John Singer Sargent (1856-1925), grand portraitiste et maître de l’aquarelle, est l’un des artistes américains majeurs de son temps, mais reste peu connu en France. Né en Italie, américain de nationalité, il a travaillé principalement à Londres tout en entretenant un lien profond avec Paris, premier centre artistique mondial à la Belle Époque.
À dix-huit ans, John Singer Sargent se présente avec son père chez Carolus-Duran, portraitiste renommé. Impressionné par son talent, Carolus-Duran l’accepte immédiatement dans son atelier, où travaillent surtout des élèves anglo-saxons. Parallèlement, Sargent réussit aussi le concours d’entrée à l’École des Beaux-Arts. Le Salon, immense exposition d’art contemporain organisée chaque année au Palais de l’Industrie à Paris, est alors l’événement incontournable pour les artistes. Des centaines d’exposants et des milliers d’œuvres y attirent un vaste public, ainsi que les critiques, les acheteurs et l’administration des Beaux-Arts. Pour ce jeune peintre en quête de reconnaissance, c’est une scène essentielle. Entre 1877 et 1885, il y présente chaque année un ou plusieurs tableaux, mêlant portraits et œuvres inspirées de ses voyages.
Sargent rejette très tôt les sujets historiques et se tourne vers le naturalisme, cherchant à représenter la réalité. Cependant, il s’intéresse moins à la modernité urbaine qu’aux thèmes ruraux et traditionnels, qu’il aborde dans ses peintures de voyage. Chaque œuvre est pour lui une étude précise de la lumière et de la couleur. Ces tableaux de jeunesse contribuent peu à peu à le faire reconnaître par le public et la critique parisienne, sensible à l’émergence de son style singulier.
Quelques années après son installation à Paris, il se tourne vers le portrait, un genre alors en plein essor grâce à la demande bourgeoise. Entre 1877 et 1884, il présente chaque année un portrait au Salon pour se faire connaître. À une époque où le portrait photographique se développe et où les impressionnistes renouvellent la représentation des modèles, Sargent s’impose rapidement.
Il reçoit prix et commandes de milieux variés — artistes, expatriés américains fortunés, aristocrates français — et se distingue par sa capacité à flatter ses modèles. Il réalise ainsi des œuvres ambitieuses, longues à exécuter, qui impressionnent au Salon par leur virtuosité. En 1881, Sargent prend un luxueux atelier au 41 Boulevard Berthier (17e arrondissement).
Virginie Amélie Avegno, née à la Nouvelle-Orléans et installée en France dès 1867, devient une figure majeure de la haute société parisienne, elle épouse l’homme d’affaires Pierre Gautreau, et on l'admire pour sa beauté singulière. Sargent, fasciné par son apparence, la convainc de poser pour lui. À 28 ans, il réalise un portrait ambitieux et audacieux qui, dès sa présentation au Salon de 1884, suscite un scandale : pose jugée provocante, bretelle tombée, maquillage marqué et attitude considérée comme arrogante.
Face aux critiques, Sargent retouche la toile en relevant la bretelle et conserve l’œuvre jusqu’à sa vente en 1916 au Metropolitan Museum of Art. Il la rebaptise alors « Madame X » et la considère comme l’un de ses chefs-d’œuvre.
Après le scandale de Madame X, la carrière de Sargent est ébranlée, mais il reste encore quelque temps à Paris, où il poursuit ses commandes et continue d’exposer au Salon. À partir de 1886, il s’installe définitivement à Londres. Il garde des amitiés fidèles, en crée de nouvelles et se rapproche particulièrement de Monet, qu’il admire profondément.
En 1889, il connaît un grand succès à l’Exposition Universelle de Paris : il reçoit une médaille d’Honneur et devient chevalier de la Légion d’Honneur. Depuis Londres, il reste actif sur la scène artistique française, exposant au Salon jusqu’en 1905 et voyageant en France jusque tard dans sa vie.
À sa mort en 1925, Sargent est quelque peu oublié à Paris, même si certains journaux saluent cet artiste profondément attaché à la France malgré une carrière menée entre plusieurs pays.
Jusqu'au 11 janvier 2026 au musée d'Orsay
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