"Beauté, morale et volupté dans l'Angleterre d'Oscar Wilde" au musée d’Orsay

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Sainte Cécile- John William Waterhouse (1849-1917) - © Christie's Images / Bridgeman Art Library

Je passais une nouvelle fois avec grand plaisir devant le rhinocéros pour voir cette exposition au titre prometteur.

Si “l’aesthetic movement”, version anglaise du symbolisme décadent, pouvait avoir ses particularités, je ne m’attendais pas à tant de pudeur dans l’expression, à tant de continence dans le scénario. J’avais retenu quelques noms connus :  Audrey Beardsley et ses gravures érotiques étonnantes et James Whistler, pourtant plutôt célèbre pour sa mère en gris et noir, mais aussi connu comme dandy provocant, charmeur et kamikaze esthétique. Oscar Wilde,  bien sûr, celui qu’on surnommait ironiquement “l’enfilanthrope”. D’autres, que je ne connaissais pas : de quoi faire un cocktail voluptueux face à la pudibonderie victorienne. Hélas, l’occasion fut ratée.

L’esthétisme est perceptible à travers des porcelaines blanches et bleues, les plumes de paon et les chinoiseries remarquables qui nous rappellent l’influence des expositions universelles. Les tons vert-de-gris, les accessoires moyen-âge ou les drapés à l’antique entourés de bois d’ébène ou de feuilles de ginkgo permettent de se fondre dans l’ambiance d’époque mais cela dépasse difficilement le bric-à-brac fin de siècle. On est pourtant devant une tendance majeure de cette époque, un “Art Nouveau” dans la décoration intérieure et qui aura une influence décisive sur la suite en devenant vraiment populaire.

La sensualité, ici, est quasi-absente. De pauvres dessins de Georges du Maurier, prétendu “épicurien intellectuel” qui connut la gloire avec l’histoire suivante : un vicaire est invité à prendre son petit-déjeuner chez un évêque, lequel s'écrie soudain : « Oh, mais on vous a donné un œuf pourri ! » Ce à quoi le vicaire répond : « Mais pas du tout ! Certaines parties sont très bonnes. ». Quant à l’histoire de Whistler avec l’armateur Frederick Leyland qu’il peignit en vieil avare avec des plumes de paon, elle semble bien dérisoire.représentation par John Everett Millais, d’Esther (1865) en costume de soie chinoise.

C’était pourtant déjà vraiment le début de la « Belle Époque » Bénie pour certains, collectionneurs, intellectuels et riches industriels qui pouvaient s’entourer de cristal  Lalique et de verrerie d'Émile Gallé, de céramiques aux animaux fantastiques, de lampes de chez Tiffany, de meubles de chez Liberty.  Le nouveau style aux lignes sinueuses et végétales s’imposera partout dans la décoration et au milieu de tout ça, le héros en bas de soie d’Oscar Wilde dans le portrait de Dorian Gray  dispose de neuf reliures différentes correspondantes à son état d’âme, à la calligraphie en volutes dorées : le vrai luxe.

L’esthétisme et la décadence n’ont pas le visage enfantin qu’on nous donne à voir quai Anatole France. Là-bas, il semble que personne ne se souvienne pourquoi cette époque était si belle et en a gardé ce nom prestigieux. Car si de riches mécènes pouvaient vivre au milieu d’une foule d’objets extraordinaires provenant de tous les coins de la terre, ils sont en général gros et ronds, sentent le tabac noir et ne se parfument pas comme Robert de Montesquiou. Leurs femmes, elles, n’ont jamais été plus attirantes, décorées, choyées, parées. Devant tant de tentation se développe une hypocrisie jusqu’ici inconnue et si la pudeur règne, elle s’arrête à l’entrée du boudoir qui devient alcôve. Si l’étiquette sociale s’impose, le buste des femmes n’est pas admiré pour des raisons uniquement esthétiques. Madame, achetée encore adolescente, mûrit en secret les frustrations du cœur. C’est d’abord des lettres, puis des visites, des regards, puis des effleurements, des confessions, enfin des damnations, puis des remords, quelquefois des larmes et des scandales. Le mari, la femme et l’amant qui la bouscule dans une loge d’opéra : à la fin du siècle, les mœurs victoriennes (“courtoisie en public, hypocrisie en privé”) sont devenues la règle absolue de la bonne conduite.

