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    La Presse à la Une : de la Gazette à Internet à la BnF Mitterrand


    Fidèle à ses habitudes, la BnF nous propose une exposition extrêmement agréable, riche et très structurée autour de la presse, son histoire, son rôle, ses héros, mais pose également la question très importante de sa pérennité dans un monde toujours plus médiatisé : radio, télévision, presse gratuite puis l’Internet. 

    Avec cette exposition exceptionnelle, la BnF espère aussi améliorer la visibilité de Gallica, sa bibliothèque numérique. Ce serait mérité.
    À l‘aide de documents visuels et sonores bien choisis, on suit le chemin de la fabrication d’un journal à partir de la conférence de rédaction jusqu’à la rotative. Réalisation extrêmement industrielle et professionnelle qui semble ne pas avoir changé au cours du temps à l’exception des dispositifs automatiques, toujours plus sophistiqués. On perçoit clairement l’exigence de ce métier, des pigistes, des photographes, des journalistes et de tous ceux qui gravitent autour de l’information et de la mise en scène de l’actualité. Un journal est un miracle : la formule se vérifie souvent…


    De la Gazette de Théophraste Renaudot aux tabloïds d’aujourd’hui, une quantité importante de titres ont vu le jour et beaucoup ont disparu. Des souvenirs visibles de l’évènement sportif, du fait-divers, de l’actualité politique, du people retracent les faits marquants et les personnages illustres.
    Si l’exposition présente aussi bien les journalistes de ces cinquantes dernières années que les figures d’anthologies, la presse-papier connût sa grande période de gloire à une époque que l’on peut situer au tournant du XXe siècle mais l’ascension fut constante tout au long du XIXe siècle. En 1914, on compte 80 quotidiens à Paris et 240 en province, un tirage quotidien de 10 millions de journaux.

    Louis-Francois Bertin par IngresDe tout temps, le journalisme a été très politisé, déjà en 1830, la monarchie de Charles X fut renversée à la suite de la suppression de la liberté de la presse par le ministère Polignac. En 1882, dans l’histoire d’un journal, on peut lire : « le journal aujourd’hui est le véritable roi car c’est lui qui dirige l’opinion ».

    De fait, de nombreux journaux auront des propagandistes célèbres à leur tête : Philipon du « Charivari » contre Louis-Philippe 1er, Rochefort de « La Lanterne » contre Bonaparte , Valles « Le cri du Peuple » sous la commune, Clémenceau, bien sûr, qui était journaliste, comme Adolphe Thiers, Girardin de « La presse » contre Napoléon III, L-F Bertin du « Le Journal des débats » contre Charles X dont Ingres a fait un portrait célèbre. Tous ces personnages qui firent la grande époque de la presse française ont droit à un hommage dans l’exposition et méritent un arrêt. L’un d’entre eux, pourtant, eut un parcours particulièrement atypique et marqua profondément le métier : Hippolyte Auguste Marinoni du Petit Journal. 

    La rotative Marinoni 1883
    Apprenti tourneur-mécanicien à 12 ans après avoir été gardien de vaches à Chevry, près de Melun, Marinoni, d’origine très modeste invente en 1847 une machine lithographique. Mais c’est surtout l’installation de 5 rotatives au Petit Journal qui le rendra célèbre puis la mise au point en 1883 de la fameuse « Marinoni » que l’on peut voir aujourd’hui au musée des Arts et Métiers et qui bouleversera la production de quotidiens. 

    « Je veux une machine d'où l'on pourra faire jaillir les feuilles comme l'eau jaillit d'une source » . Girardin , le directeur du Petit Journal, attendait cette invention depuis un demi-siècle.

    Créé en 1863 à grands renforts de publicité « Le Petit Journal » est le premier journal français dont la stratégie porte vers le sensationnel. L’affaire Troppmann en 1869, fait passer le tirage de 200.000 à 500.000. La mort de Bonnot en 1912, figure en bonne place des “unes” les plus célèbres avec celle de l’assassinat en 1914 du directeur du Figaro, Calmette par Mme Caillaux, la femme d’un ministre. Le prix de vente est également modique afin d'en faire un journal populaire. Pour ne pas avoir à payer le timbre (5 centimes par numéro) qui eût rendu l'entreprise impossible, le journal était apolitique. 



    Deux “unes” célèbres du Petit Journal que vous pouvez consulter sur Gallica
    Le duel entre Deroulede et Clemenceau en 1893 Henriette Caillaux exécute le directeur du Figaro en 1914



    En 1872, Marinoni réalisait la prodigieuse invention de la presse rotative avec margeur automatique et à papier continu, tirant régulièrement 40.000 exemplaires à l' heure. Quelques années après, il construisait la grande presse rotative à impression polychrome, qui débitait 20.000 exemplaires à l'heure, tirés d'un seul coup en six couleurs, et sur laquelle étaient imprimées les publications illustrées, notamment le Petit Journal Illustré, dont on tira, par semaine, jusqu' à douze cent mille exemplaires !! Le quotidien tirait à 950.000 exemplaires quotidiens à 5 centimes (1 sou) avec ces « unes »  qui sont devenues des objets de collection.

    statue d'Hippolyte Marinoni à Beaulieu-sur-merGrâce à cette invention prodigieuse, Marinoni fait du « Petit Journal » le premier groupe mondial de presse, se voit surnommé « le Napoléon de la presse » , achète son hôtel particulier au 38 avenue Foch et devient maire de Beaulieu-sur-mer. À la mort de son père, il avait reçu soixante-dix francs et dix centimes, à sa mort en 1904, sa fortune fut estimée à 45 millions de francs.

      L
    e Petit Journal n’a pas survécu à la Deuxième Guerre mondiale, mais la crise actuelle de la presse daterait de 1969 et de nombreux titres ont disparu depuis. À ce sujet, on
    retiendra des témoignages vidéo intéressants comme celui de Pierre Haski (Rue89) qui permet de mettre en perspective ce phénomène,
    l’évolution inéluctable vers l’Internet et la recherche d’un modèle économique fiable. L’histoire de Mediapart ou de Rue89 s’écrit en ce moment. Tous ceux qui touchent de près à l’écriture de Blogs se sentiront aussi concernés par les questions soulevées dans la publication sur l’Internet et la virtualité : la propriété, l’audience, la crédibilité de l’information, la rémunération etc. un vaste sujet dont on ne mesure pas encore les conséquences.  “Tous journalistes ?” a déjà titré Libération à ce sujet.  
    À voir absolument !





    La BnF fournit aussi un site remarquable au sujet de son exposition :
                                
    http://expositions.bnf.fr/presse/ 
    Bibliothèque nationale de France (BnF Mitterrand ) Du 11 avril au 15 juillet 2012.

                                                  

     

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