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    Bicentenaire 1812 et la Campagne de Russie. Partie XIV : L’hécatombe


    Lorsque se termine le 29 novembre la bataille de la Bérézina, l’Empereur Napoléon a échappé à la destruction complète. L’armée française continuait sa retraite le ventre vide, mollement poursuivie par une armée russe également en déliquescence. Sur une armée de 100.000 soldats en octobre, il ne restait que 30.000 survivants dans ses rangs lorsque Koutouzov atteignit le Niémen en décembre. Les Cosaques qui étaient arrivés massivement en renfort, rendirent les plus grands services. Ce furent souvent eux qui furent à l’avant-garde et maintinrent la pression sur les Français, ils permirent aussi de trouver et de s’emparer de réserves de nourriture. Pendant ce temps, Napoléon et ce qui restait de ses soldats filaient vers l’Ouest, atteignant le 3 décembre Molodetchno…

    C’est ici le 4 décembre, qu’il rédigea son célèbre 29ème bulletin, un point final à la campagne qui est resté dans l’histoire. Napoléon, en fin manipulateur y raconte une situation grave, mais édulcorée, certains affirment qu’il n’avait pas pris conscience du désastre, il faut surtout dire qu’il arrangea l’histoire, tout comme dans ses mémoires durant son exil sur le rocher de Sainte-Hélène. Le lendemain, par -25 °C, l’Empereur quittait avec Caulaincourt l’armée en traineau, dans un voyage éclair célèbre qui le conduisit à Paris. Il laissait le commandement au Prince Murat. Le départ de Napoléon avec Caulaincourt en traineauIl était conscient de l’état misérable de son armée qui avait été anéantie. Il avait déjà reçu la nouvelle du complot manqué du Général Malet où son trône avait chancelé. Son empire était menacé. Il pressentait bien que certains de « ses alliés » allemands seraient enclins à se retourner contre lui. Il lui fallait retourner à Paris pour faire face, pour affronter l’opinion publique, car il avait été vaincu et aussi lever une nouvelle armée. Il arrive le 18 décembre à Paris.

    Les souffrances inouïes des soldats n’étaient pas terminées. S’ils avaient mis un petit écart entre eux et les Russes, il fallait encore atteindre le Niémen… et le dépasser. Pour les survivants, c’est l’enfer. Il leur faut atteindre Vilna, pour ensuite espérer poursuivre la retraite  alors que les températures descendaient à –25 et –30 °C. L’épuisement des hommes était trop grand, aussi l’hécatombe fut réellement terrible dans cette marche. Les hommes affamés et congelés tombaient comme des mouches. Du sang apparaissaient à leurs lèvres et les vivants n’attendant même pas qu’ils fussent au sol, les jetaient à terre pour les dépouiller. La volonté de survie a balayé toute humanité. Les gelures sont légions, elles atteignent nombre d’hommes, dont beaucoup ne peuvent plus marcher, ou se servir de leurs mains. Bernard Edouard Swebach : La retraite de RussieCeux qui sont encore en état de se mouvoir sont en sursis, ils doivent découper le fond de leur pantalon pour ne pas avoir à baisser leur culotte et ne pouvoir la relever faute de pouvoir utiliser leurs doigts paralysés par le froid. Contrairement aux précédentes marches, il y a tellement de morts sur les routes, que personne ne peut plus s’égarer, les cadavres forment un jalon indiquant le chemin. Les nuits sont terribles, elles durent 15 heures, et ceux qui n’ont trouvé ni abris, ni feux sont condamnés à une mort certaine.

    Au bivouac, il n’y a rien à manger, les factionnaires sont retrouvés morts gelés, parfois debout, pris par les glaces comme des statues macabres, les vétérans de la Vieille Garde ne font pas exception. On a l’exemple de ce soldat qui s’éloignait de temps en temps de sa file pour manger un chat qu’il conservait sur lui depuis des jours et qui craignait de se faire remarquer. Comme à Smolensk, le général Van Hogendorp fait fermer les portes de Vilna en ce 8 décembre, lorsque les premiers survivants hagards et loqueteux se présentent devant la ville. Elle contenait des réserves de nourriture importante, largement suffisantes pour nourrir plus de 100 000 hommes pendant trois mois. Les habitants apeurés se retranchèrent chez eux et fermèrent leurs portes.

    L’entrée de la ville resta toutefois cauchemardesque, un énorme bouchon s’y forma, au point que toute la journée une incroyable scène de bousculade et de piétinement s’y déroula. Dès le lendemain, les cosaques arrivaient devant la ville. Ils furent arrêtés toute la journée par les restes gelés de la division Loison, réduite en quelques jours par le froid de 10.000 à 3.000 hommes et aidée par les cavaliers bavarois du général Von Wrede. Michel Ney commandait encore l’arrière-garde, réduite à 300 hommes, pour tenter de faire gagner du temps aux colonnes de fuyards.
    Vilna est pillée puis abandonnée au soir et dans la nuit.

    Les plus épuisés refusent de partir, ils se couchent dans la ville, les autres fébrilement s’emparent de ce qu’ils peuvent, il y a encore des hommes qui pensent à l’appât du gain… 700 voitures ont été réquisitionnées pour la retraite et transporter les blessés et les malades.
    Il faudra pourtant encore marcher 10 jours pour atteindre enfin l’asile précaire des terres polonaises et allemandes…

    Labaume, raconte dans ses mémoires : « Le chemin que nous suivions offrait à chaque pas de braves officiers couverts de haillons, appuyés sur des bâtons de pin, les cheveux et la barbe hérissés de glaçons ; ces mêmes guerriers, naguère la terreur de nos ennemis, et vainqueurs des deux tiers de l’Europe, ayant perdu leur noble contenance, se traînaient à pas lents, et ne pouvaient obtenir un regard de pitié des soldats dont ils étaient jadis obéis ! Situation d’autant plus déplorable, que quiconque n’avait pas la force de marcher était abandonné, et tout homme abandonné, une heure après était un homme mort. »
    le Général Vionnet de Maringoné : « La faim et la misère étaient à leur comble. On voyait des troupes d’hommes que nous appelions « les hébétés » qui étaient à la vérité absolument insensés. Ils ouvraient le ventre des chevaux, arrachaient ce qu’ils pouvaient pour le manger avec une voracité inexprimable. D’autres qui n’avaient plus ni sabre ni couteau, déchiraient la chair avec leurs dents et suçaient le sang des chevaux encore vivants mais tombés par terre. J’ai vu de mes propres yeux des forcenés se déchirer les membres et sucer leur propre sang, tant la faim et la misère avaient altéré leur raison et réduit ces malheureux à une condition au-dessous de celles des plus vils animaux. »


    Source : Laurent Brayard http://french.ruvr.ru/2012_06_24/Campagne-de-Russie-1812-histoire/ La Voix de la Russie Голос России http://french.ruvr.ru/2012_07_15/campagne-1812/

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