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    Exposition Saint Louis à la Conciergerie

    Exposition Saint Louis à la Conciergerie
    La Conciergerie présente une exposition grandiose pour le 800e anniversaire de la naissance de Saint-Louis à Poissy. On y trouve de riches évocations de l’héritage artistique du Roi mythique : Tunique de lin, bréviaires, vitraux, vierges souriantes, bibles, chasse de procession, épine et autres reliques d'une Sainte Chapelle. Rien ne manque au parcours historique sauf, peut-être, un commentaire sur le silence qui entoure cette fameuse cathédrale Saint-Louis de Tunis dont tout le monde parle mais qu'on ne peut jamais visiter lorsqu’on se rend en Tunisie. Il y trouva la mort en 1270, après une vie dense de législateur, justicier, guerrier et l’inventaire de ses miracles qui firent la fameuse canonisation de 1297. Un personnage atypique en somme, qui reste une énigme...

    Une énigme, car quand certains rois furent surnommés le hardi, le fol, le sage, le bel ou le bien-servi, il fut « le saint » et le restera, unique en son genre. Il n'est pas anodin de demander ce qui causa une telle renommée. Justifiées par sa promptitude peu commune à laver les pieds des pauvres, comme le Christ ou bien se rendre à Vincennes pour rendre justice sous un chêne, ces expressions médiatiques de vertus cardinales participèrent à la communication d’état et à la fabrication du mythe. Avec Louis, on ne sait jamais où se situe la légende et où se trouve l'Histoire. Son historiographe, Joinville, y fut aussi sans doute pour quelque chose dans sa passion pour les petites histoires. On voit par exemple dans l'exposition « la déférence de Saint-Louis pour sa mère » où le jeune roi est éloigné par sécurité de son épouse malade par sa mère Blanche de Castille, un épisode raconté par Joinville pour évoquer sa légendaire compassion.

    Sainte ChapelleD'autres épisodes de sa vie renforcent l’image pieuse du Roi comme la construction de la Sainte Chapelle à Paris pour abriter des reliques christiques achetées fort chères aux byzantins. Un corridor donnait accès à la chapelle haute à partir de son palais, situé à l'emplacement de notre Palais de Justice actuel. Il pouvait ainsi facilement l'emprunter pour y faire sa prière quotidienne dans le scintillement des vitraux. Cette chapelle est miraculeusement parvenue jusqu'à nous sans dégât irrémédiable pendant la Révolution et surtout pendant la Semaine Sanglante qui vit flamber le Palais de Justice voisin. L'exposition présente un superbe reliquaire offert par Louis aux franciscains et contenant une épine de la couronne du Christ, acquise en 1239. L'Hôpital des 300 aveugles (Quinze-Vingt) figure également parmi ses créations notables à Paris, mais aussi un tribunal d'Appel pour seconder les décisions de justice dans un « Parlement » et l'imposition d'une monnaie unique l’ « Écu d'Or » sur le territoire de la France alors encore en construction, une pierre dans l'unification du royaume entreprise par son grand-père Philippe Auguste. C’est d’ailleurs le sens de leur association dans les deux colonnes prestigieuses visibles à la barrière du trône, place de la Nation.

    Chemise de Saint Louis
    Parmi les 130 pièces présentées à la Conciergerie, on peut admirer de merveilleuses enluminures : le psautier dans lequel le « roi qui rit » a appris à lire, sa bible personnelle ou des évangéliaires précieux. Plus modestement, mais d'un grand intérêt, figure un livre rédigé autour de 1268 par le premier prévôt de Paris, Étienne Boileau, qui liste les différentes coutumes des métiers parisiens. Par la récente réforme judiciaire, le prévôt du Grand Châtelet avait acquis un rôle judiciaire éminent augmentant celui de la préservation des privilèges des corporations. Somme contre les Gentils de Saint Thomas d'AquinAu sommet de l'exposition se trouvent une chemise royale conservée à la Sainte-Chapelle, présentée avec d'infimes traces de sang du Roi encore perceptibles et l'étonnante « Somme contre les gentils » de Saint Thomas d'Aquin venue de la Bibliothèque Vaticane (1260), qui vaut à elle seule le déplacement pour l’écriture réputée illisible de la stupéfiante synthèse qu'il fit de la foi chrétienne avec la pensée d'Aristote. Le siècle de Louis fut aussi celui de l'essor considérable de l'Université de Paris et Robert de Sorbon était son chapelain, voire son confesseur. Le don d’une collection de livres du Roi augmenta le prestige du nouveau collège qui deviendra la Sorbonne.

    L'énigme de l'homme trouve peut-être sa solution dans son obstination lors des dernières croisades, lorsqu’en dépit de revers conséquents, de la ferveur assoupie pour ce type d'aventures outremer, de bénéfices peu clairs et l'exemple à méditer de Frédéric de Hohenstaufen, le « roi sultan , merveille du monde » qui effleura la question avant lui, il s'embarqua vers la Jérusalem terrestre, pensant trouver la Jérusalem céleste. Il y trouvera la mort avec ce dernier mot à la bouche « Jérusalem », loin de tous, sur le piton désertique de Tunis. Comme Charlemagne avant lui, il pensait que l'ultime devoir et le plus précieux destin d'un souverain restait de conduire son peuple au salut, l’homme s’effaçait devant le Chevalier, figure de proue conduisant les mythes d'un Moyen Age finissant.

    J'exulterai au sujet de Jérusalem et je serai dans l'allégresse au sujet de mon peuple. On n'y entendra plus la voix des pleurs ni la voix des cris. Il n'y aura plus là de nourrisson vivant quelques jours, ni de vieillard qui n'accomplisse pas ses jours, car le plus jeune mourra âgé de cent ans et celui qui ne parviendra pas à l'âge de cent ans aura été maudit. Ils bâtiront des maisons et y habiteront ; ils planteront des vignes et mangeront leurs fruits. Ils ne bâtiront plus pour qu'un autre habite, ils ne planteront plus pour qu'un autre mange, car les jours de mon peuple seront comme les jours d'un arbre et mes élus useront ce que leurs mains auront fabriqué. Ils ne peineront plus pour du néant et n'auront plus des enfants pour l'épouvante, mais ils seront une race de bénis de Dieu et leurs rejetons le seront avec eux !                Isaïe, ch LXV, v 19 à 23

    Au mois de mai 1282, les auditions de 330 témoins de « miracles » commencèrent pour ne s'achever que l'année suivante. Défilèrent des fous, des noyés, d'anciens aveugles, des scrofuleux, des fiévreux, divers malades ayant tous obtenu guérison par l'intermédiaire de Louis. L'exposition illustre élégamment sur écran quelques-uns de ces épisodes. Une soixantaine de miracles seront finalement approuvés, complétés par 38 témoignages de « vie sainte » relatifs à la foi et à la charité. En 1297, après 27 ans d'attente, d'enquêtes et de procédures, Louis sera devenu « saint Louis des Français »

    D.L




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