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    Rayé de la carte par Jonathan Siksou

    Il est un quartier de Paris, et non des moindres, qui a totalement disparu. Son nom : le vieux quartier du Louvre. Situé physiquement entre la cour carrée du Louvre et la trace de l'ancien palais des Tuileries, c'est aujourd'hui le lieu le plus fréquenté de Paris : On y trouve, entre autres, la pyramide de Pei, les guichets du Louvre, l'arc de triomphe du Carrousel et les statues de Maillol, répandues dans les bosquets. Un rond-point anime la danse des voitures qui s'agitent entre la rive gauche et la rive droite, au milieu de mille myriades de touristes et du vide géographique. Jonathan Siksou fait revivre le quartier fascinant qu'il fut, dont il ne reste strictement rien, chose rare à Paris, mais où notre président a choisi de célébrer son avènement...


    Ce quartier a tellement été fouillé, détruit et reconstruit, ses rues anéanties qu'il est vain d'espérer y trouver un quelconque souvenir. L'auteur n'a pas souhaité joindre de plan détaillé qui faciliterait la lecture, mais vous pouvez en trouver ici... celui de Mathieu Mérian, Gomboust, Turgot pour les plus utiles etc.

    Extrait du plan de Mathieu Mérian (1615)

    Ce fut le quartier où de luxueux hôtels particuliers, comme celui de la marquise de Rambouillet, Catherine de Vivonne, côtoyaient un dédale de rues sombres et dangereuses. Avec Arthénice et sa ruelle, l'esprit français, sa langue et son humour, sa poésie et sa raillerie, sont nés là. La conversation et la politesse aussi, à cent mètres des palais des Rois. L'hôtel de Rambouillet fut rasé en1852. Là  naquirent les barricades de 1588 et "le vent de la Fronde" en 1648. C'est encore ici que Louis XIV organisa son Grand Carrousel en 1662,  nom qui reste à la place, seule référence connue de tous, grâce au centre commercial.... souterrain, j'y reviendrai. Pour Jonathan Siksou, dans son roman, le passé a disparu et les vivants s'enterrent, laissant place au vide jusqu'au prochain bouleversement...

    Le Carrousel du Louvre

    D'autres merveilles brillaient autour des rues Saint Nicaise et  Saint Thomas du Louvre : l'hôtel d'Elbeuf de la famille Cambacérès, celui des Longueville, celui des Crussol d'Uzès, celui du Petit Bourbon, des Condé où Molière connut la gloire. C'est dans ce dédale de rues que  Marie-Antoinette se perdit la nuit de sa fuite interrompue à Varennes, ce qui fit capoter l'opération.

    Le Louvre était un monde, mais un monde à l'état de chaos
    .

    Anarchie embellie par la présence, à proximité, des ateliers du Louvre, de l'académie de peinture et de sculpture, agissant comme un pot de miel pour une foule d'artistes. Nerval (qui sera exproprié), Dumas, Théophile Gautier vivaient dans la sinistre rue du Doyenné, peu avant sa disparition. On doit à l'historien, topographe et archéologue Adolphe Berty, une connaissance précise du vieux quartier. Neuf pages ! sont nécessaires à l'auteur pour nous en fournir le détail, neuf pages de noms d'hôtels à la queue leu leu, de maisons sauvées de l'oubli... "pages lourdes du poids de l'invisible".

    Liste des maisons du quartier du Vieux Louvre

    C'est la raison d'état, celle qu'on nomme "le Grand Dessein", qui eut raison du vieux quartier. L'intention de Napoléon Ier fut que le Louvre soit terminé par la réunion des deux palais, idée née chez les Bourbons, et que toutes les maisons entre eux soient démolies, idée neuve (1806). Un plan mis en œuvre par Visconti et Lefuel, mais achevé seulement un demi-siècle plus tard par Haussmann. Qui ne pense à Baudelaire ? confronté au vide de sa ville disparue. Il n'y avait pas à Paris de fouillis plus grouillant et plus pittoresque : l'auteur note : "Ne pas laisser de trace est l'apanage du voleur ou du meurtrier".

    Le Grand Dessein réalisé : vue du Palais des Tuileries - côté Carrousel

    Sur le plan Goujon de 1860, le vieux quartier du Louvre n'existe plus. C'est oublier que l'Histoire d'un endroit aussi chargé de sens que celui-là ne se termine jamais. Par une des colères dont ce lieu a le secret, comme en aout 1792, comme en février 1848, elle verra l'incendie détruire le vieux palais de Catherine de Médicis en mai 1871. Les ruines fumantes restèrent en place pendant douze ans ! pour finalement s'effacer, laissant place au vide, à nouveau. D'un coup disparaissait le palais de l'agonie de l'ancien régime, celui de Napoléon "le Grand", celui de la Restauration et de Napoléon "le Petit", celui du Comité de salut Public et des fêtes impériales. Des projets de reconstruction du palais surgissent de temps en temps, vite enterrées, pour ne pas rouvrir les plaies du passé. La pyramide de Pei est une pierre tombale, l'avenir du Louvre se construit dans son sous-sol, et le roman vous réserve une fin surprenante.

    D.L


    J.Siksou à Historiquement Show (début : 17:54)

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