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    Paris, cité radieuse à laquelle nous avons (heureusement) échappé

    En 1967, le général de Gaulle lance un appel en direction de nos plus brillants architectes pour tracer l’avenir de la ville de Paris. C’est le “plan 1967”. Un dossier paru dans le journal Paris-Match, cette année là, détaille cette cité radieuse du futur. Les projets exaltent les idées minimalistes de le Corbusier et ses élèves invoquent le conformisme en béton armé pour ranimer “un urbanisme assoupi, étouffant de vieux quartiers fossilisés, indignes d’une grande puissance”. Revoyons quelques-unes de ces perles. On l’a échappé belle !



    Autoroutes à travers ParisUne des priorités à cette époque est d’amener l’autoroute en centre-ville pour éliminer les engorgements fréquents. À cet effet, de vastes rocades sont prévues dont il reste l’inspiration dans nos voies express Rive Gauche (fermée depuis cette année) et Rive Droite (voie Georges-Pompidou) ainsi que dans le boulevard Périphérique, inauguré en 1973. On note que canal Saint-Martin, bien pratique, doit être comblé et transformé en voie rapide !

    nouveau Ministère de l'Education Nationale
    L’autre idée à la mode est l’avènement inéluctable des géants de béton façon tour Montparnasse. Le projet phare est le majestueux gratte-ciel de l’Education Nationale, 45 étages en gradins sur la rive gauche, à la prison de la Santé. L’Élysée, vieille bâtisse surannée pour recevoir ses hôtes illustres, doit céder la place à une dalle, située aux Invalides, portant une barre à vitres de verre, façon l’actuel ministère des finances à Bercy…

    On sait, aujourd’hui, que ces “super-tours” seront concentrées à la Défense, avec un laboratoire du gigantisme dans le treizième arrondissement. L’idée de Le Corbusier sera réalisée : isoler les piétons des voitures par la construction d’une immense dalle sur laquelle viennent se poser des tours de 180m. Simulation photo de la DéfenseOn reconnait Le CNIT (le slip de Zehrfuss disaient les mauvaises langues)  mais pas la Grande Arche d’Otto Von Speckelsen, incontestable réussite, hormis l’affaire des ascenseurs en panne pendant des mois, qui reçoit prés d’un million de visiteurs par an. À tel point qu’on envisage aujourd’hui de poursuivre l’axe historique, qui part du Louvre, jusqu’à Nanterre. Pourquoi pas jusqu’à la mer ? 

    Super Tour eiffel 
    Le chanteur Antoine n’était pas seul à goûter aux élucubrations : une super-tour Eiffel de 347 m de hauteur, équipée de 5000 projecteurs est prévue pour éclairer la ville !!! 

    Les projets pour Les Halles
    Le cœur de ce Paris moderne sont aux Halles, avec la jonction de métros rapides, le RER, et un “forum” qui doit devenir le centre commercial le plus rentable d’Europe ; le pari sera tenu. Les candidats sont nombreux pour profiter de cette manne et détruire les pavillons de Baltard. Sur la photo, certains portent même le nœud papillon “à la Corbu pour faire plus vrai et imiter le maître. On n’avait pas prévu que quarante ans plus tard, il faudrait tout refaire. Nous y sommes...

    La SeineVision terrifiante, le Front de Seine du XVe arrondissement - je me suis longtemps demandé d’où il tirait son nom - doit se prolonger jusqu’à Bercy ! la seine coulera désormais “entre tours et jardins”, parsemée de ponts autoroutiers.

    Le musée André Malraux
    La mission culturelle de la capitale n’est pas oubliée, mais le Louvre, vieillot et démodé, a fait son temps…  André Malraux, qui fait la pluie et le beau temps en matière culturelle, prévoit un musée géant, destiné à regrouper la multitude de petits musées parisiens qui deviendront faméliques car inaccessibles à partir des voies rapides qui sillonnent la ville en plan. Idée extravagante, ce musée est couplé à l’université de Nanterre, alors prototype des usines à étudiants qui devait servir de modèle pour la formation et la culture de masse. Jussieu, le chantier perpétuel qu’on connait bien, en est une survivance. Dans la novlangue officielle de l’époque, on parle “d’Université des Arts”. Précision : c’était avant mai 68. 

    Agglomération de Paris
    L’agglomération parisienne est prévue pour 14 millions d’habitants en l’an 2000 (12 millions en réalité), recouverte d’autoroutes, d’aérotrains - un train aérien ultra rapide qui ne verra pas le jour - de nouvelles villes géantes comme Cergy, Bry-sur-Marne ou Evry et de lacs. Ces derniers sont prévus, non pas pour les pêcheurs ou par agrément, comme le naïf pourrait le penser, mais pour fournir de l’eau en cas d’incendie géant ! L’aéroport de Roissy, dont tout le monde peut observer aujourd’hui l’incommodité, est déjà en chantier comme Paris 3, le troisième aéroport fantôme qui pointe le bout de son nez au nord-ouest de la carte. 

    Sur le plan d’ensemble qui suit, on reconnait une trace initiale à beaucoup de réalisations récentes, mais un regard attentif révèle qu’elles sont assez éloignées de leur plan d’origine. D’autres semblent oubliées comme, par exemple, la fusion des gares du Nord et de l’Est.

    vue d'ensemble des projets du nouveau Paris vu en 1967 
    On connait la suite : la crise énergétique de 1973, la mobilisation des associations, l’arrivée de Giscard-d'Estaing, l’année suivante, qui  stoppera la plupart des chantiers que l’ère Pompidou avait entamé. Resteront quelques vestiges et le Centre qui porte son nom, réalisé par Renzo Piano, qui met aujourd’hui symboliquement à l’air ses tripes mécaniques. Fortement critiqué, ce plateau Beaubourg du président brutalement disparu, reste pourtant une immense réussite populaire, mais force est de constater que le musée voulu par son successeur, issu de cette vieille gare d’Orsay vouée à la démolition, étonne par sa prestance et reçoit une audience considérable compte-tenu de sa cible culturelle. 

    La suite, c’est également l’ivresse des tiges d’aluminium, du verre blanc, blanc-crème, laiteux comme l’IMA, réalisé par Jean Nouvel, où les diaphragmes varient en fonction de l’ensoleillement, sur la pyramide de verre de Pei au Louvre, au centre Galaxie, place d’Italie, de Kenzo Tange, au stade Sébastien Charléty, à la Géode, à l’opéra Bastille de Carlos Ott, qui ne fait cependant pas dans la légèreté. Un style végétal qui envahit le POPB à Bercy, la fondation Cartier boulevard Raspail, cette BnF au rez-de-chaussée admirable autour d’un hectare de futaie, ou encore au musée du Quai Branly…

    La cité radieuse est morte, mais son ombre tutélaire plane au-dessus de cette unanimité. Autour de ce qui fera, un jour, figure de style,  style effilé ? Style camaïeux ? On n’a jamais autant parlé de “ZAC” et de “Cité” : de la Cité des Sciences, en verre et granit avec ses douves, à la Cité de la Musique, parsemé des folies de Christian de Portzamparc, de la Cité de l’Architecture, de la Cité de la Mode et du Design… Les gratte-ciels, titans oubliés, ont laissé place à la majesté : Grand Louvre, Grande Arche, Grand Écran, Grande Halle,  Très ! Grande Bibliothèque… quant aux autoroutes urbaines, ironie de l’histoire, elles ont été effacées par le vélib ! qui l’eût imaginé ?

    D.L


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