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Exposition Giacomo Casanova à la BnF Mitterrand

Exposition Giacomo Casanova  la BnF MitterrandAcquis par la BNF en 2010, le manuscrit de “l’histoire de ma vie” donne le prétexte à une remarquable exposition sur la vie de l’homme étonnant que fut le vénitien Giacomo Casanova. Aventurier, joueur, jouisseur et écrivain comme en témoignent les 4000 pages de son autobiographie écrite à partir de 1789.

10 étapes de l’exposition à l’image des visages multiples de celui dont le nom est resté synonyme de séduction : à ne rater sous aucun prétexte.
Tout commence dans la Sérénissime République de Venise au XVIIIe siècle, devenue la capitale européenne du jeu et du tourisme sexuel, où le carnaval dure la moitié de l’année et donne naissance à un jeune bellâtre, fils de comédiens, familier des casinis, ces maisons de débauche vénitienne où les jeunes femmes reçoivent leurs amants, sigisbées, au vu et au su de leurs maris, vieux et complaisants.

Giacomo, intellectuellement doué, cherche sa voie : il rejette vite la tonsure ou l’uniforme de l’armée et apprend le violon, la philosophie, les mathématiques, la médecine, toutes sortes de jeux : pharaon, biribi, barcarole, échecs, dames et cherche un patron pour sa vraie vocation : faire fortune en provoquant le hasard. Dandy grand et sombre, avec de longs cheveux poudrés, parfumés et savamment relevés ou recourbés, il plaît, en use et, toujours un jeu de cartes en poche, en abuse par de multiples friponneries et se retrouvera souvent à la porte de la geôle pour gagner cinq-cents sequins. Le Ridotto du palais Dandolo est toujours ouvert, jour et nuit.
 «Cultiver le plaisir qui soit donné à mes sens a toujours été l'activité principale de ma vie, je n'ai jamais trouvé d'occupation plus importante. Sentant que je suis né pour le sexe opposé au mien, je l'ai toujours aimé et fait tout ce que je pouvais me faire aimer par elle »
En 1752, le jeune Casanova, à 27 ans, fait la rencontre de sa vie : le cardinal Bernis qui est ambassadeur au service de la France à Venise. Giacomo a la puissance sexuelle, l’amour des femmes, le goût du jeu et Bernis l’argent et les connaissances utiles des tenues blanches. Ils partagent des nonnes soumises et un voyeurisme esthétique et complice : quand l’un fait, l’autre regarde ; et vice-versa. 

On peut d'ailleurs supposer que c'est au cours de ces parties fines que Bernis décida d'employer son partenaire pour des tâches d'espionnage. À ce jeu, Casanova ramasse de nombreux ennemis et gagne l'attention des inquisiteurs de Venise, pourtant plus complaisants que ceux de naguère. Son casier judiciaire est devenu une longue liste de blasphèmes, séductions, bagarres, lubricités et devient fameux pour sa bibliothèque de livres interdits ou de revues cabalistiques et maçonniques. Ses outrages l’amènent tout naturellement à être arrêté, puis emprisonné sous les plombs, à l'étage supérieur de l'aile Est du palais des Doges, dont il s’évade en 1756, exploit fameux considéré comme unique et presque suspect.
Arrivé à Paris en 1757, le jour de l’exécution de Damiens, il raconte avoir observé les ébats d’un ami avec une prostituée alors que le régicide au canif souffrait le martyre sur la roue. Là, se diffuse, dans les salons à la mode, sa légende de l’évasion des Plombs et l’histoire amuse tout autant que la réputation de l’énergumène et ses histoires galantes toujours subtilement parsemées de vers d’Horace ou de Virgile. 
Portrait de Giacomo Casanova par son contemporain Francesco Narici (1760)Il retrouve le cardinal Bernis, devenu ministre des Affaires étrangères de Louis XV et très ami de la marquise de Pompadour, accessoirement coutumier des salons philosophiques où l’on cause comme chez Mme Geoffrin et d’autres où il croise Voltaire, Rousseau et d’Alembert. Casanova trouve pour son ami un moyen de lever des fonds pour l'État, toujours à court d’argent frais, en inventant la “Loterie Royale” et devient rapidement l'un de ses meilleurs vendeurs de billets.

Devenu riche, mais prodigue, il entretient son harem d’ouvrières et  prétend en outre être  alchimiste.  L'alchimie est  très populaire dans la belle société, très riche, mais qui aimerait pouvoir transformer le vil plomb en or luisant et Casanova est très recherché pour ses connaissances supposées : ses aptitudes le rendent fréquentable auprès de certains des personnages les plus éminents de l'époque. Il en profitera grassement. Pour lui, «tromper un imbécile est un exploit digne d'un homme intelligent». Quinze, whist et lansquenet.

