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    Je vous écris de Paris : portrait d’une ville en toutes lettres par François Escaig



    François Escaig a rassemblé, parmi les innombrables lettres envoyées au cours des siècles par les personnages célèbres de passage à Paris, un recueil littéraire de toute beauté.  Il ressort de cette compilation historique à la fois une passion pour cette ville, mais également des avis moins élogieux pour ses habitants, souvent présentés comme turbulents et insensibles. On aime Paris, moins les Parisiens.

    Beaucoup de paradoxes, mais un pouvoir d’attraction intact, quelle que soit la période. Un an de travail aux archives, à Beaubourg ou à la BNF pour livrer un catalogue épistolier d’une richesse et d’une authenticité inouïe. On y retrouve des personnages célèbres, beaucoup d’écrivains : Mme de Sévigné, Rimbaud, Sand, Stendhal, Hugo, Flaubert, Dostoïevski, ColetteMillerHemingway et quelques personnages historiques : Mozart, Bonaparte, Robespierre, Franklin, De Gaulle etc. mais aussi beaucoup d’inconnus. La première lettre est de Pétrarque en 1333 et la dernière de Minghini en 2009. Chacun fera, bien sûr, son propre choix au fil de ces correspondances, en ce qui me concerne, j’ai trouvé certaines lettres particulièrement émouvantes et surprenantes. En guise d’exemple, voici mes préférences, en quelques lignes, pour des lettres qui font généralement une à deux pages :

    - La journée des barricades de 1588, soulèvement organisé à Paris par le duc de Guise contre Henri III, racontée par Etienne Pasquier Le jeudi, douzième, sur la diane, le roi fit entrer toutes ses gardes, que l’on dispose par les principaux cantons, aux halles, cimetière saint-jean, place de Grève, Marché-Neuf, près Notre-Dame, vers le petit-pont, pour venir se saisir de la place Maubert ….

    - Mme de Sévigné racontant à sa fille le supplice de la Voisin en 1680 “A Notre-Dame, elle ne voulut jamais prononcer l’amende honorable, et à la Grève elle se défendit autant qu’elle put pour sortir du tombereau : On l’en tira de force, on la mit sur le bûcher, assise et liée avec du fer. On la couvrit de paille. Elle jura beaucoup…”

    - Lady Montagu à  Paris en 1718 comparant les françaises à des moutons avec leur fard et leurs cheveux blancs et frisés : Elles sont en vérité dégoûtantes (pardonnez-moi l’expression), par leur façon de se mettre & par le fard dont elles couvrent leur visage : leurs cheveux courts & frisés ressemblent à de la laine blanche & avec leur visage couleur de feu, elles n’ont même pas la figure humaine ; on les prendrait volontiers pour des moutons nouvellement écorchés…”

    - La princesse palatine narrant la faillite de Law en 1720 :
    “Madame, on ne saurait vous cacher ce qui se passe, vous trouverez toutes les cours du Palais-Royal remplie de peuple, ils vont porter des corps morts écrasés à la banque ; Law a été obligé de se sauver au Palais-Royal, on a déchiré son carosse, après qu’il en a été sorti, en mille pièces, ils ont forcé les portes à six heures du matin…”

    - L’exécution de Damiens en 1757 racontée par Robbé de Beauveset : Vingt mâles furies, que nous nommons, en français, des bourreaux, se démenaient continuellement devant nous : l’un préparait le bucher, l’autre essayait ses tenailles armées de dents tranchantes et incisives, celui-ci apportait la mixion du baume ordonné pour le rafraichissement des plaies […] tous ces messieurs étaient ce jour là en tenue de gala…”

    - La journée du 20 juin 1792 racontée par la duchesse de La Rochefoucauld : Ces détails sont horribles à décrire, je ne puis vous décrire l’humiliation que j’éprouve à les tracer et il me faut tout le désir que j’ai de vous satisfaire pour m’y résoudre, mais j’en rougis en y pensant…”

    - Une lettre anonyme sur le massacre du 2 septembre 1792 :”Je sens que j’ai commis une imprudence en venant à Paris, mais les barrières sont maintenant fermées et je dois subir les évènements…”

    - Paris en Novembre 1796 par Swinburne de passage : un tableau impressionnant : ” La moitié des maisons de Paris sont confisquées. Si on y lit : “Unité et indivisibilité de la république”, c’est le signe qu’un service public y est installé. Si les mots “propriété nationale” y sont inscrits, c’est une preuve que la maison n’est pas encore vendue. beaucoup d’églises sont démolies. On les vend, ainsi que d’autres propriétés, et pour recouvrer l’argent avancé pour le premier paiement, on les dépèce, on en vend les charpentes…”

    - Paris en 1801 par Von Kleist “La fourberie, le crime et le vol sont ici choses tout à fait insignifiantes dont la nouvelle n’affecte personne. L’adultère d’un père avec sa fille, d’un fils avec sa mère, un meurtre commis entre amis ou parents sont des choses dont on a eu d’exemple et auxquelles le voisin ne juge pas digne de prêter l’oreille…”

    - Léon Mouliade qui raconte l’insurrection des Blanquistes les 12 et 13 mai 1839 C’était d’un étrange aspect que cette foule, composée comme elle l’était, qui était toute autre que la foule des fêtes et des feux d’artifice. Je vous le dit, c’était étrange, pourquoi ? je ne saurais trop le dire, mais c’était étrange…”

    - Balzac décrivant George Sand à Eve Hanska en 1841 Elle ne se lève qu’à quatre heures ; à quatre heures, Chopin a fini de donner ses leçons…”

    - Flaubert en touriste en 1843 “Oh la belle ville et la jolie chose que d’y être étudiant ! Comme on s’amuse seul avec Ducaurroy, Lagrange et Boileux, et les ombres de Delvincourt, Boitard…”

    - Proudhon, Toqueville et Mérimée relatant  février 1848  : des moments d’anthologie Ce n’est pas une émeute, c’est la plus terrible de toutes les guerres civiles, la guerre de classe à classe, de ceux qui n’ont rien contre ceux qui ont…”

    - Gustave Courbet à ses parents en février 1871 Paris est un vrai paradis ! Point de police, point de sottise, point d’exaction d’aucune façon, point de dispute. Paris va seul comme sur des roulettes…”

    - Huysmans aux obsèques d’Hugo en 1885 “ça a été une véritable ripaille, agrémentée de hurlées de la marseillaise et de pince-culs. J’ai mélancoliquement pensé aux obsèques du pauvre Flaubert ou nous étions quatre pelés et un tondu et à celui de Baudelaire, suivi de quelques amis, à peine…”

    - Freud à un spectacle de Sarah Bernhardt en 1885 “jamais actrice ne m’a surpris aussi peu. Tout de suite, j’ai été prêt à croire tout ce qu’elle disait…”

    - Paul Léautaud au sujet des privations de la guerre en 1941 “Vous devez savoir la vie que nous menons ici. Surtout pour moi qui vis seul et ne sais pas faire la moindre cuisine…”

    Et d’autres, beaucoup d’autres…comme la naissance de la tour Eiffel (1889) ou l’incendie du bazar de la charité (1897). En résumé, des lettres à lire et à relire, dont beaucoup sont attachées à des évènements historiques familiers.

    textes présentés et réunis par François Escaig, éditions Parigramme, 9,5 euros. http://www.parigramme.com/Collections/Guides/Je-vous-ecris-de-Paris.htm
     

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