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    Bicentenaire 1812 et la Campagne de Russie. Partie V : Les villes russes brûlent

    La bataille de Smolensk, les 16 et 17 août 1812 est l’une des plus importantes batailles de la campagne de Russie et marqua l’ouverture de la route de Moscou à la Grande Armée. Elle reste très méconnue et fut pourtant un tournant, elle devait se finir par « la fournaise de Smolensk », une ville en flamme, spectacle que les contemporains ont commenté comme plus impressionnant que celui de Moscou.


    Cette bataille consomma la dernière tentative de Barclay et de Bagration d’arrêter la Grande Armée pourtant déjà sérieusement entamée par l’attrition en territoire russe. S’étant rejointe, les deux armées russes ne pouvaient pas ne pas s’arrêter et faire face aux Français. Smolensk en effet était considérée depuis toujours comme la clef de Moscou et l’Etat-major russe et les soldats se décourageaient à battre en retraite. Barclay était brocardé et injurié et c’est avec inquiétude qu’il avait accepté de donner ce combat, sans trop se faire d’illusion. Ses effectifs forts d’environ 130.000 étaient en effet très inférieurs à ceux restants à Napoléon, étant de l’ordre de 180.000 hommes, mais en ordre plus dispersé.

    En effet, la Grande Armée quand elle se présente devant Smolensk arrive en échelon, et une part minime des deux armées fut engagée, que ce soit dans les rangs des Français ou de ceux des Russes, également du fait d’un terrain difficile. Le 15 août, les Français étaient tombés sur la division russe de Neverowski en avant de Smolensk qui avait subi de lourdes pertes, mais l’attaque de la ville ne devait commencer que le lendemain, 16 août. Elle donna lieu à une sévère canonnade entre les deux armées, mais les Russes étaient solidement retranchés dans les faubourgs et surtout derrière les antiques murailles de la cité. Les efforts de l’artillerie française, ne possédant pas sur place de pièces de siège furent vain et Napoléon dû se résoudre le lendemain à attaquer de vive force la cité Sainte.

    L’attaque du 17 août devait être meurtrière pour les deux camps, les Français furent retenus par la résistance opiniâtre des Russes jusqu’au soir tandis que les tirs de l’artillerie française provoquaient l’incendie de la ville, où les constructions en bois, comme à Moscou dominaient. L’arrivée sans cesse de nouvelles troupes françaises et le danger de se trouver pris au piège, force Barclay à se résoudre à la retraite, chargeant Bagration de maintenir les routes ouvertes sur leurs arrières. Il craignait en effet fortement de se voir tourné par une des savantes manœuvres de l'Empereur, génie militaire. Il laissait toutefois tout un corps pour retarder l’ennemi dans sa progression et lui permettre de gagner de vitesse les Français, toujours redoutables dans les poursuites.

    L’incendie et l’arrière-garde russe empêchent les Français de prendre pied dans la ville avant le matin du 18 août, mais les Russes ont pu détruire les ponts et de fait la Grande Armée ne pourra tenter le passage du fleuve qu’en fin de journée. Tactiquement, la bataille de Smolensk est une large victoire française, les Russes sont en retraite, la ville est prise et leurs pertes ont été véritablement très fortes. Le sacrifice de l’arrière-garde russe n’y étant pas étranger, ainsi que la concentration de l’artillerie de Napoléon. L’Armée russe perd plus de 4.700 tués, 7 à 8.000 blessés, 200 canons et 2.000 prisonniers, sur le papier les résultats sont impressionnants. Les Français accusent 700 tués et 3.200 blessés dont beaucoup mourront par la suite. La fournaise de Smolensk cachait toutefois un échec stratégique certain. Les objectifs de l’Empereur n’avaient pas été remplis, à savoir la destruction de l’armée russe. La ville de Smolensk avait été entièrement détruite ou peu s’en faut, par les flammes et avec elle disparaissait des tonnes d’approvisionnement qui lui manquait. A Smolensk, l’armée principale que menait l’Empereur et forte à la traversée du Niémen de 250.000 hommes environ, était déjà réduite d’un tiers de son effectif, principalement par l’attrition, les maladies et l’épuisement dans les marches, le défaut de ressources alimentaires et l’intensité des combats contre les Russes.