“Jusqu’à présent, et dans une certaine mesure, l’homme a été esclave du machinisme. Chose tragique, dès qu’il a inventé une machine pour faire son travail, il a commencé à mourir de faim” O.Wilde. L’âme humaine sous le socialisme.(1891)

Oscar Wilde, dont les aphorismes parsèment l’exposition, sera condamné pour harcèlement d’un jeune aristocrate britannique dont il était chargé de faire l’éducation (1895). Cela ne peut faire oublier son extraordinaire talent. Séduisant, raffiné et subtil, il se convertira au catholicisme en prison, finira dans le dénuement et deviendra un mythe. Il a bien mérité cet hommage. Mais il n’aurait pas été très à l’aise dans cette exposition très convenable, un peu trop convenable, sérieusement peu pédagogique et très victorienne, au demeurant. Il considérait que l'art ne doit en aucun cas se faire le reflet de « l’humeur du temps, de l’esprit de l’époque, des conditions morales et sociales qui l’entourent ». Quant à Beardsley, les illustrations sont dans un recoin, inaccessibles. De la beauté et de la morale, certes en abondance, mais la volupté, je l’attends encore.

Du 13 septembre 2011 au 15 janvier 2012
Les mardi, mercredi, vendredi, samedi et dimanche de 9h30 à 18h
Le jeudi de 9h30 à 21h45
Plein tarif: 8 euros // Tarif réduit: 5,50 euros 
Gratuit pour les moins de 26 ans.

Le Paris astrologique de Narrevasion

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Astrovisites de Paris par NarrevasionParis peut-être métronome, ville musée, ville lumière, “paname” ou  “boboland”, elle peut être vue au travers de prismes variés. Vanessa Djakovic en fait un parc astrologique étonnant. Elle associe Paris à un signe astrologique par ses monuments et son caractère. 12 signes, 12 quartiers, 12 visites. Un vrai défi herculéen.

Pour moi, qui ne connaissait pas du tout le sujet, j’avoue simplement avoir été séduit par ce rapprochement audacieux. L’idée d’un Paris-Lion ou d’un Paris-Sagittaire peut se concevoir, encore faut-il avoir une profonde connaissance de l’endroit, une grande culture, voir les signes et savoir les interpréter. Ce n’est pas mon cas et le jeu n’est pas sans risque, dont le premier est de se perdre dans les calculs. L’astrologie est très ancienne, ésotérique, mystérieuse, mais dispose d’un fond philosophique et mythologique inépuisable. Elle représente la somme des connaissances psychologiques de l’antiquité. Il y a de la matière primordiale : eau, air, terre et feu ainsi qu’une poésie qui enveloppe un bestiaire sans limite : cela résonne à mon oreille. J’y ai même trouvé une certaine logique, le zodiaque peut surprendre. Chacun peut faire de même et se faire une idée en visitant les douze signes qu’il a en lui. En route, donc, ce sont des astrovisites de quartiers. Les douze travaux sont :

- Bélier : Ecole militaire, Champs de Mars, dieu de la guerre,  et Invalides ou dort un de ses disciples. La plupart des maréchaux du premier empire étaient nés sous ce signe. Tout comme Bismarck, Napoléon III, Bismarck, Lénine, Thiers ou Gambetta. Tous chefs d’un troupeau.

- Taureau : le Jardin des Plantes est  le domaine de Vénus et de Déméter. “Sentez vous au mois de mai cette ivresse de la fécondation” (Balzac) ? Catherine de Médicis, férue d’astrologie, mère de quatre rois (Henri était roi de France et de Pologne) et de deux reines, était de ce signe.

