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    Bicentenaire 1812 et la Campagne de Russie. Partie III : La Grande Armée



    Les Armées napoléoniennes étaient constituées de trois grandes armes qu’étaient l’Infanterie, l’Artillerie et la Cavalerie. Voyons un peu…


    L’Infanterie : Alors que l’Empereur Napoléon et ses lieutenants viennent de livrer plusieurs batailles victorieuses à Mohilev, Ostrowno et Vitebsk, les Français entrent dans cette grande ville le 28 juillet 1812. Les forces russes des armées de Barclay de Tolly et de Bagration ont pu faire jonction et ont fait front, mais la confrontation avec la Grande Armée était trop précoce. Le colosse aux pieds d’argile se trouvait encore bien trop redoutable et puissant à une époque où pourtant les pertes étaient déjà lourdes, en particulier par l’attrition, les maladies et les désertions. Faber du Faur, Officier Wurtembergeois de la 25ème division du contingent de ce petit pays de la Confédération du Rhin, nous laisse son impression dans ses mémoires à la date du 31 juillet 1812 :

    « Le 31 juillet nous fûmes relevés par les Bavarois et quittâmes Beschenkowitschi pour aller rejoindre notre division au camp de Liozna. Les deux jours de marche qu’il fallut faire sur les derrières de l’armée, pour nous rendre à notre corps, nous présentèrent derechef, comme près de Polotzk, une image sensible et affreuse de l’état de la troupe. Ce n’était plus rien de nouveau de voir chaque jour des soldats épuisés rester en arrière, exhortations, menaces, punitions même tout était inutile. On remarquait à chaque halte, à chaque bivouac, que le nombre des troupes diminué, mais sans regarder en arrière, on espérait qu’au premier séjour de quelque durée, les traineurs viendraient rejoindre leurs drapeaux. Vain espoir ! La plupart de ces malheureux tombés d’épuisement sur la route marquaient de leurs cadavres le passage de la Grande Armée, mais c’est ce dont ne pouvaient se convaincre que ceux qui suivaient l’armée à quelques jours de marche, comme cela nous arriva pendant plusieurs jours. Ce fut qu’à deux lieux de Beschenkowitschi, entre autres cadavres, nous en trouvâmes deux couchés près de la route : ils appartenaient à notre infanterie légère. L’un portait encore l’habit à revers, c’était la punition qu’on lui avait infligée pour être resté en arrière, le court séjour que notre détachement fit ici, nous permit de donner la sépulture à ces malheureux »

    Les services d’intendances calculaient qu’une paire de mauvais souliers fournis par l’Armée était usée en 1 000 kilomètres, soit environ un mois de marche seulement et en moyenne ! Le fantassin dès lors était condamné de par les carences de l’intendance à aller pieds nus comme ce fut souvent le cas sous la Révolution ou de dépouiller les morts, amis ou ennemis. Sous l’Empire, mieux servi, le soldat avait toutefois intérêt à se procurer de bonnes chaussures, car les distances quotidiennes étaient en campagne colossales. 20, 30, 40 kilomètres par jour, parfois beaucoup plus comme durant la campagne de 1805, où avant Austerlitz certaines troupes, notamment du Maréchal Davout parcourent 90, 120 kilomètres en deux jours, le rythme était infernal. Ils venaient de milieux divers mais souvent des paysans, qui assuraient une infanterie de qualité, des hommes solides et de bons marcheurs. Dans la marche éclair de 1805, les troupes françaises avaient droit à une halte toutes les heures de 5 minutes, et les marches forcées pouvaient se prolonger dans la nuit. Contrairement aux armées étrangères, notamment l’armée autrichienne et l’armée russe réputées pour leur lenteur, l’armée française de l’époque et son infanterie est extrêmement rapide. Mais en Russie, la difficulté d’approvisionnement qui se déclare immédiatement devait être la cause d’une impossibilité de pousser une armée en avant aussi vite que Napoléon l’aurait voulu, comme ce fut le cas en 1806 où les forces françaises fondèrent littéralement sur les armées prussiennes.

    L’Artillerie :