    Griois raconte à propos de cette bataille dans ses mémoires :


    « Le 16 août nous nous mîmes en mouvement de fort bonne heure, et trouvâmes les hauteurs qui environnent Smolensk occupées par des corps de cavalerie ennemie. Notre division de cavalerie légère les chargea vigoureusement et les poursuivit jusque sous les murs de la ville, où elle fut arrêtée par le feu de l’artillerie et de l’infanterie. Je fis aussitôt avancer mon artillerie. Elle se mit en batterie sur deux points et canonna très vivement la place qui de son côté tirait continuellement sur nous. Le feu continua jusqu’au soir et devint bientôt général sur tous les fronts parce que les batteries des corps qui arrivaient successivement, joignirent leur feu au nôtre. J’eus deux pièces démontées et plusieurs chevaux furent tués […] L’ennemi avait encore, hors de la place, des troupes qui cherchaient à nous en éloigner et à reconnaître les mouvements de notre armée. Plusieurs escadrons de dragons russes s’approchèrent de nous dans cette intention. La 1ère brigade de dragons de notre corps reçut l’ordre de les charger, le 7ème soutenu par le 23ème se porta aussitôt à leur rencontre, les deux troupes s’abordèrent au galop et la mêlée fut vive et meurtrière. J’ai peu vu de charges de cavalerie poussées plus à fond, mais enfin les russes plièrent, ils se retirèrent en désordre sous les murs de la place, et mon artillerie qui n’était qu’à demi-portée, les canonna si bien que tous nos boulets et nos obus tombèrent au milieu d’eux et augmentèrent leur désarroi […] Vers 4 heures de l’après-midi, le 1er corps d’infanterie arriva, le Maréchal Davout m’appela et nous nous approchâmes le plus près possible des remparts malgré le feu de mousquèterie qui en partait. Il fit avancer quelques compagnie de voltigeurs pour repousser dans la place les tirailleurs ennemis et son artillerie m’ayant, vers le soir, remplacé il me donna l’ordre avec la mienne de rejoindre l’Empereur ».
    « Le 17 août, toute l’armée étant réunie autour de Smolensk, l’Empereur fit attaquer la place de vive force par plusieurs corps d’infanterie. L’Armée russe étant également réunie sur ce point, la résistance fut d’autant plus vive que de la position qu’elle occupait sur les hauteurs de la rive droite du Dniepr, elle faisait relever par des troupes fraîches au moyen des ponts de communication établis sur le fleuve, les troupes qui avaient souffert. Nos attaques se succédèrent sans interruption pendant toute la journée. Souvent nous gagnions du terrain et pénétrions dans les faubourgs, mais de nouveaux efforts des Russes nous en délogeaient, et la nuit arriva sans que nous fussions maîtres de la place. Cette journée, où nos troupes montrèrent l’ardeur la plus brillante, fut très meurtrière et l’acharnement terrible de part et d’autre. […] La nuit venue, les Russes diminuèrent leur feu. Vers 23 heures il cessa entièrement et des flammes s’élevèrent de la place, bientôt l’incendie fut général et des tourbillons de feu et de fumée couvrirent la ville et éclairèrent les environs. Cet évènement qui nous annonçait la retraite des Russes perdit son horreur à nos yeux, et le soldat n’y voyait que la ruine d’une ville qui lui avait résisté toute la journée »

    Pourtant, alors que Barclay de Tolly désespère et pense que tout est perdu, il se jette à corps perdu dans une bataille d’arrière-garde à Valoutina contre Michel Ney. Le désastre russe était prévisible. Ecrasés par le nombre, les troupes de Barclay profitent cependant des erreurs commises par les méandres de la chaîne de commandement française : Le corps du général Junot, le vieux compagnon du siège de Toulon, fut en mesure de couper la retraite à une armée russe qui se serait retrouvée dans un piège mortel. Mais Junot, déjà passablement malade, et qui n’avait été au Portugal qu’une tête folle, avait perdu la raison. C’est dans l’immobilisme total qu’il était resté l’arme au pied. L’Empereur ne devait pas lui pardonner.
    Bataille sous les murs de Smolensk en feu
    Pendant ce temps, une autre bataille s’est déroulée le 17 et le 18 août, à Polotsk. Cette bataille est très peu connue. Elle opposait le corps du général Oudinot à celui du général Wittgenstein sur la route de Saint-Pétersbourg. Une bataille de deux jours qui fut l’une des plus meurtrières de la Guerre avec des faits d’héroïsmes partagés par les deux camps. Le 17 août, les Russes avaient pris un léger avantage, infligeant de lourdes pertes aux Français et le Maréchal Oudinot blessé avait dû passer son commandement à Gouvion Saint-Cyr. La journée du 18 août, fut favorable aux Français qui revendiquèrent plus tard la victoire, mais les deux ennemis avaient préféré l’un et l’autre se retirer en arrière. 