- Gémeaux : Odéon et le quartier de Saint-Germain-des-Prés. Mercure est le patron des intellectuels, écrivains, artistes, esprits à l’aise, même dans la contradiction. Les jumeaux Castor et Pollux passaient alternativement de la vie à la mort au cours de leur existence. Dante était de ce signe. Qui pouvait, mieux que lui, faire la description de l’enfer ?

- Cancer : le Parc de Bercy, folie du naturel, pourrait être sorti  tout droit du rêve d’un Jean-Jacques Rousseau. La nuit, la lumière de la lune règne et fait naître l’inspiration. C’est Artémis, demi-sœur d’Apollon, qui brille dans l’obscurité.

- Lion : Opéra, la Place Vendôme et le Triangle d’Or. La lumière et l’énergie intense des rayons d’Apollon-Soleil ne peuvent qu’émerveiller. Napoléon bien sûr, mais aussi Debussy : Rien n’arrête le Lion quand il est déterminé.

- Vierge : le Val de Grâce d'Anne d’Autriche. Loin de l’agitation, la Vierge cherche à atteindre la paix et la sérénité. Mercure lui assure, grâce au caducée, la clairvoyance et la prudence. “plus qu'une Grande Reine, elle fut un Grand Roi” dira de sa mère Louis XIV, vierge également, tout comme Colbert ou Richelieu.

- Balance : la Cité avec le Palais de justice et l’équilibre, pas celui du Moyen-Age, mais celui de Mr Haussmann qui en a fait ce que nous voyons aujourd’hui. la Balance attendait son Bélier et fit émerger l’ordre du chaos. Aphrodite porte bien cette ceinture magique qui rend tout le monde amoureux autour d’elle.

- Scorpion : le Quartier du marais : autrefois une eau fixe qui fermente, stagnante et opaque autour de la Seine, un Hadès et ses désirs violents pour les nymphes, entre fécondation et dégénérescence : “Et si je t’aime, prends garde à toi”. Le père de Carmen, Bizet, était Scorpion.

- Sagittaire : le Quartier Latin : garant de l’harmonie du ciel et de la terre, Zeus préside l’Olympe et la montagne Sainte-Geneviève. Toujours près de lui, Chiron le centaure avait la sagesse et de grandes connaissances, destinées à Achille, Esculape, Jason, Enée, aux Dioscures, à Hercule et même à Ulysse ou Prométhée : Belle constellation !

- Capricorne : le cimetière du père Lachaise : c’est un lieu de silence, insensible au temps et riche en destinées. Attention ! ça monte et ça descend, Amalthée grimpe le Chemin des chèvres. Champollion, Molière, Musset, Proust, Jacques Hillairet, Pierre Bourdieu et d’autres y reposent, victimes du temps. Cronos en son royaume a dévoré ses enfants. Dans cette solitude et en Décembre, la nuit est plus longue que le jour.

- Verseau : le palais de Tokyo de l’exposition universelle. C’est le seul homme de l’écliptique, il déverse sa connaissance et son invention sur la terre. A-t-il la destinée de Prométhée ou de Ganymède ? Le Verseau Mozart est-il enchaîné, condamné par Zeus sur le Caucase ou verse t-il l’ambroisie et le nectar aux dieux ?

- Poissons : les Halles et la tour astrologique de la bourse du Commerce. Neptune reçut l’océan, immense et insondable, en partage du monde. De ce calme apparent, sortent des êtres fantastiques, Méduse, la Chimère, Cerbère, l’Hydre de l'Erne, Pégase ou le Sphinx. Victor Hugo, Michelangelo ou Chopin qui étaient de ce signe, les ont fréquentés de très, très près.

Et pour finir, simplement pour l’anecdote, j’ai découvert que j’étais Capricorne ascendant Sagittaire. Quo non ascendat ??

