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    Exposition "La France en relief" au Grand Palais



    Pour sa première sortie, la toute récente Maison de l’Histoire de France nous présente une série de 16 maquettes au 1/600e de villes fortifiées à partir de 1668. Ma première remarque concernera ce titre surprenant : même si on se promène sur une amusante et gigantesque carte d’état major sur 650 m2 de toute l’étendue du pays, il ne s’agit pas d’une France en relief, ni d’un google maps, ni d’une France miniature comme j’ai pu le lire ici  ou là.
    Si les organisateurs ont bien choisi leur thème, le décor : la superbe nef du Grand Palais, les pièces qui sont époustouflantes de réalisme et de précision, ils ont eu à mon sens un problème sur le titre, plus géographique qu’historique, ce qui explique qu’ils aient cru bon d’ajouter : “de Louis XIV à Napoléon III” à la présentation, alors qu’il n’y a aucune commune mesure entre ces deux personnages sur ce sujet précis. Non, le vrai titre “historique” aurait pu être : “La France protégée et fortifiée”, car c’est bien de cela dont il s’agit. Vous le comprendrez dans le choix des pièces…

    J’ai du mal à croire que cela soit anodin. Peut-être la peur de l’anachronisme ? À l’époque  d’une Europe pacifiée et sans frontière ? Éviter de sembler trop belliciste et peu touristique, voire provocateur pour certains ? Bref, nous allons parler d’une époque révolue où les frontières faisaient partie du périmètre hexagonal (le terme est récent) et où le pays devait se défendre contre plus fort que lui : L’empire espagnol et germanique qui l’entourait de tout côtés.

    L’exposition se termine sur les plans en relief exceptionnels d’un Brest qui n’existe plus ou du Cherbourg (160m2 !), né de sa digue et de l’époque ou les Bonaparte rêvaient de traverser le Channel, villes ruinées par la dernière guerre, pièces émouvantes, mais le sujet essentiel de cette belle panoplie est la protection, bien peu naturelle et fortement blindée de ce qu’on appelle maintenant nos “frontières naturelles”. Le terme prend ici tout son non-sens. Ni les Alpes, ni le Rhin ne furent naturellement des frontières. Si l’on dispose de ces plans-reliefs, aujourd’hui, on le doit à trois hommes : Louis XIV, Louvois (ministre de la guerre) et Vauban : l’architecte et maître d’ouvrage. Ces maquettes en relief permettent d’appréhender les fortifications qui ne sont pas intelligibles au ras du sol et invisibles sans disposer de navigation aérienne, inexistante, bien sûr au XVIIe siècle.  Le relief permet de comprendre la situation stratégique et d’estimer les parades militaires, la portée des canons.
    On commence par les Alpes : Montmelian, Fort-Barraux, Grenoble surtout, mais elles sont toutes remarquables, Briançon, Exilles, Fenestrelle, Embrun, Mont Dauphin : des protections redoutables face à la Savoie, particulièrement menaçante ; nous avions oublié que ce territoire n’est français que depuis la fin du XIXe siècle et que cela n’a rien de naturel, encore une fois. En Savoie, on le sait, il n’y a qu’à regarder les plaques minéralogiques. D’ailleurs Exilles et Fenestrelle sont en Italie aujourd’hui.

    Plan relief de Grenoble Photo : Didier Rykner
    Puis, vient le plat de choix : les maquettes de Besançon, Strasbourg et Luxembourg. Ces maquettes qui étaient présentées au Roi au Louvre sont probablement celles devant lesquelles il a eu le plus d’orgueil en raison des difficultés à les annexer, puis à les bastionner. Besançon est la victoire d’un Vauban sûr de lui et dominateur (1674) : rompre le “camino” espagnol, le chemin de l’Espagne aux Flandres. Il fait monter, de nuit, à dos d’hommes, 36 canons sur le mont Chaudanne et la ville se rend au bout de 28 jours. La Franche-comté : le vieux comté de Bourgogne, devient définitivement française. La fortification qui suivra coutera si cher que Louis XIV demandera si les murailles sont en or.



