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    Verdi à Éléphant Paname–Exposition

    2013, c’est l’année du bicentenaire de la naissance de Guiseppe Verdi à Busseto, en Emilie, près de Parme. À cette occasion, les mélomanes attendaient une exposition phare avec un programme ambitieux. Éléphant Paname a relevé le défi et Laurence Pustetto a conçu une scénographie très brillante sur les trois étages de cet ancien hôtel particulier du XIXe siècle maintenant dédié à la danse et tout à fait adapté pour honorer celui qui a tant fait pour la gloire du théâtre et du mélodrame chanté…

    La longue carrière du seigneur, poète et paysan de Sant’agata est reconstituée avec de nombreux souvenirs en provenance de la villa Verdi : affiches, partitions originales, meubles, citations, lettres, notamment le certificat de baptême conservé à la mairie de Busseto, qui atteste son origine « française » : l’Emilie faisait partie de l’Empire en 1813. Costumes d'Aïda à Elephant PanameDes extraits musicaux enveloppent le parcours d’airs devenus très célèbres composés par l’auteur aux 40 opéras, leurs titres sont gravés sur les marches de l’escalier majestueux qu’emprunte le visiteur pour accéder au troisième étage où se trouvent des décors et de costumes comme ceux du maure Othello et de l’égyptienne Aïda. Le musicien, quant à lui, veille dans la première salle (et sur l’affiche de l’expo) dans le fameux tableau de Boldoni de 1886. Son chapeau noir et l’écharpe blanche qu’il porte font d’ailleurs partie des pièces rares de l’exposition ! À l’extrémité de la première salle, passe en boucle le film d’Alain Duault « sur les pas de Verdi » ; un film à ne pas rater en dépit de sa longueur (près d’une heure), il couvre l’essentiel de sa vie étonnante.

    Quel titre représente le mieux la convergence entre la musique, les passions humaines et les sentiments dans l’œuvre de Verdi ? Pourquoi pas « La force du destin ». Affiche de l'opéra "Rigoletto"Cet opéra créé en 1861 à Saint-Pétersbourg pour le tsar n’est pas le plus célèbre ou le meilleur, mais il emprunte beaucoup à un auteur qui a souvent rencontré la fatalité sur sa route. Peut-être « Rigoletto » ? Qui devait d’ailleurs initialement s’appeler « La malédiction », histoire d’un bouffon accablé par le sort. L’enfant Verdi, alors enfant de cœur dans une Italie très superstitieuse, était fasciné par ces histoires ; les affaires de foudre, de damnation céleste étaient courantes et sa vie viendra, comme on va le voir, animer cette intuition. Dans le « Falstaff » qu’il écrira à 80 ans, il fera chanter : « La vie n’est qu’une farce, le monde un grand théâtre » et de fait les circonstances seront toujours la source de nouvelles inspirations qui le porteront naturellement vers un théâtre tragique avec un don exceptionnel pour la mélodie remarqué très tôt, au contact des orgues de Busseto.

    Verdi : Ouverture de La force du destin

    Verdi rencontre une première fois son destin lorsqu’il perd tragiquement sa femme d’une méningite fulgurante et ses deux enfants en l’espace de 18 mois en 1840. À la suite de ces évènements bouleversants, il devient un tout autre homme et une transformation s’opère dans sa musique et, paradoxalement, lui ouvre une nouvelle carrière avec son « Nabucco » qui aura un succès considérable à Milan en 1842. Œuvre magistrale qui symbolise aujourd’hui son talent, elle sera jouée des milliers de fois et notamment  « Va Pensiero » qui sera chanté par 800 choristes lors de ses funérailles nationales organisées par la nation Italienne à Milan le 27 février 1901.

    Verdi : Va pensiero de 'Nabucco'

    Pour l’Italie, Verdi est un symbole, il représente la caution culturelle du    « Risorgimento » : la renaissance, acquise avec difficulté entre 1859 et 1861. Indépendance obtenue dans un contexte extrêmement compliqué d’ambitions de pays voisins, l’Italie fut toujours la proie des ambitions françaises d’un côté, allemandes de l’autre (autrichiennes précisément), avec le pape au milieu de la bagarre. La musique entrainante de Verdi déclenche un volcan populaire et collectif, une pulsion patriotique de vêpres siciliennes chez les cœurs survoltés : cœurs des esclaves, cœurs des gitans, cœur des croisés, cœur des hébreux… L’unité italienne se fera bientôt sous l’égide du roi de Savoie Victor-Emmanuel aidé par les Français, mais dont l’artiste est l’aiguillon. Les nationalistes italiens écriront sur leurs murs « viva v.e.r.d.i » : viva victor emmanuel rei d’italia.

    Viva VerdiCette coïncidence entre un musicien de génie et des circonstances politiques exceptionnelles se retrouvent en Allemagne avec Richard Wagner et l’unité de 1871. Wagner, qui lui fut souvent comparé, était à la fois un sérieux concurrent et un homme pour lequel il avait un profond respect, bien qu’ils ne se soient jamais rencontrés.

    Sa vie affective suit le destin de sa rencontre de Pépina Strepponi, soprano plus célèbre que lui lorsqu’il fit sa connaissance, mais avec un passé chargé de nombreuses histoires à faire jaser la bonne société, provoquant médisance et rumeurs : des enfants venaient jeter des cailloux sur les fenêtres de la demi-mondaine et il se brouilla avec les habitants de Busseto, car il vivait avec elle sans être marié. Elephant PanameOn dit que la lecture de la dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils (dont on voit l’exemplaire de sa bibliothèque à l’exposition) provoqua chez lui une telle émotion qu’il écrivit dans la foulée la « Traviata » ; expression intraduisible qui sera par la suite attachée à de nombreuses femmes de petite vertu. Un sentiment provoqué également par sa rencontre avec Pépina, bien qu’elle n’eut pas la fin tragique de Violetta et resta toute sa vie au côté du maestro à Sant’agata.

    Les anecdotes sur la vie de Verdi sont nombreuses et remplissent des livres entiers. De l’importance du répertoire shakespearien dans son œuvre (Othello, Macbeth, Falstaff..), de l’aventure d’Aïda à l’occasion de l’ouverture du canal de Suez, la création de la maison pour les artistes dans le besoin ou encore l’épisode de l’écriture de ce requiem pour son ami Manzoni alors qu’il avait arrêté de composer, un requiem stupéfiant auquel on a reproché d’être émotionnellement très éloigné de l’esprit traditionnel, avec ce « dies irae » qui reste très mystérieux pour le profane. Ses séjours à Paris sont également très instructifs : c’est à Paris qu’il donnera pour la première fois Don Carlos en 1867. Une ville qu’il connaissait assez bien et qui représentait pour lui la consécration de l’Opéra mais aussi où il rencontra l’amour avec Pépina…

    Requiem de Verdi, Dies irae

    Une histoire étonnante, comme je vous le disais. Aussi, je vous conseille de commencer par le film pour vraiment entrer dans le sujet, et n’oubliez pas de signer dans le livre d’or un petit mot d’encouragement aux deux créateurs qui ont permis la remise en valeur de ce site maintenant consacré à la musique et à la danse…

    D.L
    Paris, Éléphant Paname (10, rue Volney), jusqu’au 5 janvier 2014 


    L’émission Verdi de Franck Ferrand sur Europe 1: 




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