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Présentation de la visite du Lion par Vanessa Djakovic (Narrevasion)

Pour connaître le signe de personnalités célèbres : http://www.naissance-mort.com/

le site Narrevasion : http://www.narrevasion.com/astro1.html

Petite et Grande Histoire des rues de Paris par Bernard Stephane

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Petite et Grande Histoire des rues de Paris de Bernard Stephane

Albin-Michel nous propose une réédition du livre sur l’histoire des rues de Paris de Bernard Stephane, auparavant en deux parties. Ce spécialiste du vieux Paris est chroniqueur à Métro après l’avoir été au Figaro et à France-Info. Il est également l’auteur d’un dictionnaire des noms de rues. Autant dire qu’il maîtrise parfaitement son sujet et aime régulièrement en augmenter le contenu, ce qui nous donne maintenant un volume important.

Ce n’est ni la lecture d’une soirée, ni une référence. Le contenu est disposé par arrondissement et retient l’attention, moins par l’érudition ou l’histoire que par un regard anecdotique et chaleureux sur l’endroit, particulièrement sur son nom et ceux qui l’ont fréquenté, ainsi Necker, Eginhard, Volta, Rachel, Férou, Nicot, Philidor, Payenne…, des rues, des noms célèbres et souvent oubliés.

Par son format pratique, il se prête bien aux promenades ou aux flâneries sur les lieux. On regrettera surement qu’il ne contienne ni plan, ni photo, mais est-ce bien nécessaire ? On peut même le trouver austère au premier coup d’œil : ce n’est qu’une illusion. À la différence d’un cheminement dans Paris, ici, c’est vraiment la poésie de la rue qui domine.

On y apprend, quelques exemples, que la rue des bons-enfants est un souvenir de treize écoliers pauvres de l’ancien collège autorisés à mendier dans les rues de Paris ou que la rue de la reine de Hongrie n’est pas un hommage à la femme de Louis XIV mais à une vendeuse des Halles qui lui ressemblait et y avait son logis. Brillat-Savarin habitait rue des filles Saint-Thomas et non pas dans la rue du XIIIe qui porte son nom aujourd’hui, la bièvre coulait à cet endroit à l’époque : les fromagers du quartier vont être déçus. Fouché, chargé par Bonaparte de la police et de la pudeur de Paris rebaptisa la rue du tire-boudin en rue Marie Stuart, bien plus convenable. Idem, la rue de la pute-y-muse devenue rue du petit-musc.

Restif de La Bretonne habitait rue de la bûcherie, de là, il menait ses expéditions nocturnes dans la ville, celles qui le firent surnommer le “Jean-Jacques des halles” ou le “Voltaire des femmes de chambre”. Toutes celles qui couvrent de leurs baisers rouges la tombe d’Oscar Wilde au Père Lachaise peuvent se rendre rue des Beaux-Arts au numéro 13, il y est mort le 30 Nov. 1900, et y était descendu avec le pseudonyme de Sébastien Melmoth. L’hôtel existe toujours. Selon ses propres mots, il pouvait résister à tout, sauf à la tentation. Et ainsi de suite… on ne s’en lasse pas. On retrouve un peu de Jacques Hillairet dans ce livre, mais sans le souci d’exhaustivité historique, plutôt une réelle volonté de faire connaître ces inconnus qui ont donné leur nom à nos rues et ceux qui les ont animées.

L’architecture et les bouleversements de l’histoire laissent le pas aux personnages qui ont fréquenté le pavé ou les bornes chasse-roues.

Au final, c’est certainement un livre qu’il faut avoir dans sa bibliothèque de Paris ou dans sa poche et qui offre beaucoup à celui qui prend le temps d’apprécier l’histoire posée là par ceux qui y ont promené leur ombre. S’il n’est pas exhaustif et laisse nombre d’endroits fameux de côté (rue du fg Saint-Antoine, rue Saint-Honoré, certains maréchaux des boulevards), l’auteur s’attache à ces rues avec une vraie ambition poétique et artistique. En ce sens, on observe ces locataires illustres dans une composition, ou un tableau, cent fois redessiné, on le devine, chez l’auteur. Au fond, comme je le pressentais, les photos ne sont pas nécessaires, puisque ce sont ces héros qui font les gravures de la rue de Courcelles, de la rue de la Tombe-Issoire, de la rue Bobillot ou d’autres. Et c’est une eau-forte de Coluche qui conviendrait rue Gazan ou de Serge Gainsbourg, rue de Verneuil.