    Alors que les armées françaises chassaient devant-elle les forces russes, Barclay de Tolly se décide à livrer à un combat d’arrière-garde ne serait-ce que pour faire face à un ennemi devant lequel les soldats russes ne cessaient de battre en retraite. Conscient de la nécessité de cette retraite mais aussi des dégâts causés sur le moral de ses troupes, Barclay tente de défendre Vitebsk durant quelques jours, ce sera la bataille de même nom du 25 au 27 juillet 1812. Les russes sont battus durant trois journées de combat meurtrières, Barclay de son côté et Bagration de l’autre, doivent reculer. Les Français laissaient 3 000 tués et blessés sur le terrain et quelques prisonniers, les russes environ 4 000 tués et blessés, 6 canons et quelques centaines de prisonniers. Les Français furent à l’origine de la création d’unités d’artillerie à cheval, une révolution pour l’époque, qui permettait de tracter un canon au plus près de l’ennemi sans le dételer et de faire feu à petite distance, causant des ravages dans les rangs ennemis. Les premières compagnies furent créées durant l’année 1792, et toute l’Europe devait s’empresser de suivre cet exemple. L’artillerie était à cette époque déjà la Reine des batailles, bien que l’infanterie soit montrée comme jouant ce rôle. Les pertes subies montrent bien le rôle prépondérant de l’artillerie d’autant que Napoléon était artilleur de formation, et l’un des plus brillants, si ce n’est le plus brillant de cette arme. La France possédait un système de matériels d’artillerie hérité de l’Ancien régime et du génial ingénieur Gribeauval. Le fameux système Gribeauval qui uniformisait les matériels en imposant un système de calibre, cohérent, nécessitant des munitions similaires. L’Empereur, artilleur, s’était fait sa réputation lors de la prise de Toulon en décembre 1793 et de la journée insurrectionnelle de Vendémiaire en octobre 1795. L’artillerie au fil du temps devait jouer un rôle de plus en plus important. L’Empereur invente et abuse du système des grandes batteries, c’est-à-dire la réunion de nombreux canons sur un point précis afin de pulvériser un point du front puis de l’enfoncer en jetant une forte colonne d’infanterie ou de cavalerie, ce fut le scénario de Wagram.

    Les artilleurs de l’époque étaient des soldats d’élites à plus d’un titre. Ce fut la raison par exemple de la création de l’Ecole Polytechnique en 1794 qui, dans l’idée de Napoléon, lui donnant un statut militaire en 1805, était chargée de fournir à l’Armée de jeunes et brillants officiers, formés à l’école des mathématiques et des sciences pour alimenter l’artillerie en cadres. Car tirer au canon n’est pas aussi simple qu’il y paraît. Dans les films nous avons l’impression qu’il s’agit d’un jeu d’enfants, mais dans les faits il en va autrement. Les plus expérimentés des officiers et des pointeurs, étaient à même de calculer des angles de tir, d’appréhender le terrain et sa réactivité, car contrairement aux films hollywoodiens, le canon tire des boulets… qui n’explosent pas ! Les canonniers devaient chercher à réaliser des ricochets dans les rangs de l’ennemi en fauchant sur son passage le plus d’hommes possible. Par ailleurs, cette artillerie était souvent mobile, se déplaçaient et avait un certain mouvement sur le champ de bataille. L’Empereur avait créé spécialement un nouveau corps pour cette tâche, dès 1807 : le train.  En fonction de la formation de l’ennemi et de sa distance, il était ainsi possible de creuser des sillons plus ou moins efficaces. Les blessures occasionnés par les boulets étaient par ailleurs terrifiantes, les membres arrachés ou tout simplement réduits en bouillie ou encore fracassés au point que l’amputation était la seule chance laissée au blessé, et encore. De brillants et nombreux généraux de l’Empire finirent ainsi leurs jours de cette manière, Duroc, Bessières, Lannes pour ne citer que les plus célèbres.

    En 1812, en Russie, les Français entrèrent sur le sol russe avec des centaines de canons, peut-être 2 000, dont beaucoup sont restés après la campagne aux mains des russes. Vous pourrez les voir dans le palais du Kremlin ou au Musée de Borodino. Chacun porte sa « date de naissance et son lieu de naissance » . Ils sont généralement ornés de dessins et de couronnes qui font d’eux des œuvres d’art. Ils portaient tous un petit nom, gravé sur la pièce, et vous trouverez amusant de lire les noms parfois fleuris ou poétiques qui leur furent donnés. Ils étaient pourtant de terribles instruments de mort.

    La Cavalerie :

    Dans les armées napoléoniennes, la Cavalerie joua un rôle prépondérant et après la défaite, Napoléon, pour se justifier, disait qu’il avait perdu cette guerre à cause d’un hiver précoce et du manque d’une cavalerie irrégulière telle celle des Cosaques.

    A part quelques régiments de cosaques d’élite, les régiments cosaques étaient de très mauvaise qualité. Mais ils étaient très nombreux, et il s’agissait d’une remarquable cavalerie irrégulière. Attaquant par surprise l’ennemi là où il était faible, le harcelant lors des retraites, restant à distance et raflant les convois ou pillant les voitures, les Cosaques furent un véritable fléau pour la Grande Armée. A force égale, ils s’enfuyaient pour se reformer plus loin, mais revenaient toujours au contact dans l’attente d’une opportunité où il pourrait avoir le dessus facilement. Le Prince Murat exerçait sur ces hommes une véritable attraction, car il était peut-être le seul « cosaque » de l’Armée française, au point que les vrais cosaques, russes ou ukrainiens, se retiraient à sa vue pour ne pas avoir à combattre et surtout à tuer un homme au courage au moins égal au leur. Leur réputation de pillards et de mauvais garçons était justifié, ils étaient intéressés par l’or et par les pillages et le montrèrent et démontrèrent à de nombreuses reprises dans la retraite puis dans les campagnes suivantes qui les conduisirent jusqu’en France, mais de l’avis des contemporains, les Prussiens et certains Allemands étaient considérés comme bien pire que les Cosaques eux-mêmes !

