• Images de Mai 68 à l'école des Beaux-Arts

    À l'occasion du cinquantenaire de l’évènement, l’École des Beaux-Arts de Paris présente une exposition de 150 affiches relatives à Mai 68. Elle est largement liée aux affiches produites par cette école, rebaptisée "l’Atelier Populaire" à partir du 14 mai 1968 par ses étudiants et ses enseignants. Une belle occasion de revenir sur les motivations des insurgés et leurs fameux slogans...

    Affiche "La beauté est dans la rue"

    "Il est interdit d'interdire" "Sous les pavés, la plage", ... la mémoire collective des événements de mai 68 garde le souvenir de l’occupation de l’École des Beaux-arts de Paris par ses étudiants et ses enseignants, bientôt rejoints par de nombreux artistes. Comme la Sorbonne, également occupée, l'école fut un centre épidémique de la protestation et la principale imprimerie d'affiches et de tracts simples, mais efficaces.


    Non sans une certaine poésie, ces archives gardent une belle esthétique, une couleur naturelle, un ton sec, direct et la marque d'une certaine finesse spirituelle. La plupart des slogans, mais pas tous, baignent dans la vulgate marxiste, saupoudrée de mythe ouvrier, paysan ou de grandes heures de la révolution mondiale, genre Lénine, Mao ou Castro: l'ennemi de classe, le policier, le crs, De Gaulle, Pompidou, avec un objectif : menacer le pouvoir gaulliste par l'agitation et la propagande : pavés qui volent, barricades, voitures incendiées et slogans sur les murs des facultés. D'autres vont bien au-delà par le rejet du modèle de société au sens large : famille, télévision, production : Léo Ferré  et Claude Nougaro chantent la révolte. Sartre interviewe le jeune Cohn-Bendit, Aragon se fait conspuer à la Sorbonne. C'est la fameuse "chienlit" qui sera rejetée  par les urnes, mais laissera une trace durable  dans les générations suivantes et l'évolution de la société publique.

    CRS,SS un des slogans phare de la révolte de 68

    L'université française ne s'en remettra jamais et la prestigieuse école des Beaux Arts non plus. La loi Faure de novembre 1968 cassera l'Université française pour longtemps en intégrant certaines revendications de mai 68 ; comme la participation à la gestion des établissements de l'ensemble des acteurs de l'enseignement : délégués des étudiants, techniciens, administratifs, personnalités extérieures, élus locaux, entrepreneurs, syndicalistes. "Ci-git l'université française" : un slogan qui aurait pu figurer dans cette galerie d'affiches. Raymond Aron ne s'y est pas trompé. Du côté des syndicats, arrivés en renfort tardivement, mais toujours soucieux de ne pas complètement déglinguer les pouvoirs publics, avec lesquels ils ont une collaboration tacite depuis la Libération,  les "accords de grenelle" leur octroient un salaire minimum augmenté de 35%.

    Affiche : Presse, ne pas avaler


    Mais l'effet réel de Mai 68 se fera sentir ailleurs et de façon durable : l'exposition fait le tour de ses infiltrations dans la société jusqu'à aujourd'hui encore , en vrac : rejet du travail et l'effort, fascination des loisirs, retour à la nature, contestation du capitalisme, droit à l'avortement (mlf), indulgence envers les malfaiteurs, compassion envers les pauvres et les immigrés, révolution sexuelle, droit à l'école jusqu'à 30 ans, retraite à 60 ans, remise en cause du progrès, jeunisme, droits des homosexuels, militantisme écologique, l’ailleurs fantasmé : Chine, Vietnam, Cuba, Palestine..etc. Une étape de l'exposition détaille le conflit Lip, tentative d'autogestion avortée, une peinture montre la sainte famille de l'université d'alors : Althusser, Foucault, Lévi-Strauss, Barthes, Lacan, Derrida et sa "dé-construction" , une autre encore revient sur l'affaire des paysans du Larzac etc. Le risque reste qu'on attelle trop de charrues à ces 7 semaines de troubles, mais elles semblent un pickup pratique pour expliquer ce qui reste encore un mystère dans un pays prospère depuis le début des trente glorieuses.

    Chacun peut donc y puiser ce qui lui plait. De Gaulle donnait son sentiment dans son discours télévisé du 24 mai :  "il faut faire changer partout, où il le faut, des structures étroites et périmées et ouvrir plus largement la route au sang nouveau de la France" et une autre, toute différente, une semaine plus tard : le 30 mai c'est "l'intoxication, l'intimidation et la tyrannie, exercée par des groupes organisés de longue main en conséquence et par un parti qui est une entreprise totalitaire même s'il a déjà des rivaux" qui fournit une explication à la révolte. Un balancier bien dans l'esprit de 68, justement.



    Exposition du 21 février au 20 mai 2018
    Palais des Beaux-Arts
    13 quai Malaquais, Paris 6e 

    Tarif : 7,50€


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