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    Photographies de Paris pendant la Grande Guerre (1914-1918)

    Il vous reste jusqu’au 15 juin pour assister à l’exposition photographique consacrée à Paris pendant la première guerre mondiale à la galerie des Bibliothèques, rue Pavée. Un reportage inédit effectué par Charles Lansiaux (1855-1939) dans les rues de la capitale pendant ces années tragiques. Cette série est tirée des quelques 2.000 photographies intitulées ”Aspects de Paris pendant la guerre” vendues, puis conservées à la bibliothèque historique de la ville de Paris. Ce ne sont pas des scènes de guerre, mais des traces de la vie quotidienne des Parisiennes et des Parisiens, des réfugiés de zones de combats, des militaires de passage, de mobilisés sur le point d’appareiller pour le front. Une galerie de choses vues à rapprocher de celles,  rassemblées par Manon Pignot dans “Paris pendant la grande guerre” paru récemment chez Parigramme. Quatre années de pénurie, de deuil, de larmes et de courage qui vont changer le cours des choses…

    Le 1er Aout 1914 à 4h du soir, la première affiche blanche à liseré tricolore de la mobilisation générale est placardée boulevard du Palais. 2.200.000 réservistes des classes 1900 à 1910 sont appelés à rejoindre leur corps d’affectation avec deux chemises, un caleçon, deux pantalons et deux bonnes paires de chaussures. La stupéfaction se lit sur les visages, certains s’embrassent, d’autres pleurent. Les plus vieux se souviennent de la dernière guerre, celle de 1870 et du siège de Paris, mais nul n’avait connu la mobilisation d’un pays entier, les départs à la gare de l’Est, les wagons bondés, les chants, les pleurs, les cris.


    Le général GalliéniMême si la censure commence à déployer ses ailes sur l’information, les journaux s’arrachent, les rumeurs circulent. Beaucoup de parisiens sont encore en vacances, certains ne rentreront même pas. Paris est presque vide, presque abandonné. L’offensive éclair des “boches” surprend tout le monde : le 22 Aout, ils pénètrent en France, le 30, ils sont devant Verdun. le 26 Aout, c’est la déroute qui menace, le général Gallieni, 65 ans, est rappelé de sa retraite pour être nommé gouverneur militaire de Paris et défendre la capitale, dont les Parisiens apprennent terrorisés qu’elle est déjà menacée !!! il les rassure par ces mots :

    J'ai reçu le mandat de défendre Paris contre l'envahisseur ; ce mandat je le remplirai jusqu'au bout

    Le 2 septembre, on apprend avec stupéfaction que le gouvernement a quitté Paris pour Bordeaux.  le 4 Septembre, que les Allemands sont à Meaux, à Luzarches, à Senlis, à 45 km de Paris. Ce même jour, Galliéni demande à la 6e armée française de Maunoury de se déployer au nord-est de Paris et d'engager la bataille entre l'Ourcq et la Marne. Le soir, le généralissime Joseph Joffre engage toutes les armées à faire front de Paris jusqu’à Verdun et “ se faire tuer sur place plutôt que de reculer”. Gallieni réquisitionne les taxis parisiens pour convoyer 6.000 hommes en renfort à Maunoury. Ils partent des Invalides, grain de sable héroïque dans une contre-offensive d’un million d’hommes, qui sauve le pays. Près d’un quart y laisseront la vie. Le 12 Septembre, la bataille de la Marne est gagnée. Clémenceau dira "Le général Gallieni est l'homme dont la prompte décision nous a donné la bataille de la Marne. Il est le véritable sauveur de Paris".


    Une fois le danger passé, la ville témoigne d’une patience exemplaire pendant quatre longues années de cette guerre de tranchées, où le front ne bouge presque pas. Le Parisien apprend les files d’attentes pour obtenir du pain, du charbon, envoyer un paquet ou toucher un mandat. Patience devant l’arrivée en masse des réfugiés et la gestion des tickets d’approvisionnement. Le rassemblementA partir de décembre 1914, le gouvernement regagne Paris et la menace devient moins prégnante ; les théâtres rouvrent, la musique légère reparait à la demande d'un nouveau touriste qui arpente les rues de Paris : le permissionnaire. On vient le voir, on l’entoure, on lui pose mille questions. Il fait l’admiration de ceux qui l’approchent et se retrouve quelquefois devant son autre : le planqué qui lit son journal et commente la guerre à la terrasse du café.  Souvent, le serveur est une femme, le livreur l’est aussi, comme le postier, les veuves de guerre sont de plus en plus nombreuses, ce qui donnera des idées à un monstre du côté de Gambais. On se méfie de l’espion qui peut prendre l’allure d’une jolie femme, comme le montrera l’affaire Mata-Hari. Dès le coucher du soleil, la ville est plongée dans le noir total, ceux qui ont connu cette période parlent de nécropole abandonnée où les maisons dessinent des masses sombres le long de rues vides.

    l'alerte aérienneL’apparition et les progrès rapides de l’aviation font naître dans le ciel une nouvelle menace, celle des “gothas” ; la curiosité amusante des débuts laisse vite la place à la terreur, aux sirènes, aux rassemblements dans les caves et dans le métro. Les enfants crient “A la cave, A la cave !”. Cela n’empêche pas “la grosse Bertha”, une pièce d’artillerie énorme, de bombarder Paris. Un obus tombe un vendredi saint sur l’église Saint-Gervais tuant 75 personnes. Au total, 522 personnes seront tuées par les avions ou les canons. Pour ceux qui restent, c’est la chasse au sucre ou au charbon qui rythme la journée, animée toutefois par l’apparition de beaux uniformes étrangers de passage : beaucoup d‘anglais, d’italiens, de russes, dont on se méfie ou de serbes, les Parisiens découvrent “leurs” troupes coloniales, africaines, asiatiques, puis ces “sammies”, ces américains qui portent dans leur “barda” une invention originale : le papier toilette. Instants exotiques, fugaces et dérisoires dont témoignent ces photographies, quand au même moment s’allonge la liste des morts, des blessés, des disparus, quand gonfle le nombre de prisonniers, de réfugiés…Pendant l’hiver très rigoureux de 1917-1918, -15° , il n’y a plus de charbon à Paris…La ville est en panne.

    Le rideau tombe le 11 Novembre 1918 à l’aube et aussitôt des rassemblements spontanés remplissent les boulevards, la place de la Concorde, les carrefours, les cafés. Une clameur formidable inonde la ville, on chante la marseillaise, le chant du départ, la Madelon pour ouvrir une journée historique qui met fin à quatre années terribles. Après les lampions de la victoire, l’heure des comptes et de l’arithmétique glaciale allait pouvoir commencer. Des chiffres à donner le vertige. Pour l’Europe après la pluie, rien ne serait plus jamais comme avant.
    D.L


    Exposition : Paris 1914-1918, la guerre au quotidien. Photographies de Charles Lansiaux
    http://quefaire.paris.fr/fiche/75629_paris_14_18_la_guerre_au_quotidien

    Comment les Parisiens ont-ils vécu la Grande... par mairiedeparis

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