustrateur célèbre, “des pauvres” sur la misère, “Peur sur la ville” au sujet de la criminalité …

    Cette construction, bien qu’intéressante et réaliste, donne une image un peu trop synthétique de la réalité, alors qu’il y eu bien un “avant les massacres de 1848” et un après, tout comme il y eut un “avant Haussmann et Napoléon III” et un après. La présence, dans la première salle, de la superbe maquette de la “Zone” qui entourait l’enceinte de Thiers et comptait 30.000 personnes en 1900 est assez déroutante pour une entrée en matière. Tout comme ces ramoneurs sur l’affiche, est-ce une symbolique de la question sociale qui empoisonnera tout le siècle ? c’est vrai également de l’opposition abstraite entre le “peuple” et la “classe dirigeante”. À mes yeux, ces choix sont très symboliques, comme Daumier représente l’ascension du pouvoir de la presse, 171 journaux vers le milieu du siècle, et de son rôle dans les évènements. En réalité, 1830 n’est pas 1848 et encore moins 1871.
    Mais derrière tout cela, il y a bien une constante : celle d’une grande variété d’individus au travail, en proie héroïquement à la surpopulation et aux soubresauts économiques de la révolution industrielle qui fait proliférer les ateliers et les petites usines et débouche sur la fragilité et la dépendance des individus.

    La ville subit un bouleversement titanesque au double visage, l’un clair, celui des guinguettes, l’autre obscur, sur les barricades, la réglementation sociale évoluera mais aucun régime n’y survivra et naitra une mythologie : celle du socialisme et de l’ouvrier Albert. Le peuple de Paris au XIXe siècle, c’est une histoire émouvante de milliers d’individus, des chiffres qui font peur et l’histoire d’une malédiction.

    Edm Jean Pigal, la leon de danse
    Exposition "Le peuple de Paris au XIXe siècle. Des guinguettes aux barricades"
    jusqu'au 26 février 2012 (tous les jours de 10h à 18h, sauf lundi et jours fériés).
    Musée Carnavalet, 23 rue de Sévigné, 75003 Paris, site Internet :
    http://carnavalet.paris.fr/fr/expositions/le-peuple-de-paris-au-xixe-siecle
    http://www.parismusees.com/le-peuple-de-paris/
     
     
     


    LE PEUPLE DE PARIS AU XIXe SIÈCLE par paris_musees





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