    Comme pour l’infanterie, la cavalerie de l’époque combattait en effet bien différemment que dans les charges folles qui sont étalées dans les films tournés sur la période. Car il n’existait pas seulement une Cavalerie mais plusieurs, réparties en trois catégories bien distinctes qui étaient la cavalerie légère, la cavalerie de ligne et enfin la grosse cavalerie.

    Les Hussards et les Chasseurs à Cheval composaient la première. Ils avaient un rôle de reconnaissance extrêmement important, devant repérer l’ennemi, le jauger et également l’empêcher de voir, la Cavalerie légère est les yeux de l’Etat-major. Elle est utilisée également largement dans des raids, parfois en profondeur contre l’ennemi, afin de surprendre ses arrières, mettre le désordre dans ses lignes, et aussi après les victoires pour poursuivre les vaincus. Les Hussards, sous les ordres de généraux mythiques tels que Lasalle et Marulaz, restent parmi les cavaliers les plus emblématiques de l’Empire, bagarreurs, mauvais garçons, bons vivants et fameux sabreurs.

    Derrière cette cavalerie légère, se présente une cavalerie dite de ligne, composée des régiments de Dragons et des régiments de Lanciers. Son rôle pourrait-on dire est mixte, entre les deux autres catégories. Les Dragons, notamment au début de l’Empire, étaient parfois utilisés à pied et armés de fusils à baïonnette comme le fantassin, mais en 1812, leur rôle s’était restreint à celui de la Cavalerie de ligne. l’Empereur avait jugé au cours de la campagne de 1806 et 1807, que la lance, à l’exemple des Polonais et des Russes devait être introduite dans l’Armée française.

    la Grosse Cavalerie qui était constituée des unités de Cuirassiers, des Carabiniers et des Grenadiers à Cheval. Ces régiments étaient destinés à emporter la décision sur un champ de bataille, à rompre ses lignes, à l’écraser et le disperser dans une action plus ou moins frontale, le choc, la charge. Nous avons en mémoire la charge mythique d’Eylau en 1807 où les Français furent sauvés par la charge la plus importante de l’époque contemporaine, par son importance et le nombre de cavaliers engagés. Il serait long de revenir sur leur histoire, ils firent la légende impériale, ils enfoncèrent à Marengo les Autrichiens le 14 juin 1800, firent de même des Russes à Austerlitz  en 1805, avant d’échouer à Waterloo sur les carrés anglais, sacrifiés dans des charges inutiles, un 18 juin 1815.

    En 1812, ils furent largement employés dans la Campagne de Russie, Ils inspiraient réellement la terreur, hommes de grandes tailles et bien bâtis, montés sur de lourds chevaux et maniant un sabre spécial, la latte. Leur choc était terrifiant, les russes en firent la triste expérience à Smolensk, à La Moskova/Borodino. La Charge lorsqu’elle était lancée, devait atteindre l’ennemi « en formation » et non dans un ordre dispersé, Son rôle principal était en général la neutralisation de l’artillerie ennemie, et la dispersion de son infanterie ou du moins son découpage en tronçon, permettant ensuite son écrasement.

    Ce n’est pas naturellement que le cheval d’ailleurs entrait dans une formation ennemie. En général, l’animal tentait de ne pas marcher sur les corps, quand cela était possible et dans le cas d’une formation dense de fantassin comme pour le carré, une formation de cavalerie était en général incapable de rompre un tel dispositif, du moins si le carré n’avait pas été sérieusement entamé par l’action de l’artillerie à cheval ou des tirailleurs. La charge débutait donc par le placement en formation d’attaque, puis par de savantes manœuvres pour éviter le feu de l’ennemi ou le prendre à revers, voire de derrière. Commencée au petit trot puis au trot, ce n’était que dans les derniers instants que le galop était lancé sur l’ennemi, pour parcourir le plus vite possible l’espace dangereux où la cavalerie se trouvait sous le feu des mousquets et des canons. Par sa qualité, en 1812 la Cavalerie française était assurément la meilleure d’Europe, mais en Russie elle devait se trouver confronter à des problèmes insolubles de logistique, nous avons déjà vu comment les chevaux furent les premières victimes d’une terre inhospitalière, puis de la faim des hommes affamés. La Cavalerie russe pouvait avec raison se targuer d’être probablement la deuxième cavalerie de l’Europe, par son nombre, par sa bravoure et par ses Cosaques si regrettés de Napoléon. De la destruction de sa Cavalerie en Russie, l’Empereur ne devait jamais se relever et en 1814, les Cosaques de la Garde devaient défiler fièrement à Paris.

    Source : Laurent Brayard http://french.ruvr.ru/2012_06_24/Campagne-de-Russie-1812-histoire/ La Voix de la Russie Голос России




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