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    Et Lutèce devint Paris - Métamorphoses d’une cité au IVe siècle



    La crypte archéologique de Notre-Dame propose d’éclairer une période très peu connue : l’Antiquité tardive (IIIe–Ve siècle), la période de la fin de l’Empire Romain d’Occident où Lutèce devint Paris.

    A l’aide de dix aquarelles inédites de Jean-Claude Golvin, commandées spécialement pour l’exposition, qui intègrent les dernières découvertes archéologiques et présentent les évolutions monumentales de la ville, le voile épais qui couvre cette période commence à tomber. Ces dessins montrent des représentations crédibles de la ville romaine. Quelle était la géographie de Paris et que s’est il vraiment passé à la fin de l’Empire Romain d’Occident ?

    Construction de la première enceinte de Paris (JC.Golvin)La première partie de l’exposition replace la ville dans le contexte de la grande crise du IIIe siècle. Sans qu’on en connaisse exactement les raisons, Lutèce se démembre de ses principaux édifices de la rive gauche pour construire sa première enceinte sur l’île de la Cité, qui concentre les pouvoirs civils et religieux. Le rôle précis de cette enceinte n’est pas clairement identifié, d’abord son édification tardive (307),
    Dioclétien, empereur en 287 avait demandé de boucler toutes les villes importantes de la Gaule
    et, surtout, sa  taille puisque d’une largeur relativement modeste (2m à 6m) dont des restes sont visibles dans la crypte. Elle ceinturait probablement toute l’île de la Cité, mais pas la Rive Gauche, à l’exception du forum (axe de la rue Soufflot) qui semble avoir été fortifié.

    Fortification d’urgence ? Absence de matériau ? Protection contre des bandes de maraudeurs ? Il est peu probable en tout cas que la menace soit celle d’une armée organisée, peut-être la peur des expéditions de tribus germaniques. Peut-être également celle d’escadrons d’appoints dont l’armée romaine aimait s’entourer et dont elle n’aurait pu payer la collaboration. La présence de péages aux deux portes dans l’axe du Cardo (Petit Pont et Grand Pont) semble aussi indiquer un rôle fiscal. Le trésor des impôts collectés dans les riches villae agricoles du coin devait aussi constituer un appât puissant pour les brigands, les soldats déserteurs, les esclaves et les paysans sans terre, frappés par la crise économique. Nous ne possédons aucun texte qui mentionne une destruction, même partielle, de l’agglomération.

    D’autres exemples de villes nouvellement emmurés sont représentés dans l’exposition comme Périgueux, Arles, Reims, Rome (Aurélien 272) sans oublier, bien sûr, Constantinople, le modèle de la ville fortifiée, construite avec ses murailles en 330. Vous pouvez d’ailleurs observer des vestiges d’enceintes de cette époque à Senlis, Orleans, Tours, Le Mans, Metz, Dijon …si vous passez par là ou ailleurs (n’hésitez pas à me les signaler). 

    les ponts et les portes de l'enceinte (petit pont et grand pont) (JC.Golvin)De nombreux indices font penser que Lutèce avait une vocation clairement militaire et politique. Sa position, un peu en retrait du limes, sorte de base arrière propice au ravitaillement par voie fluviale, mais également la présence d’un camp militaire dont les vestiges ont été retrouvés en haut de la montagne sainte Geneviève (rue saint Jacques – rue Valette). L’acheminement de troupes suivait les rues historiques que sont la rue saint Jacques (vers Orléans), la rue saint Denis (vers la Belgique), la rue saint Martin (vers la Germanie) et la rue saint Antoine (vers Melun).
    On note aussi la présence de trois césars (Julien l’apostat (360), Valentinien et Gratien) au cours de cette période. Les empereurs romains étaient avant tout des chefs militaires et pas des monarques oisifs et devaient avoir quelque raison de s’installer à Paris. La découverte, dans le cimetière des Gobelins, de tombes de vétérans (Ursinianus), d’insignes militaires et d’inscriptions faisant clairement allusion à une flotte basée dans la région confortent ces éléments.

    Au cours du IVe siècle, le démembrement de la Rive Gauche se poursuit, toujours au bénéfice de constructions dans l’ile de la cité : le palais et surtout la basilique qui préfigure l’emplacement actuel de Notre Dame. Mais cette période reste marquée par la croissance du christianisme à la suite de saint Denis, premier évêque de Paris, décapité en 258 et saint Martin en 392. Un concile au sujet de l’arianisme se tient à Paris en 361. Les chrétiens sont estimés à seulement 10 % de la population, ce qui est faible si on considère que c’est la religion officielle en 392. Ce pourcentage devait être beaucoup plus élevé dans la ville même.

    J’ai noté cependant deux points qui auraient mérité des développements dans l’exposition : D’abord, l’évolution du palais impérial, dont on dit généralement qu’il fut construit par Constance Chlore et qui est souvent localisé aux thermes de Cluny dans la littérature.  Il aurait probablement migré dans la cité au IVe siècle, donnant la base du palais historique (actuel palais de Justice) mais quel est l’état de nos connaissances à ce sujet ? On note également l’absence de traces de Germains au cours de cette période, or il est vraisemblable que leur présence est antérieure à l’arrivée de Clovis en 486. Cette période est d’ailleurs également la plus sujette à controverses et les organisateurs ont préféré faire l’impasse n’ayant pas assez d’éléments concrets. Il n’est cependant pas exclu que des troupes auxiliaires franques se soient installées aux alentours bien avant les évènements tragiques de la fin du Ve siècle. Il reste encore de nombreux mystères à creuser et on doit s’attendre à de nouvelles découvertes sur cette période.


    jusqu’au 14 octobre 2012 - http://crypte.paris.fr/fr/expositions/et-lutece-devint-paris

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