Parti à l’aventure dans l’Europe entière pour diffuser son système de loterie et glaner des renseignements “utiles”, il revient à Paris  en 1767 et écume les salons de jeu, au faro, basset, piquet, primero, marseillaise, il gagne beaucoup d’argent et en perd beaucoup, la tricherie est courante. Il dupe la marquise Jeanne d'Urfé et lui affirme avoir le pouvoir, grâce à son excellente mémoire, d'être un sorcier de la numérologie. Il persuade la vieille marquise qu'il peut la transformer en un jeune homme à l’aide de moyens occultes et magiques. La supercherie durera quelques mois seulement avant qu’il ne soit expulsé de France par ordre de Louis XV lui-même, pour escroquerie.

Maintenant connu à travers l'Europe pour son comportement douteux, il est tout de même autorisé à revenir à Venise en septembre 1774 après dix-huit ans d'exil : “Le plus beau jour de ma vie”. Des notes prises par Casanova indiquent qu'il pourrait avoir fait des suggestions à Lorenzo Da Ponte concernant le livret du Don Giovanni de Mozart. Vous verrez d’ailleurs à l’exposition une partition et un passage du film de J.Losey.
Écrivain fantasque mais talentueux, il écrit un roman de science-fiction : “Icosaméron, ou, Histoire d’Edouard et d’Elisabeth qui passèrent quatre-vingt-un ans chez les Mégamicres, habitants aborigènes du protocosme dans l’intérieur de notre globe”  : ses hallucinations n’auront que peu de succès et c’est l'isolement et l'ennui des dernières années qui lui permirent de se concentrer sans distractions sur son autobiographie, sans laquelle sa renommée aurait probablement été entièrement effacée : «le seul remède pour éviter de devenir fou ou de mourir de chagrin” dit-il.
Encyclopédiste, il énumère par effet catalogue plus de 120 aventures avec des femmes et des filles : de Bettine à Francesca Pertini en passant par Tonine, Barberine, Henriette, sa préférée, Manon Balleti, superbe portrait de Nattier, jusqu’à sa propre fille et prend soin de caviarder et de noter qu’il y a des omissions pour s’éviter des ennuis. Il mentionne aussi plusieurs références voilées à des amants masculins comme le castra Bellino. Décrivant ses duels, ses conflits, ses évasions, ses projets et ses complots, ses angoisses et ses soupirs de plaisir, il démontre à la postérité de façon convaincante : “J'ai vécu”
Casanova soulve les draps pour contempler sa matresse. Eau-forte de Sylvain Sauvage (1888-1948) pour les Mmoires de Giacomo Casanova
Casanova ne détaille pas ses techniques de séduction. Il lui suffit d’être “amoureux” pour l’être en retour. Pas d’intrigue, de sentiments complexes, de stratégie savante, pas d’effort même. L'amour et le sexe supérieur sont occasionnels et sans la gravité du romantisme du 19ème siècle, d’un Vigny ou d’un Musset, coureurs obsessionnels par défi, mais amoureux par passion intellectuelle.

Flirts, jeux de chambre et opportunités sexuelles à court terme, pas de ruptures, pas de drames. Il n’est même pas surpris, qu’à chaque fois, sa partenaire soit la plus belle et la plus amoureuse qu’il eut connue. Casanova est un homme de son siècle, une mécanique de l’aventure amoureuse et pas un Dom Juan provocateur qui annonce le siècle suivant. Il n’a nul besoin de braver le surnaturel ou de raisons pour charmer, il est simplement fait pour ça.
Dans son schéma, souvent répété, il découvre une jolie femme au cœur en difficulté avec un mari négligeant, un amant brutal ou jaloux : une femme émotionnellement exposée, pas de conquête facile ou d’obstacle à préjugés, pas de femme avec trop d’esprit, non plus. Début : il améliore son humeur avec de l'attention et de petites faveurs pour adoucir son cœur. Spirituel, charmant, confidentiel, serviable, mais sans mots d’amour : “l’homme qui emploi des mots d’amour est un imbécile”. Le mot d'amour doit être implicite, non proclamé. Par gratitude, une courte affaire s'ensuivrait. Puis il plaide la perte d’ardeur ou l’ennui, prend des dispositions pour sa rencontre avec un homme digne et respectable puis il quitte la scène : Fin.

L’illusionniste quittera la scène pour de vrai en 1798, dans un château en Bohême, où il était devenu bibliothécaire. « Si je préfère aller au ciel pour le climat, je préfèrerais l’enfer pour sa fréquentation». La formule aurait pu être de Casanova, elle est pourtant de son vieil ami : le cardinal Bernis, académicien.

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Exposition Casanova à la BnF Mitterrand

Du 15 novembre 2011 au 19 février 2012 François-Mitterrand / Grande Galerie
mardi - samedi de 10h à 19h
dimanche de 13h à 19h
sauf lundi et jours fériés - tarif plein : 7 €

http://www.bnf.fr/fr/evenements_et_culture/anx_expositions/f.casanova.html


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