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    Exposition Gaston Fébus au Musée du Moyen Âge


    Histoire d’un homme devenu une légende, dans une période sombre s’il en est, le Quatorzième siècle, qui a vu passer un soleil au midi, Fébus, ramené à deux belles, mais petites, salles au musée de Cluny. Pièce en quatre actes d’une vie agitée.

    Acte I : le soleil éclatant, chevalier à la blonde chevelure dont Froissart, chroniqueur nostalgique des temps héroïques fera un prince de la vieille chevalerie, celle de Saint-Louis, des chevauchées d’antan, avant Crécy, avant Poitiers, avant Calais. L’homme qui part en croisade avec les teutoniques  (1356) dans le “drang nach hosten”, le musicien, le chasseur, l’écrivain et poète de la cour d’Orthez ou l’on dîne aux torches à minuit, entourés de ménestrels et de jongleurs – Un paradis terrestre dit Froissart – imitation ou reflet de celui qui, à Paris, battit sa bibliothèque, Charles V le Sage ? en tout cas, son bon sens le porte vers la Navarre, dont il épouse une fille, Agnès, petite  fille de la suppliciée de la Tour de Nesle, donc petite fille du roi Louis X le Hutin. Un destin royal prêt à couler dans les gorges de l’Ariège.

    Acte II : le soleil rouge, comme le sang qui ne cesse de couler dans ses batailles, dans ces champs troués par les premières bombardes. Ecartelé entre Béarn et Foix, avec au milieu la Bigorre. Voie de passage vers l’Espagne où là-bas, aussi, la guerre ravage. Encerclé par Charles le Mauvais, roi de Navarre, qui pourrait être roi de France par sa mère, il en a les titres, des Anglais du prince Noir qui le sont, au moins par une femme, mais aussi par les armes, et par les lions d’Armagnacs, les ennemis héréditaires de Gascogne, qui tiennent la Bigorre et dont un mariage  royal fera les favoris des Valois toujours en quête d’une légitimité à Paris. Dans cette mêlée, il faut se garder à droite, se garder à gauche et bien savoir calculer à qui rendre hommage-lige. Cette guerre, c’est la fin de la chevalerie, c’est la fin du Moyen Âge, c’est aussi une guerre civile, dans les Pyrénées comme à Paris.

    Acte III : le soleil noir, celui d’un homme seul au milieu de ses ennemis et de ses montagnes et qui a un problème de taille : il n’aime pas sa femme, n’est jamais d’accord avec elle, n’a pas reçu sa dot et la répudie à la première occasion favorable, c’est-à-dire la victoire sur les Armagnacs (Launac 1362). Mais on ne joue pas sans revers à ce jeu dangereux avec un roi de Navarre, égorgeur fameux qui, jadis, essaya même d’empoisonner le Roi. Dans cette scène, il y aura le meurtre de son seul fils, pris la main dans le sac, un sac contenant du poison navarrais et peut-être coupable aussi d’être fils d’une navarraise qu’il n’aurait jamais dû épouser. Meurtre horrible, comme ceux de ces pauvres paysans massacrés à Meaux en 1358, écrasés par la levée d’impôts et en pleine période de disette, il faut bien payer le blé, les bandes, les armes contre les anglais, encore et toujours. Une guerre qui dure cent-ans, une femme humiliée, un siècle maudit, mais les coffres de Gaston sont remplis d’or, car s’il n’aime pas sa femme, il aime l’argent.

    Manuscrit qui a rendu clbre Gaston Fbus offert par Jean sans Peur sans doute  Louis de Guyenne vers 1407Acte IV : le soleil couchant. Au fond, ce qui intéresse Fébus, ce sont ses animaux, les étangs, les cascades, c’est courir après cerfs et les sangliers dans la vallée de la Courbière, avec Catherine de Rabat, dont la réputation de chasseresse est presque aussi forte que la sienne et dont il aura quatre bâtards, dont un brûlera lors du bal des ardents (1393). Aimer la chasse au point d’écrire un ouvrage de référence qui le rendra célèbre et dépassera les siècles. La chasse, qui lui coûtera aussi la vie en poursuivant les ours dans les forêts des Pyrénées. Une belle région qui finira, par un accord secret de Fébus, dans les mains du roi de France qui héritera de tous ses biens. Fin du drame.

    Au musée du moyen âge, il y a deux petites salles de reliques, de très bonnes explications et de superbes enluminures. Grâce à Froissart et son voyage en Béarn, il nous reste un Fébus épique, mais de son histoire, on pourrait faire une tragédie. Alliance subtile du poète et du querelleur. Sa devise bravache “Tòca-i se gausas” (Touches-y si tu oses),  est toujours la devise de Foix et d’Orthez et sa chanson se canto est devenu l’hymne occitan, très connu des stadistes de Toulouse, on l’entend chanter à ces occasions, dans les victoires, mais c’est aussi le chant de la victoire définitive du  béarnais sur le lion écartelé des Armagnacs.


                             
                               Se canto (Hymne occitan – Gaston Fébus)

    Gaston Febus; Prince Soleil 1330-1391; Musée de Cluny - musée national du Moyen Âge; du 28 novembre 2011 - 5 mars 2012 puis à  Pau “Armas, amors e cassa” du 17 mars au 18 juin 2012.



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