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    La Confession d’un enfant du siècle d’Alfred de Musset par Sylvie Verheyde



    Sylvie Verheyde nous propose une adaptation évaporée du roman d’Alfred de Musset. Les effets visuels et le décor nous montrent une maitrise technique de son sujet et une capacité à retenir l’attention par des astuces de cadrage et de mouvement, une image parfaite et la musique de Chopin pour rester dans le ton. Elle respecte l’œuvre et l’histoire à la lettre, mais s’en éloigne de l’esprit.

    Certainement impressionnée par l’édifice, calquant sa lecture sur des affinités avec la période actuelle, sans exagération ni provocation, elle laisse en route la crédibilité des personnages et des sentiments. C’est peut-être ce qui rend la poésie de ce film, évidente, d’une lourdeur suffocante…

    Pour s’attaquer visuellement au sujet  de ce livre et à ce qu’il représente, il faut beaucoup de courage et en avoir mûri la genèse même, longtemps. En fond de cale, on trouve une vraie histoire d’amour avec George Sand dont Musset voulait écrire l’histoire (1834).
    « J’ai bien envie d’écrire notre histoire ; il me semble que cela me guérirait et m’élèverait le cœur. Je voudrais te bâtir un autel, fut-ce avec mes os ; mais j’attendrai ta permission formelle »

    Dans les faits, il s’en inspirera, retrouvera des émotions, celle de la trahison, celle de l’amour et d’autres humeurs dont Musset était fait ; reprendra des bribes de personnages, leur différence d’âge, certaines anecdotes, Pagello qui devient Smith. Cette confession, c’est son histoire, sans l’être vraiment. Déjà, le personnage de Brigitte Pierson, dont il tombe amoureux, est très difficile à débusquer, puisque plus proche de l’icône christique surgie de son esprit que d’un être réellement incarné ou d’Aurore Dupin. Dès lors, on comprend que cette image puisse rester symboliquement assez abstraite. Pour le compte, Charlotte Gainsbourg a bien saisi son rôle. Elle fait son taf.

    En revanche, Octave est très proche de Musset et l’évocation du personnage ne peut s’ancrer sans se confronter directement à sa poésie sacralisé dans l’amour. Hélas, on cherche longtemps la poésie et plus encore la sacralité. Cette impression de légèreté et de désinvolture que promène Peter Doherty est, à mon sens, un faux-ami. Il y a un idéal mystique chez Musset, une recherche de la rédemption dans l’amour, au-delà de l’intelligible et cette quête, un peu trop élevée, explique certainement ses échecs amoureux, dont ceux dont il est question dans la confession.

    Son attitude nait de cette nostalgie du temps d’avant la révolution, nostalgie de l’amour courtois comme du libertinage, d’une frustration que tout a été fait avant lui et qu’il n’y aura plus rien après et surtout du triomphe de l’argent sur l’amour, qui le rend accessible pour quiconque a les moyens et sous toute forme imaginable. Cette dilution produit une vraie torture qui en fait un révolté jusqu’à en tomber en dévotion, ou en hérésie provocatrice. Son pas se fait-il dans les sillons du passé ou les voies de l’avenir ? Il pose la question, mais ferait, s’il le pouvait, arrière-toute pour remonter le temps. Il n’y a aucun doute là-dessus.

    On va un peu vite en présentant « le mal du siècle » comme une jeunesse ivre de plaisir sexuel ; si cela fait partie du tableau, il s’agit avant tout de l’immense désillusion d’une classe sociale élitiste, qui n’a que mépris pour une restauration factice et vidée de son sens, car on ne refait pas l’histoire. Une orgie provocatrice qui attend le miracle, une divine surprise. En attendant, reste '« L’affreuse mer de l'action sans but ».

    En imprimant à son Octave-Musset une autre vision de cette désillusion, Sylvie Verheyde en fait un homme perdu, mais aucunement tragique et au final, le cœur léger et satisfait :
    " J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé"

    L’expression provocatrice de Doherty sur l’affiche, pistolet sous le cou est d’ailleurs parfaite : celle, romanesque, d’un homme sans illusion, qui pointe l’arme contre lui. Le vrai Octave-Musset, va bien au-delà, il est aussi capable de tourner l’arme vers le sacré et ne prend pas de gants avec le blasphème. Le « mal du siècle », bal masqué de créatures lascives et évanescentes de cette fiction n’a pas cette provocation et laisse de côté le rituel mystique et satyrique, le drame même. On n’y trouvera pas de Rolla, pas de Marion.

    Regrettez-vous le temps où les Nymphes lascives
    Ondoyaient au soleil parmi les fleurs des eaux,
    Et d’un éclat de rire agaçaient sur les rives
    Les Faunes indolents couchés dans les roseaux ?
    Où les sources tremblaient des baisers de Narcisse ?

    L’Octave de Sylvie Verheyde, c’est Musset l’amoureux éternel, l’homme à femmes, l’enfant, celui du badinage et des maisons closes, qui fait sa cour à Brigitte, la jolie veuve dont la flamme n’est pas à la hauteur de ses attentes. L’autre Octave, c’est le cri d’une voix  insolente, provocatrice d’une quête rédemptrice, nostalgique et essentiellement poétique. Peter Doherty, icône rock, aurait peut-être pu devenir cet Octave, tragique puis résigné ou un Rolla, pâle et tremblant. Ce film aurait pu être militant. Il n’en est rien. Au final, il reste une ambition.







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