Albin-Michel  septembre 2011 EAN13 : 9782226230621 584 pages Prix : 24.00 €

http://www.albin-michel.fr/Petite-et-Grande-Histoire-des-rues-de-Paris-EAN=9782226230621

   
                                

Les Mercredis Littéraires : Le Paris des écrivains le 27/09

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Les Mercredis Littéraires : Le Paris des écrivains le 27/09

Invitation des organisateurs :

Mardi 27 septembre, lors d'une soirée exceptionnelle à l'Entrepôt, nous parcourrons en compagnie de l'essayiste François Escaig et du comédien Christian Macairet, les quartiers de la capitale, évoquerons les bas-fonds comme les lieux prestigieux, assisterons à de grands évènements historiques et artistiques et croiserons quelques Parisiens célèbres.

Cette soirée de rencontre et de lectures est proposée par Ariane Charton, auteur de plusieurs ouvrages sur la période romantique dont une biographie de Musset (Ed. Gallimard) et Lauren Malka, journaliste littéraire.

A partir de 19h15 a l'Entrepôt, 7 Rue Francis de Pressensé, 75014 Paris (Métro Pernety). Entrée libre.

http://www.facebook.com/#!/pages/Mercredis-litteraires/176628359039668

http://www.lentrepot.fr/ent_evenement.asp?eid=1734

Une vente dédicace du livre sera proposée avec la participation de la libraire l’Œil écoute, 77 boulevard du Montparnasse :

Lady Montagu critiquant les Parisiennes, Robespierre décrivant la prise de la Bastille, Musset s'encoqueluchant du Faubourg Saint-Germain, Katherine Mansfield humant l'air au jardin de Notre-Dame, Freud au théâtre de la Porte Saint-Martin, Henry Miller déambulant avec bonheur un dimanche matin d'une rive à l'autre... Depuis des siècles, Paris inspire les écrivains, savants, artistes et hommes politiques, comme en témoignent les lettres réunies par François Escaig dans son livre "Je vous écris de Paris. De Pétrarque à Jack Kerouac, portrait d'une ville en toutes lettres" (Ed. Parigramme).

Rentrée littéraire 2011 : L’Histoire se vend bien en librairie

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À l’image du Métronome, les livres d’histoire ont un succès grandissant cette année en librairie. Une passion qui concerne surtout les biographies et les ouvrages remplis d’anecdotes : la grande Histoire vue au travers de petites histoires, ou d’historiettes savoureuses. Lorànt Deutsch fait figure de chef de file avec son million d’exemplaires vendus. Il pourrait devenir aussi populaire qu’Alain Decaux, maître du genre, pour ceux qui ont connu l’époque “Alain Decaux raconte”, quand il n’y avait que trois chaînes de Télévision. Issus également du monde des médias, on retrouve cette ardeur chez  Stéphane Bern : “secrets d’histoire” qui se demande si Gilles de Rais était un serial killer ? Jean-Paul Rouland : “Petites histoires de l’Histoire de France” qui nous apprend que Landru a été guillotiné les pieds sales ! ou que Maurice Chevalier a raté sa liaison avec Colette ! provocation également chez Franck Ferrand : “révélations sur l’Histoire de France” qui voit dans Molière un substitut de Corneille et pour Alésia une mystification due à Napoléon III. Du côté de la politique, le détail est moins extravagant. On trouve chez Jean-Christian Petitfils : “le masque de fer”, “l’affaire des poisons”, “le mystère de l’assassinat d’Henri IV”, Max Gallo : “1940, de l’abîme à l’espérance et Éric Zemmour : “Mélancolie française” une ambition plus philosophique. Si on retrouve le même goût du mystère et de la fable, ce n’est pas par le petit bout de la lorgnette, et l’outrance est évitée. Ils souhaitent développer l’analyse et la recherche de la vérité sans apparaître professoral ou compassé.

