• Nuits parisiennes à l'Hôtel de Ville

    La nouvelle exposition dans la salle Saint-Jean de l’Hôtel de Ville retrace l’histoire de la vie nocturne dans la capitale du XVIIIe siècle à nos jours. Exposition gratuite, assez bien médiatisée, qui revient sur les lieux mythiques de la fête parisienne, voyageant dans l'espace et le temps, en fonction des modes et des envies : une affiche alléchante pour un sujet au cœur de la réputation de la ville lumière...

    Exposition "Nuits parisiennes" à l'Hôtel de Ville
    Exposition "Nuits parisiennes" à l'Hôtel de Ville


    Il est vrai que la lumière joue un rôle capital dans cette affaire, puisqu'on associe généralement la naissance de la vie nocturne avec l'apparition de l'éclairage au gaz, particulièrement sur les Grands Boulevards. Baudelaire était fasciné  par cette "nuit devenue plein jour" et l'apparition de cette faune de noctambules apprêtés comme pour une noce permanente remplie d'inconnus sans but. L'exposition démarre donc au début du XIXe siècle, alors qu'on s'amusait déjà follement à Paris bien avant la  Révolution, dans les nombreux salons et certaines auberges, entre autres. Des lieux très différents que vous soyez puissants ou misérables, mais cette partition a-t-elle vraiment changé au cours du temps ?

    C'est bien le Palais Royal, ses cafés, ses théâtres, ses belles et ses salles de jeu qui marquent la naissance de la nuit magique et de ses tentations. Il n'est pas un auteur de l'époque qui n'évoque pas ce rendez-vous, ce "must be". C'est aussi la première destination du provincial débarquant à Paris, tel Lucien de Rubempré au Restaurant Véfour. C'était cependant un endroit assez cher, conçu au départ comme une source de revenu pour le duc d'Orléans, où il était recommandé de présenter des quartiers de propriété, à défaut de quartiers de noblesse. Le rentier : oui, le bourgeois parisien : oui, mais peu le quidam parisien qui n'avait pas les moyens de s'offrir les assortiments luxueux des boutiques à la mode de la rue de Valois. Beaucoup s'y rendaient comme la lumière attire les moustiques. Les artistes, les militaires étaient de ceux-là.

    La galerie d'Orléans au Palais Royal
    La galerie d'Orléans au Palais Royal, prélude à la nuit parisienne
    À l'entrée, L'exposition présente un magnifique plan de métro électronique géant, qui situe des lieux magiques sur une carte de Paris en appuyant sur un bouton. L'effet est remarquable, il éclaire les grappes de vie nocturnes au fil des siècles : les Grands Boulevards après le Palais Royal, puis Pigalle, puis Montparnasse, puis Saint-Germain-des-prés avec des poussées rive Gauche : rue Blomet, rive Droite : rue du faubourg-Montmartre... On peine cependant à comprendre la génération spontanée de ces lieux festifs et leur géographie. Beaucoup de photos, de dessins très intéressants suivent : le bal Mabille dans le VIIIe, le bal  Bullier à la closerie des lilas. Pourtant, tous ces lieux, à l'image du Palais-Royal avaient une clientèle  bien ciblée : l'étudiant, la  grisette, le bourgeois en vadrouille, l'artiste fauché, l'élite parisienne, l'étranger de passage, le populo des faubourgs, comme aujourd'hui quoi...

    J'ai  regretté l'absence notable des Tivolis du IXe arrondissement, lieux où pourtant on s'amusait le plus à Paris au début du XIXe siècle, c'est ici qu'est né le dancing de nuit avec la fameuse consommation gratuite, avec de nombreuses attractions autour de la folie Boutin comme le ballon captif, les feux d'artifice, etc. Idem pour la  Bastille au tournant du XXe siècle , quasi ignorée alors que la Java et l'accordéon ont bousculé des générations de provinciaux "montés à Paris". Là encore, la clientèle était très ciblée, on se mélangeait peu entre les auvergnats et les italiens et les codes vestimentaires, linguistiques, corporels fixaient les attitudes et les comportements, particulièrement dans les danses.


