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    Gustave Doré (1832-1883) ou la tragédie du surdoué

    Gustave Doré (1832-1883) ou la tragédie du surdoué
    Nous connaissons tous des images de Gustave Doré. Il imprima sa vision onirique aux légendes, aux contes, à tous les mythes, au-delà du rêve, très souvent avec humour. Pourtant, souvent triste, mélancolique et parfois dépressif, c’est rarement la joie qui accompagne celui à qui le musée d’Orsay consacre cette rétrospective. Dessinateur, caricaturiste, peintre, sculpteur : on ressort stupéfait par son talent et sa capacité à émouvoir. C’est un homme de son époque, romantique : les bouleversements du XIXe siècle ont sur lui l’effet de l’encre sur le buvard, il transpire avec une facilité étonnante les contradictions de son temps. Aux bornes d’un progrès foudroyant, bousculant tout sur son chemin, surgit l’inquiétant et mystérieux visage du passé…

    Les Saltimbanques de Gustave DoréDans la première salle de l’exposition se trouve la toile du saltimbanque blessé sur les genoux de sa mère. Une image poignante de l’antinomie entre le bonheur du cirque et la douleur insupportable de l’enfance. Un tableau qui a pour thème la tragédie du spectaculaire que Doré, qui pratiquait lui-même l’acrobatie a pu expérimenter.  Image intime de la psychologie d’un homme dont l’expression déconcertante et les dons avérés ont toujours parus suspects chez les critiques qui l’ont laissé dans la catégorie des illustrateurs de talents, quand il aspirait à davantage de reconnaissance de la part de ses contemporains. Une vision synthétique, en somme, d’un constat omniprésent dans la littérature romantique. Cette efficacité nous étonne brusquement à la vue de ses sculptures, discipline pratiquée en autodidacte ! Telle cette « joyeuseté » : chevalier à saute-mouton sur le moine ou l’immense Parque avec le jeune éros, présentée au salon de 1878. Cette capacité plurielle donne une grande majuscule à cet hommage. À Paris, il est aussi l’auteur du D’Artagnan décontracté qui se trouve place du Général-Catroux, près du parc Monceau.

    saute mouton de Gustave Doré

    Le talent n’attend pas le nombre des années : à douze ans un imprimeur local publie ses premières lithographies sur Les Travaux d'Hercule. Son talent inouï se révèle surtout à travers les illustrations des contes de Charles Perrault que lisaient nos grands-parents et que nous remarquons maintenant surtout dans les illustrations de journaux ou les livres d’enfants : le chat botté, retenu comme affiche de l’exposition, le petit poucet, le petit chaperon rouge avec son loup inoubliable. À cette liste imposante s’ajoutent Les fables de La Fontaine, Gargantua et Pantagruel de Rabelais, le voyage de Dante et Virgile aux enfers : des textes immenses accompagnés au crayon ou à l’eau-forte et dont le style énergique se reconnait immédiatement.
    Le petit poucet par Gustave Doré
    Pourtant, les images qui me resteront de cette visite sont plutôt celles, moins connues, qui stupéfient par leur capacité émotionnelle, bien visible chez de nombreux visiteurs. Beaucoup restent devant son chef d’œuvre : le christ quittant le prétoire : il s’agit d’une immense toile qui occupe une pièce à elle seule et qui revient sur l’effroyable destinée du surnaturel. Une particularité que les organisateurs de l’exposition soulignent intelligemment en soulignant son influence décisive chez de nombreux metteurs en scène de cinéma : Dans les dix commandements de Cecil B.DeMille, dans l’Enfer de Dante d’Harry Lachmann, dans la Belle et la Bête de Cocteau ou même le seigneur des anneaux de Peter Jackson. Il semble aussi que ce fut le cas chez Walt Disney. Ces auteurs ont développé la version cinématographique d’inspirations fantastiques qui ont vu le jour dans l’atelier du 3, rue Bayard. On trouve aussi, dans la galerie, sa collection de mythes et de héros : Don Quichotte de Cervantès, le juif errant, les héros shakespeariens dont Macbeth, ses sorcières, caliban. Nul ne semblait plus qualifié que Gustave Doré pour les illustrer : histoires prestigieuses, aventures épiques et même une monumentale Sainte Bible en 1866.

    Christ quittant le prétoire de Gustave Doré

    D’autres illustrations en petit format méritent aussi l’attention : La chute de Claude Frollo des tours de Notre Dame de Paris, le suicide de Gérard de Nerval, rue de la vieille lanterne ou encore le voyage à Londres en 1867 : le berceau de la glorieuse révolution industrielle où se déroule le destin d’Oliver Twist. C’est toute la tragédie du surdoué qui coule le long du parcours sous la forme d’un rébus et s’achève par l’évocation de la commune de Paris. L’alsacien, élève du lycée Charlemagne en 1847, s’engage par patriotisme comme beaucoup de parisiens dans la garde nationale en 1870. Un an plus tard, le carnaval spectaculaire finit en immense bacchanale dans le brasier allumé par les pétroleuses. « L’énigme » : ce Sphinx qui voit Paris fumant du haut de son monceau devient l’allégorie d’une mère d’acrobate blessé.
    D.L
    L'énigme de Gustave Doré

    http://expositions.bnf.fr/orsay-gustavedore/index.htm


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