Pas très loin, dans le peloton de l’aventure littéraire, se trouvent beaucoup d’autres passionnés, moins connus, mais tout aussi captivants... Eric Hazan, Philippe Krief, Bernard Stephane, Clémentine Portier-Kaltenbach, Jean Sevilla, Henri Pigaillem, Antoine Auger, Frédérick Gersal, Alfred Fierro, Ruth Fiori , Graham Robb

 Dimitri Casali  avec son “L'altermanuel d'histoire de France : ce que nos enfants n'apprennent plus au collège” donnerait-il une explication crédible à cet engouement ? Serait-ce la recherche de la fameuse identité nationale ? D’autres hypothèses sont possibles : d’abord, la grande déception du roman traditionnel, souvent évoquée aussi, qui ne passionne plus comme autrefois. Vous voulez du roman ? Lisez de l’Histoire disait Guizot. Ensuite, peut-être, la vogue des jeux café, concours télé ou de supermarché pour gagner la machine à laver. Acheter “l’Histoire de France pour les nuls” avec quelques euros , pourquoi s’en priver ?

C’est aussi, qui sait ? pour toutes ces raisons à la fois : florilège. J’en choisis plutôt une autre, plus émotionnelle : l’étonnement. La France est l’état le plus vieux du monde à être encore robuste et il n’y a guère que la Chine et le Japon qui puissent rivaliser en antériorité : on ne comprend pas pourquoi ?  En Europe, elle n’a pas d’équivalent, et fut souvent, à plusieurs reprises, la plus riche et la plus peuplée. À maintes occasions, elle a failli périr et à chaque fois, par miracle, elle s’est ranimée puis remise sur pied assez rapidement. Cette Histoire de France, ce n’est pas une légende, c’est un mystère. On ne sait pas ce qui la protège, ni pourquoi ? À travers la curiosité pour le passé, c’est un peu le mystère qu’on touche du doigt et avec l’anecdote, un peu du miracle qu’on s’approprie. Pour qui vit dans ce pays, c’est une passion toute naturelle, en somme. Cela pourra durer longtemps encore, puisque la providence veille.

“Regarder l’Histoire de France donne le vertige” V.Hugo

Au lit au Moyen-Âge : Exposition à la Tour Jean Sans Peur

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La Tour Jean Sans Peur nous propose une exposition pédagogique, très bien documentée sur ce que fut, au Moyen Âge, le seul élément confortable de la maison : le lit. À la fin du XIVe siècle, Le Ménagier de Paris, un riche bourgeois, recommande à son épouse : “Veillez à ce qu’en hiver, votre mari ait un bon feu qui ne fume pas, et qu’il soit bien couché entre vos seins sous une bonne couverture”. Mais le lit n’est pas réservé au sommeil, il se trouve dans une pièce généralement richement décorée, à la mesure de l’hôte, qui sert aussi de pièce de réception, de discussion, d’audience ou d’apparat. C’est donc un meuble de prestige et la description d’une couverture de fourrure du roi Charles V dépasse les 38 m2. L’expression “lit de justice” témoigne de cette association du meuble avec le prestige de la fonction. C’est la même idée qui autorise la venue de témoins à la consommation de mariage princier ou à l’accouchement public des reines. L’étiquette codifiera plus tard le cérémonial du coucher, quasiment jusqu’à la fin de la monarchie.

Christine de Pisan présentant ses Epîtres du Débat sur le Roman de la Rose à la reine Isabelle de Bavière (1413) British Library