    6.000 Français sur 18.000 étaient tombés, pour 5.000 Russes sur 22.000, qui eut égard aux effectifs engagés fut peut-être la bataille la plus meurtrière du conflit. Du point de vue de la victoire de Gouvion, général talentueux mais peu aimé à la fois de ses hommes et de l’Empereur, il avait sauvé la situation, recevant lui aussi une sévère blessure, preuve de l’intensité du combat. Ce fut le seul bâton de Maréchal de la Campagne de Russie, Gouvion ayant jusque-là été écarté par son caractère peu sociable, il s’agissait pourtant d’un des plus brillants tacticiens de son temps.

    Sur le front principal, la Grande Armée poursuivit sa marche en avant, mais la canicule vint s’abattre sur la région, plongeant les troupes sous une chape de plomb. Les guides se firent rares, les Russes eurent le temps de préparer leur retraite et les régions se vidèrent à l’approche des Français dont beaucoup étaient affamés. L’Empereur, qui perdit environ 60.000 hommes dans sa marche sur Smolensk va en perdre encore 50.000 jusqu’à Borodino. L’espoir suivant se porta alors sur la ville de Wiazma, que les avant-gardes françaises atteignirent dès le 28 août. Là encore, les espoirs furent bien vite déçus. Les Russes s’esquivèrent encore, ils mirent le feu à la ville et détruisirent les ponts de la rivière du même nom.

    Faber du Faur écrit dans ses mémoires à propos de cette période :

    « Après nous être arrêtés trois jours dans le camp derrière Valoutina-Gora, nous en partîmes le 23 août et suivîmes l’armée russe sur la grande route, en faisant des marches qui étaient d’autant plus insupportables que la chaleur et la poussière étaient excessives, et que nous étions sans cesse heurtés par d’autres troupes qui, marchaient par colonnes à côté les unes des autres, tendaient toutes au même but. Ce fut ainsi que le 26 août, nous arrivâmes enfin dans l’après-midi à Dorogobouje sur la rive gauche du Dniepr. Cette ville était, comme Smolensk et tant d’autres la proie des flammes, et en grande partie réduite en cendre. Nous la quittâmes après une halte de quelques heures, pour bivouaquer à quatre lieues plus loin, et le 27 août, nous continuâmes notre marche sur la grande route dans la direction de Wiazma. La foule toujours croissante des traîneurs, qui ne pouvaient suivre ces marches rapides, ou qui, chargés de vivres, cherchaient à rejoindre les troupes, témoignait de l’épuisement de la Grande Armée et marquait son chemin, de même que la disparation des Juifs et de l’architecture orientale des églises grecques était un signe certain que nous venions de fouler le sol de l’antique Moscovie […] Le 31 août derrière Wiazma, la contrée commença à devenir plus fertile […] les champs cultivés avec tant de soins, les maisons, si propres et riantes, le château, si beau quoique bâti en bois, selon l’usage du pays, avec son parc magnifique, annonçaient l’aisance du seigneur du village et des habitants, qui, à notre arrivée, avaient tout abandonné. Un seul jour de bivouac, et toutes les richesses de ces belles plaines se trouvèrent fauchées, triturées, détruites, le bois de ce beau parc abattu, et, à notre départ qui eut lieu le 1er septembre, le ravissant tableau de la ville était entièrement effacé »

    Source : Laurent Brayard http://french.ruvr.ru/2012_06_24/Campagne-de-Russie-1812-histoire/ La Voix de la Russie Голос России
    http://french.ruvr.ru/2012_07_15/campagne-1812/

    Note :

    Bataille de Valoutina-Gora 1812 : Des soldats russes et français retrouvés seront reinhumés avec tous les honneurs 200 ans après (17 mai 2012) : Lire

    Carte générale de la campagne de 1812


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