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    1925, quand l'Art Déco séduit le monde à la Cité de l’Architecture

    Quel meilleur endroit que la cité de Chaillot pour accueillir une grande exposition qui mette en scène l'Art Déco ? Un retour aux sources en quelque sorte. À la fin de la guerre 14-18, tout le monde pensait que tout redeviendrait comme avant, que l'ordre naturel des choses reprendrait le dessus. Il n'en fut rien. Aujourd'hui, pour beaucoup, la distinction entre l’Art Nouveau et l’Art Déco n’est pas très nette. On débute d’ailleurs sur ce thème à la cité de l'Architecture. En réalité, il y eut un bouleversement d'une tout autre portée. En dehors de quelques réalisations remarquables, l’Art Nouveau fut un échec à Paris, il restera « l'Art Nouille », Guimard finira d’ailleurs par s’exiler à New York, frustré par la méconnaissance de son talent. Un style géométrique « total » lui succèdera en accomplissant le rêve d'effacement de la frontière entre l'Art, l'Artisanat et l'Industrie dans le décor de la vie quotidienne, car le monde avait changé…


    1925, quand l'Art Déco séduit le monde à la Cité de l’Architecture

    Deschanel chasse Clémenceau du fauteuil de président de la RépubliqueL'esprit de l'après-guerre est manifeste avec le nouveau président de la République dont la France se dote dès 1920 : Paul Deschanel. Un président consensuel, hâbleur et bouffon, mais malade qui va pécher des carpes à 5h du matin et tombe d'un train, pieds nus, en pyjama lors d'un voyage officiel. «  mon ami, ça va vous étonner, vous ne me croirez pas, mais je suis le président de la République » dit-il au cheminot qu'il croise le long de la voie ferrée. C'est bien cet homme-là qui mit fin à la carrière du « père la victoire » Georges Clemenceau au premier tour de l'élection présidentielle par 734 voix contre 56 ! Le « tigre » , pourtant premier artisan de la victoire en 1918 devait s’effacer : trop velléitaire, trop solitaire, trop anticlérical, trop tout, quand le pays aspire à la tranquillité commerciale avec le monde entier.

    Siège provenant du Grand salon du paquebot Ile de France 1927,, Louis Süe (1875-1968) et André Mare (1885-1932) © Collection Écomusée de Saint-Nazaire/cliché Jean-Claude Lemée photographeL'exposition internationale des arts décoratifs de 1925 vise à établir Paris comme le centre du monde pour faire du shopping. C’est l'âge d'or ferroviaire, les capitales européennes sont reliées par un réseau rapide, sûr et luxueux comme l'orient express pullman décoré par René Lalique. L'Allemagne, la plus grande menace pour la suprématie française dans les arts décoratifs (Bauhaus), a reçu son invitation, mais trop tard : explication très diplomatique et les États-Unis refusent de participer au motif  « qu’il n'y a pas de conception moderne en Amérique ». La séduction française se manifeste dans les matériaux en provenance de l'Empire, fierté de la nation : ivoire, acajou, palissandre, ébène qui complètent la trilogie géométrique verre-fer-béton. L'ensemble est mis en musique par les meilleurs architectes du temps comme les frères Perret ou Le Corbusier. 

    Tête de Mannequin et chapeau 1925Quand sonnent les trois coups de cette exposition de 1925, c'est le président Gaston Doumergue qui coupe le bandeau entre l'esplanade des invalides et les Champs-Élysées. Méridional célibataire, protestant et de gauche, son ton jovial et affable sied parfaitement à l'époque qu'on commence à appeler « les années folles ». Un livre à scandale donne le ton en 1922 : « La Garçonne ». Roman publié par Victor Margueritte : une jeune femme, Monique, apprenant que son fiancé la trompe décide de mener à son tour une vie libre, avec des partenaires multiples aussi bien masculins que féminines. RadiguetElle porte jupe et cheveux courts... « Le Diable au corps » de Raymond Radiguet sort en 1923 : C'est le récit d'une histoire d'amour entre un jeune homme et une femme tandis que le fiancé de cette dernière se bat sur le front durant la Première Guerre mondiale. Rétrospectivement, les scandales commencèrent dès 1919 avec l'attribution du Goncourt à l'ambigu Marcel Proust aux dépens des Croix de bois de Roland Dorgelès. Aux yeux du monde, la France fait figure de pays de cocagne pour la nouveauté, où toutes les audaces sont permises et pays d'accueil cosmopolite et généreux pour ceux qui fuient le communisme Russe (révolution 1917) ou qui s’éloignent de la morale intransigeante des États-Unis d'Amérique (prohibition 1920). Paris organise les jeux olympiques en 1924
    Riche d’un immense empire et de réparations de Guerre d'un montant astronomique demandées à l'Allemagne, le pays se prend à espérer qu'il reste le phare du monde civilisé, pays de la liberté et des tolérances. Paris organise les jeux olympiques en 1924, où les États-Unis remportent près du tiers des médailles, mais la France remporte l'épreuve de littérature ! et les épreuves sont commentées en direct à la radio, invention pratique.
    Le gouvernement Poincaré créera le service de radiodiffusion en 1927.