Si les paysans ou les pauvres dorment dans la même pièce, souvent à plusieurs, l’usage d’une chambre privée fait partie des règles de l’aristocratie, où chacun dispose de son appartement. Dans la bourgeoisie, le lit est conjugal et le mari et l’épouse dorment ensemble. Devant être maintenue à l’écart du froid et de l’humidité, on y trouve des cheminées et des “ostevents”, bien orientés, pour tuer les courants d’air. Au saut du lit se trouve une natte en paille tressée qui deviendra tapis au XVe siècle. Le dormeur dort nu avec le bonnet de nuit indispensable pour éviter le refroidissement du cerveau. Au-dessus, un toit de tissu appelé “ciel” le protège de la poussière du plafond et des “coups de lune”, considérés comme cruels, spécialement sur le visage. Tout autour, un rideau coulissant permet de protéger l’intimité du dormeur. Celui-ci repose sur une ou plusieurs couettes. La nature de la couche traduit le niveau social du dormeur : en paille pour les pauvres, en plumes de canard ou en plumes d’oie pour les riches. “Lit de paille n’est pas lit” disait Rutebeuf. La tête repose sur un oreiller, à quatre pompons, posé sur un traversin. Les draps et les couvertures sont tendus, mais non bordés. Le lit peut-être réchauffé avant le coucher et il  est fortement déconseillé de se couvrir les pieds. On dort sur le côté, une fois la digestion achevée et surtout pas sur le ventre. La bonne durée de sommeil est de huit heures et l’excès, comme l’absence de sommeil, est nocif. En cas d’insomnie, rien n’est plus  efficace que la boisson : “Le bon vin fait souef dormir”. Tout le monde a peur de mourir la nuit, sans avoir reçu les sacrements et d’aller droit en enfer. Il est donc prudent de prier avant d’aller se coucher afin de réduire le risque des périls de la nuit.

Un beau rêve , dame nature et les oiseaux  BNF 9197 (apparition Dame Nature)

Troisième fonction du lit au moyen-âge : la reproduction. Il est béni par le prêtre le soir des noces et glorifie “la semence, dans la longueur des jours et à travers les âges”. C’est le symbole de la descendance, l’unique justification à l’amour physique. La femme doit être sur le dos pour favoriser l’écoulement et toute autre position comme celle “à la manière des chiens” est proscrite, car évoquant la bestialité, opposable à l’humanité. Si le mari est obèse, la femme a toutefois l’autorisation spéciale d’être “dessus”. Le plaisir, s’il n’est pas ignoré, est connu pour favoriser la fécondation, mais reste censuré dans les enluminures. Les dates et les jours légitimes sont codifiés par l’Église. À cet égard, on prend conscience de l’abîme qui sépare ces usages de ceux de personnages comme Isabeau de Bavière (1435), Agnès Sorel (1450), Christine de Pizan (1430) ou même Jeanne d’Arc (1431). C’est bien la fin du Moyen Âge.

Les mystères de la procréation BNF 9141

Enfin, le lit est le lieu de réconfort pour le malade ou le mourant. Il y reçoit les médecins, notaires, prêtres, famille et amis, selon la situation. On meurt chez soi et dans son lit, là où tout a commencé, autrefois, et où tout se termine. Fin d’une vie qui ne peut paraître que trop brève et justifie de se préoccuper de l’au-delà. L’aboutissement des choses, comme chacun sait.

Le médecin au chevet du malade BNF 135

Entretien de Claire Baudéan de France-Info avec Danièle Alexandre-Bidon, spécialiste de la vie quotidienne au Moyen-Âge et commissaire de l’exposition (31’42) http://bit.ly/mpOH5p

Série de conférences jusqu’au mois d’octobre :

  • 21 septembre : Au lit avec un fantôme, par Marie-Anne Polo de Beaulieu (CNRS)
  • 12 octobre : Le lit de mort, par Danièle Alexandre-Bidon.

Tour Jean sans Peur, 20 rue Etienne-Marcel, 75002 Paris. Exposition ouverte de 13h30 à 18h00 du mercredi au dimanche, jusqu’au 13 novembre. Plein tarif 5 euros (incluant la visite de la tour), tarif réduit trois euros. Toutes les conférences ont lieu à 19h00 (8 et 6 euros), il est vivement conseillé de réserver au 01 40 26 20 28.