    Une passage touchant de l'exposition : On peut voir une très jolie tenue de grisette des années 1830 avec un carnet de bal très bien rempli conservé sous une vitrine. Un instant, je pense à Musset. Et un défaut : l'accent mis sur le tourisme sexuel : Pigalle, omniprésent,  les maisons closes, la prostitution de rue, puis on tombe dans la confusion des genres... Casque d'or, les fameux "Apaches" délinquance de l'époque, présentés comme attraction pour touriste. Le tourisme, on y revient, comme au Palais Royal, et spécialement au moment des grandes expositions universelles à la fin du XIXe siècle : le tourisme mène la danse. La nuit parisienne est organisée comme une attraction par elle même, assez élitiste, au demeurant. Pour le peuple, ce sont les bals du 14 juillet. La nuit à Paris, c'est une affaire d'argent, pas une affaire de mœurs.


    Le parcours évoque rapidement les "nuits chaudes" de Montparnasse ou les "caves" de Saint-Germain, qui rassemblaient surement beaucoup d'artistes et d'étudiants (?), pour en arriver aux "années Palace" présentées comme le "l'aboutissement" du genre avec les Bains-Douches, Castel et le New Jimmy's. C'est une période qui me parle davantage. Ces endroits étaient le plus souvent réservés à un certain type de public, capables de dépenser beaucoup lors d'une soirée, et les gens normaux restaient généralement à l'entrée de ces discothèques à la mode. Présenter les établissements de Régine comme populaires "où tout le monde se mélangeait" est typique de l'outrecuidance de l'époque. Ceux qui  l'ont vécu savent bien que les endroits où l'on faisait vraiment la fête dans les années 80 étaient des boites à 10 balles, avec des DJ qui trouvaient de la vraie musique disco, pas de la soupe à médias, ceux qu'adoraient les danseurs en chemise de ville, en westons  et accompagnés par les cendrillons d'un soir. Les établissements étaient souvent étiquetés par type de public.

    Crédit : danser à Paris de 1975 à 1985 par Karim

    Quels sont aujourd'hui les lieux de fête nocturne à Paris  en 2017 ? l'exposition ne le dit pas, mais on le devine : la réglementation, le fisc, la gentrification, l'angoisse urbaine, l'état d'urgence et la crise ont eu raison de près de la moitié des établissements privés de nuit. Reste certains spectacles, des concerts, les compétitions sportives nocturnes - le milieu de la nuit résiste aussi avec un certain courage, il faut le dire. Il reste encore les bars de rue dans l'est parisien, du côté d'Oberkampf ou vers la Bastille. Un chapitre "moderne" qui aurait mérité une petite attention dans l'exposition, pour montrer qu'il y a encore des endroits festifs en dehors de ceux de la jet-set ou de ceux qui diffusent toujours la même musique surgelée. Mais la mairie le veut-elle vraiment ? en dehors d'évènements strictement contrôlés genre "nuit blanche" ?

    L'exposition présente des morceaux de films, souvent très, trop connus, comme French Cancan de Renoir ou les enfants du Paradis de Carné, mais aussi un très bel extrait du film de Max Ophulsle palais de la danse, d'après Maupassant. C'est un des meilleurs moments de l'exposition. Allez savoir pourquoi ? l’Élysée Montmartre, le masque, l'inconnu, l'inattendu, la musique, la danse, les regards, un concentré de fête impossible à décrire. À vous de voir maintenant.

    Robe de grisette : années 1830
    Robe de grisette : années 1830
    D.L

    Du 25 novembre 2017 au 27 janvier 2018
    Hôtel de Ville, 4 rue de Lobau, 75004 Paris
    10h-18h30 du lundi au samedi
    Gratuit


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