    La « cité moderne »  de Robert Mallet-Stevens est la bible de l'architecture à la mode. Formé à Paris, il puise ses inspirations dans les décors de cinéma, discipline nouvelle, mélange de fonctionnel et d'esthétisme comme en témoigne l’hôtel particulier des frères Martel dans la rue qui porte le nom de l'architecte à Auteuil. Il réalise aussi la villa de Paul Poiret « le magnifique », décorateur des péniches à l'occasion de cette expo de 1925 qui exalte l'émancipation féminine par la nouveauté d'une garde robe longiligne et épurée. femme à la Samaritaine - emilio Vila- 1927Cette nouvelle esthétique, on la retrouve chez les modèles de Jean Patou, venues d'Amérique , fines, sans hanches, cheveux courts, chevilles minces, qui se parent d'objets de luxe, bijoux et parfums raffinés mais des femmes également sportives, voyageuses, cosmopolites. L'exposition de la cité de l'Architecture donne l’exemple de Tamara de Lempicka, russe émigrée, artiste reconnue, aimant le luxe, féministe et dont l'atelier d'artiste fut justement réalisé par Mallet-Stevens. 


    L'Hôtel du Collectionneur était le projet le plus ambitieux et sera le plus fameux de l'exposition de 1925L'Hôtel du Collectionneur était le projet le plus ambitieux et sera le plus fameux de l'exposition de 1925. Il occupait une suite de chambres élégantes conçues par l'ébéniste Jacques-Emile Ruhlmann. Pierre Patout a conçu le pavillon, avec une grande salle ovale, le Grand Salon, comme son point focal. Ruhlmann a réuni de nombreux grands artistes et designers pour décorer le salon, y compris Antoine Bourdelle. Sa décoration somptueuse, riche de couleurs et de formes élégantes conduisit de nombreux critiques à considérer le Grand Salon comme la plus grande réussite de l'Art Déco français. Plusieurs œuvres de l'intérieur, notamment l'armoire 'âne et Hérisson' et la peinture des Perruches de Jean Dupas sont devenus des icônes de l'Art Déco, dans la tradition française faite d'élégance et de haute qualité.

    Autour de cet évènement, l'exposition à la cité de l'architecture insiste à juste titre sur ce qui fait de Paris la ville la plus cosmopolite de la planète et de Montparnasse un centre exceptionnel pour les artistes du monde entier (Jacob, Kisling, Rivera, Soutine, Foujita, Marevka, Zborowski, Ehrenburg, Modigliani). Les touristes américains y apportent jazz et cigarettes, « Paris est une fête » dit Hemingway. C'est l'époque de la revue Nègre de l’américaine Joséphine Baker au casino de Paris où elle inaugure sa fameuse "jupe en bananes", tous ces exilés contribuent au rayonnement culturel de la France : une ambition universelle qui trouve son apogée lors de l'exposition coloniale de 1931 au bois de Vincennes.

    Citroën utilise la tour Eiffel pour sa promotion en 1925La ville elle-même change avec de nouveaux moyens de transports : l’automobile (le code de la route date de 1921, les « étoiles de bonne table » du Guide Michelin naissent en 1926 ). La France est le deuxième producteur mondial d'automobiles (Citroën utilise la tour Eiffel pour sa promotion en 1925) . On rencontre sur le parcours une photographie intéressante du fameux garage Citroën de la rue Marbeuf et une collection impressionnante de bouchons de radiateurs. L'aviation commerciale démarre au lendemain de la première guerre mondiale : Air France naît en 1933 de la fusion de plusieurs compagnies existantes et couvre l'Europe avec 260 appareils. Le paquebot Normandie , lancé du Havre en 1932, témoigne de l'importance du transport transatlantique. On voit à ce sujet une vidéo placée très judicieusement sur le parcours.

    Charles Adda Projet de Cinéma 1927Le Cinéma se définit vraiment comme un septième art dans les années 20. Jacques Haïk crée le Grand Rex sur les Grands Boulevards en 1930 avec une salle qui peut accueillir plus de 5 000 spectateurs et un plafond représentant une voûte étoilée culminant à plus de 30 m. L'architecte Henri Belloc édifie place de Clichy dans le style Art Déco et en un an (1930-1931) le plus grand cinéma du monde (6 000 places) : le Gaumont Palace. l’année suivante, Belloc, utilisant les artifices de l’électricité, effectue une nouvelle révolution : il abandonne les décors et habille les façades des cinémas avec des néons.
    La première émission officielle de télévision française a lieu en 1935. En France, le nombre de citadins dépasse celui des ruraux depuis 1931, le téléphone à cadran apparaît en 1920 et commence à occuper une place importante dans les intérieurs bourgeois.

    Le développement de toutes ces nouveautés affectent à l'Art Déco beaucoup plus que la naissance du « design », c'était une période de diffusion technologique et de brassage culturel qui donnait à chacun ce sentiment que beaucoup restait encore à découvrir, comme en témoigne, s'il devait rester une image, la création du Palais de la découverte par Jean Perrin pour montrer au public « la science en train de se faire ». Prévu pour une durée éphémère à l'exposition de 1937, son succès considérable l’a maintenu en place et en fait encore de nos jours un endroit mythique pour tous. 1937, justement, l'année de la dernière exposition universelle de Paris où les deux pavillons allemands et soviétiques se toisaient au pied du nouveau Trocadéro : la prophétie de nouveaux bouleversements à venir.
    D.L

    1925, quand l'Art Déco séduit le monde par Cite-architecture

    mercredi 16 octobre 2013 - lundi 03 mars 2014 à la Cité de l’architecture & du patrimoine
    http://www.citechaillot.fr/fr/expositions/expositions_temporaires/25226-1925_quand_lart_deco_seduit_le_monde.html

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