    La théorie de Vauban : Suivre les 12 étapes d’un siège, puis la ville tombe naturellement au bout de 48 jours. Strasbourg est une ville germanique, protestante, la ville de Gutenberg autant que Mayence. Ville libre impériale et très jalouse de l’être. Louis XIV assiège la ville avec 30.000 hommes en 1681 et elle se rend au bout de deux jours après que Louis lui ait proposé son marché : il lui laisse sa liberté si elle donne son église. Ce qu’elle fait, car elle sait que 48 jours, c’est bien peu au regard du risque de tout perdre. Strasbourg restera française pendant deux siècles.

    Luxembourg, prestigieuse, ancienne capitale d’Empire d’avant les Habsbourg, sera aussi capturée puis bastionnée par Vauban en 1684. L’Europe entière sera indignée de l’outrage et entraînera la France dans une guerre terrible (ligue d’Augsbourg) et Louis devra la rendre au Saint Empire dix ans plus tard.


    Pourquoi tout cela ? Pour protéger l’Est après le Nord. Et protéger Paris, très vulnérable, trop vulnérable, 6 jours de marche d’infanterie, tout au plus, sans obstacle. Ce qu’il y a derrière le miracle de ces plans en relief c’est Vauban, ingénieur, militaire, stratège, l’homme des sièges d’abord puis du Pré Carré. Le Pré Carré est une zone représentée sur écran à l’exposition et dont faisait partie Saint-Omer, une des maquettes présentées. Double ligne de défense de Paris.  Au nord : Dunkerque, Bergues, Furnes, Ypres, Menin, Lille, Tournai, Condé-sur-l'Escaut, Valenciennes, Le Quesnoy, Maubeuge, Philippeville, Dinant. Au sud : Gravelines, Saint-Omer, Aire-sur-la-Lys, Saint-Venant, Béthune, Arras, Douai, Bouchain, Cambrai, Landrecies, Avesnes-sur-Helpe, Mariembourg, Rocroi, Mézières. 26 places fortes, rien de moins, des villes fortifiées, imprenables, des bastions, mais au départ une conquête, celle du nord de la France. Car entre la Seine et l’Escaut, entre la Gaule et la Germanie, de frontière, il n’y a pas.

    Neuf-Brisach, ville inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco

    Je dis de plus que si, dans les démêlés que nous avons si souvent avec nos voisins, nous venions à jouer un peu de malheur, ou (ce que Dieu ne veuille) à tomber dans une minorité, la plupart (des villes) s'en irait comme elles sont venues. C'est pourquoi, soit par traité ou par une bonne guerre, Monseigneur, prêchez toujours la quadrature, non pas du cercle, mais du pré. C'est une belle et bonne chose que de pouvoir tenir son fait des deux mains”  - Lettre de Vauban à Louvois (1673)




    En quelques mots, je trouve cette idée de la MHF excellente, audacieuse et passionnante, avec de vraies merveilles, et une muséographie éblouissante de Nathalie Crinière, peut-être simplement faut-il ajouter un peu plus d’Histoire et un peu moins de Géographie dans la communication. J’ajoute qu’il existe au musée des Beaux-Arts de Lille une admirable collection de plans-reliefs similaires des villes du pré carré et qu’il aurait été souhaitable de ne pas oublier dans la parade. Mais ceci est une autre histoire… toile

    « La France en relief, chefs-d'œuvre de la collection des plans-reliefs de Louis XIV à Napoléon III », du 18 janvier au 17 février, Grand Palais, Paris (entrée principale avenue Winston-Churchill). Ouvert tous les jours sauf le mardi de 10 à 20 heures (22 heures le vendredi). Tarif 5 euros (gratuit pour les moins de 26 ans). Renseignements sur http://www.rmn.fr/la-france-en-relief 

    toile voir à ce sujet : Musée des Plans-Reliefs : une exposition. Après elle, le déluge ? - La Tribune de l'Art - http://bit.ly/wxYxo4

    Historiquement Show avec
    Alain Montferrand, président de l'association Vauban ; Max Polonovski, directeur des musées des Plans-Reliefs et co-commissaire de l'exposition et Eric Deroo, historien et documentaliste, co-commissaire de l'exposition.

    Les mêmes avec Franck Ferrand : Un trésor fragile : Les plans-reliefs de Louis XIV à Napoléon III sur Europe 1 :

     
































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