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    Caroline, La muse des romantiques (1798-1870)

    Marie Caroline de Bourbon-Siciles, Duchesse de Berry
    Italienne, fille du roi de Naples et de Marie-clémentine d’Autriche, elle nait en 1798. L’année suivante, Naples, envahie par les Français, devient une “république sœur” éphémère et la famille fuit Bonaparte en s’établissant à Palerme. Pour la petite Caroline, ça commence mal.

    Peu de temps après, à 4 ans , sa mère meure en couche, elle est placée sous l’autorité d’aïeux à la santé mentale douteuse. A 17 ans , elle épouse Charles, Duc de Berry, 2ème fils du roi Charles X, de 20  ans son ainé. Le palais de l’Elysée  est réaménagé pour eux. Du haut de son mètre-cinquante, elle parle difficilement le français et à peine l’italien. Pour la monarchie, c’est le seul espoir de postérité puisque le duc d’Angoulême, fils ainé de Charles X ne peut avoir d’enfant. La charge est énorme et elle en prend la mesure. Le duc est léger mais très amoureux de sa femme, dont le goût et les toilettes font des merveilles à la cour.
    C’est le rayon de soleil de cet entourage royal déprimé des Tuileries, encore traumatisé par la révolution.

    Autour des deux frères : Louis XVIII, impotent et Charles X, dévot aigri, se trouvent le duc d’Angoulême, le fils restant, probablement impuissant , la duchesse d’Angoulême, survivante du Temple, tout le portrait de son père, Louis XVI, mais sans la grâce de sa mère, Marie-Antoinette. Ce beau monde est toujours flanqué de Louis-Philippe, le fils  du conventionnel régicide Egalité, auquel on ne se prive pas de rappeler de sombres souvenirs. Le mari de Caroline est populaire, bon vivant et souvent comparé à son ancêtre Henri IV. Il est le seul à pouvoir sauver la monarchie du naufrage, ce que comprend fort bien Louvel lorsqu’il le frappe d’un coup mortel à  la sortie de l’ancien Opéra, rue Rameau, le 13 février 1820. Pour épancher sa haine des bourbons” , ce petit homme à la figure sale et chafouine, un roquet à l’air hargneux et solitaire” comme dira Chateaubriand, préparait son coup depuis 6 ans.

    En septembre de la même année, Caroline accouche devant 6 témoins ( dont un maréchal de France, un épicier, un pharmacien, et bien sûr Louis XVIII ) d’un garçon : Henri V : l’enfant du Miracle. Pour Hugo, Lamartine et tous les royalistes, la joie est délirante : il sera baptisé avec de l’eau du Jourdain ramenée de Palestine par Chateaubriand. L’espoir d’être reine s’est envolé, celui de voir son fils sur le trône durera 10 ans. Elle se fait mécène de nombreux artistes, lit Walter Scott, parraine son théâtre (Le Gymnase) et devient la muse des romantiques tout en suivant sa passion pour la botanique et les jardins (Château de Rosny).

    En 1830, suite aux “trois-glorieuses”, Charles X, apeuré, est en fuite : Saint Cloud, Trianon, Rambouillet. Caroline, habillée en homme et pistolets à la ceinture, tente de le persuader de rejoindre la Vendée et de lever une armée. Le roi s’en amuse mais ne veut pas finir dans une charrette comme son frère, jadis, et préfère nommer (comme en avait décidé l’assemblée à Paris) son cousin Louis-Philippe d’Orléans lieutenant-général du royaume. Le duc d’Angoulême devient Louis XIX quelques minutes et abdique dans la foulée en faveur du petit Henri V qui joue dans la pièce avec des chaises en simulant un carrosse. L’enfant règnera 5 jours. Tout le monde rejoindra Cherbourg et s’embarquera pour l’Angleterre. Charles X réussit sa troisième fuite en quarante ans. Caroline était en calèche, ses gestes pleins de son expression toute méridionale, son visage mouillé de larmes, tout parlait. Ce spectacle était déchirant” dira un garde.

    Refusant la félonie du duc d’Orléans ayant privé son fils de son héritage, elle organise un “débarquement” en Provence puis gagne la Vendée pour soulever les partisans à sa cause. Mais la Vendée de 1832 n’est plus celle de 1793, ceux-ci sont rapidement écrasés et, trahie par un de ses proches alors qu’elle se cachait derrière une cheminée, se retrouve enfermée à Blaye par la police de Thiers. Là, elle avoue être enceinte suite à un mariage secret. Le scandale est énorme et personne n’y croit , pensant plutôt à un lieutenant chouan, voire à un inconnu (22 février 1833). En fait, le père est un noble sicilien, qu’elle n’a pourtant pas vu depuis deux ans, admirateur passionné, de 8 ans son cadet : Hector Lucchesi-Palli. Les moqueries vont bon train. Reniée, même par Charles X qui lui retire la garde d’Henri V, elle est exilée par Louis-Philippe en Sicile ou elle vivra avec son mari dont elle aura 5 autres enfants. Chateaubriand, lui, restera fidèle et Dumas fera un roman de l’épopée vendéenne.
    N’ayant rien oublié, elle s’exclamera lors de la chute de Louis-Philippe Ier en 1848  :
               “Aujourd’hui, je m’habille en rose et je fais la fête”
    Si l’histoire politique de Caroline s’achève en vaudeville, celle de son fils continue d’entretenir la foi des royalistes légitimistes jusqu’en 1871. A la mort du Second Empire, suite aux traumatismes de la défaite de Napoléon III et aux épreuves de la Commune,  il se voit proposer la couronne mais la refuse car il aurait fallu conserver le drapeau tricolore et il refusait d’abandonner le drapeau blanc. Caroline, décédée l’année précédente en Autriche, ou elle s’était installée, n’a pas pu assister à cet ultime rebondissement.

    A lire : La Duchesse de Berry : l’oiseau rebelle des Bourbons de Laure Hillerin chez Flammarion : http://www.duchessedeberry.fr/


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