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    Paris sous la Révolution et l'Empire de Philippe de Carbonnières




    Attaché de conservation du musée Carnavalet, Philippe de Carbonnières est aussi coresponsable de l'exposition "Napoléon et Paris, Rêve d'une capitale" à voir actuellement au musée de l'Histoire de Paris. Une exposition riche en documents sur cette période. Il signe au même moment ce livre au format de poche, sorte de synthèse pédagogique et historique des années 1789-1815 et richement garni de 60 illustrations présentes dans ce musée.


    Dans ce livre didactique et facile à lire, il détaille l'enchainement des évènements à partir de l'émeute Réveillon de 1789 jusqu'au départ de Napoléon pour Saint-Hélène en 1815 avec un souci de clarté, une tâche difficile, d’autant qu'il couvre deux périodes distinctes : avant le coup d'état de Brumaire, puis après, qu’on a généralement tendance à dissocier. Ne dit-on pas souvent que la révolution se termine en 1799 ? Il montre le glissement progressif des idéaux populaires de 89 via la grande terreur vers une copie de l'ancien régime avec une nouvelle noblesse, un nouveau décorum et l'aval du pape dans un concordat d'apaisement avec la grande majorité des Français, puis le lent déclin jusqu’aux cent jours. Il montre aussi comment l'Histoire de Paris et de la France se confondent dans la naissance du fameux jacobinisme, encore constitutif de l'état jusqu'à nos jours.

    Le Palais Royal en 1787 - musée Carnavalet

    On suit facilement le déroulement du roman national, façon Lavisse, qui n'a depuis  guère varié dans le déroulement du mythe : du comportement velléitaire de Louis XVI, aux provocations de l'autrichienne et des étrangers qui mènent à la guerre, la terreur comme gouvernement de salut national, l'avènement d'un général victorieux et les guerres françaises de libération jusqu'à Waterloo, qui accouche d‘un monde moderne. En un mot, la création de la "Nation", qui s'ajoute à la “Liberté”, à “l'Egalité” et à la “Fraternité” de principe du "Citoyen". Sur ces notions essentielles, de nombreuses réserves ont été publiées depuis des lustres, entre autres chez François Furet, sur la contradiction qui existe entre ce qui se passe à Paris et dans le reste de la France : les faits, têtus comme on sait, montrent pourtant une autre réalité que celle des slogans  : celle de la municipalité de Paris qui impose sa partition par la rue et la violence au reste du pays. Il faut une nouvelle fois regretter que les idées reçues se reproduisent éternellement dans les brochures après tant d'années, de recherches et de travaux sérieux.

    Avant Bonaparte, ce qui domine, c'est le mépris dans lequel leurs prétendus “représentants” tiennent le peuple français : l'exécution des girondins, les colonnes infernales en Vendée, les massacres de prêtres "aux ordres de Rome", les tueries à Nantes, à Lyon "ville sans nom", l’exécution des femmes et des personnes âgées, la rapacité des représentants en mission en province, l'enfermement du Roi en octobre à Paris, la création à Paris d'une "garde nationale" décorée aux couleurs d'un drapeau dont les deux tiers sont celles de la ville de Paris etc.. La liste des condamnés et leur profession, toujours visible à la Conciergerie est édifiante. L'illusion de cohésion du pays se terminera à la fameuse fête de la fédération sur le Champs de Mars le 14 juillet 1790 où des hommes venus de toutes les provinces, les Parisiens et le Roi se trouvaient réunis, pour une dernière fois. On retient justement cette date pour notre fête nationale, pas de celle de la prise de la Bastille, comme on le croit trop souvent, ce n'est pas le fait du hasard.

    CharlesThevenin - La Fete De La Federation le 14 juillet 1790 - Musée Carnavalet

    Ensuite, tout ira de mal en pis : le 10 aout 1792, les enragés du faubourg Saint-Antoine, ceux du faubourg Saint-Marcel, les sections des piques du faubourg Saint-Honoré et ceux de l'Hôtel de Ville auront tôt fait de faire donner la rue et d’imposer une dictature parisienne aux hommes qui ne leur convenaient pas, quelquefois les amis de la veille, par la terreur, les démolitions, la guerre, les décapitations, les confiscations jusqu'à la ruine totale de la capitale, devenue méconnaissable, où la famine menace, où les mendiants et les prostituées courent les rues jusqu'au jour où un général corse au chômage devient célèbre en mitraillant au canon les manifestants "monarchistes" sur les marches de l'église saint-Roch.
    Ce fameux général corse se montrera finalement assez habile et déterminé à refaire par la force la cohésion d'un pays autour de vieilles recettes, nouvelles noblesses, nouvelles décorations, concordat religieux, nouvelles lois, nouvelles guerres d'un autre genre "vivat imperator in aeternum" et le rétablissement d'une certaine morale par la police, mais il reste toujours aux yeux de beaucoup : l'usurpateur, l'imposteur, le roi de Paris qui se crut, un temps, le roi du monde. Il sait ce qu’il doit à Paris, il sera sacré à Notre Dame et résidera aux Tuileries, quand les vrais Rois étaient sacrés à Reims et vivaient à Versailles.

    Jacques-Louis David, le sacre de Napoléon

    J’aurais aimé trouver ces évidences comme ces petites subtilités géographiques dans le livre de Philippe de Carbonnières, l'aveu que la ruine de Paris était telle après Waterloo et vingt-deux années de guerres révolutionnaires que les soins prodigués par le grand homme à sa capitale, il y en eut effectivement et pas des moindres, furent peu de choses à côté de l'humiliation de mars 1814 et de la présence des cosaques sur les Champs-Elysées, présentée comme une parade de foire. J’aurais aimé la juste part des choses entre ce qui relève du mythe national et ce que fut la triste vérité, avec le rôle de chacun. Avant la Révolution et l'Empire, au cours de sa très longue histoire, jamais Paris n'avait connu d'occupation militaire comparable et des millions à payer à l’occupant, même à l'époque de Jeanne d'Arc ou d'Henri IV, quand elle était bourguignonne ou ligueuse, au point que Louis XIV, imprudent, en avait fait supprimer ses fortifications pour en faire nos grands boulevards, un siècle plus tôt...
    En résumé, ce livre donne une bonne synthèse du fil des évènements, utile pour débuter dans ce sujet complexe et avec de belles illustrations, mais troublé par le piège de l’indulgence et de la sympathie pour les acteurs d’un âge mythique et fondateur.

    D.L



    Interview de Philippe de Carbonnières, attaché au cabinet des arts graphiques du musée Carnavalet, spécialiste de la Révolution Française.


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