Les visites gratuites du Jardin des Tuileries

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L'entrée du jardin des Tuileries à l'arc de triomphe du CarrouselLe musée du Louvre organise cet été des visites gratuites du jardin des Tuileries, commentées par un conférencier. Le rendez-vous est fixé devant l’Arc de triomphe du Carrousel. Étoile

Ce monument, un peu perdu aujourd’hui sur cette esplanade, est une réplique de l’Arc de Septime Sévère à Rome. Il fut construit par Percier et Fontaine pour Napoléon Ier en souvenir de la victoire d’Austerlitz (1805) et se trouve sur le lieu d’un ancien manège pour chevaux, d’où son nom. Au sommet figure une copie du quadrige de chevaux en bronze de la basilique St Marc à Venise. L’original, volé lors de la campagne d’Italie a dû être restitué après Waterloo, mais il avait déjà été volé par les Vénitiens aux Grecs de Constantinople lors de la croisade de 1204.

L’Arc de triomphe était l’entrée du Palais des Tuileries. Encadré de grilles de chaque côté, il en constituait l’accès privilégié et solennel. Le palais, brûlé par la commune de Paris en 1871, se trouvait entre les pavillons de Flore et celui de Marsan qui constituent, de nos jours, les extrémités Ouest du Louvre. Catherine de Médicis le fit construire suite à la mort d’Henri  II dans leur résidence de l’Hôtel des Tournelles qu’elle ne pouvait plus supporter après l’accident qui  coûta la vie au Roi. Finalement, elle renonça à l’habiter en raison de sombres prédictions de son astrologue qui affirmait qu’elle s’éteindrait près de Germain, qu’elle prit pour l’Église Saint-Germain-l’Auxerrois, face au Louvre. Ce palais sera célèbre  par la suite pour être le théâtre de la fin de la monarchie, le 10 août 1792, puis la résidence de Napoléon Ier, de la Restauration de la monarchie et surtout de Napoléon III qui réalisa le “grand dessein”, traduisez, la réunion de ce palais avec celui du Louvre. Régulièrement, il est question de le reconstruire (le mobilier ayant été conservé) mais ce projet ambitieux a de nombreux opposants, pour des questions budgétaires, mais surtout idéologiques. Il semble que le projet soit au point mort. Le palais s’ouvrait sur le jardin des Tuileries qui fut d’abord un jardin à l’italienne, souhaité par Catherine puis dessiné par André le Nôtre en jardin à la française, typique, avec sa grande allée centrale et ses deux bassins reconnaissables sur de nombreuses gravures (1664). Vers l’aile Sud du jardin se trouvent quelques restes de l’ancien palais, entassés derrière des grillages.

Le jardin des Tuileries appartient au Musée du Louvre, qui en a la gérance. L'arbre aux voyelles de Pennone (1999)L’idée du moment est donc de le transformer en musée en plein-air avec des œuvres d’art éparpillées, çà et là, comme l’arbre des voyelles de Pennone, souvenir de la tempête de 1999 au milieu d’un espace vert bouleversé. Sur le chemin, on rencontre de nombreuses statues qui ont chacune leur histoire et se fondent dans cet ensemble d’une richesse incroyable. Par exemple, le joli petit bassin d’Hippomène et d’Atalante.

C’est un peu le problème de ce jardin, qui est sans aucun doute le plus riche, le plus varié de Paris, mais auquel manque une cohérence, une unité. Quasiment en chantier permanent depuis 1990, il est à la fois : jardin historique massacré, musée en plein air, jardin botanique, jardin potager, lieu de promenade pour touristes, bol d’air pour les riverains, fête foraine avec sa Grande-Roue. Il n’a pas su trouver son style. Encadré par trois musées (Louvre, Orangerie, Jeu-de-Paume), il fait plutôt figure d’autoroute touristique et populaire, combien s’y arrêtent réellement pour admirer ses richesses ? Il est vrai qu’une bonne pédagogie est nécessaire pour faire apprécier la promenade sur les  terrasses ou les fossés de l’ancien accès au jardin privé de Napoléon III. Ce n’est pas simple. C’est l’idée du musée du Louvre qui organise ces visites gratuites pour  intéresser aux mille-et-une merveilles du jardin. Cependant, la vraie question reste posée : Comment transformer ce trait d’union en ensemble harmonieux ? Et retrouver le prestige qui était le sien autrefois ? Il faut, peut-être, déjà commencer par régler le problème de ce sol très poussiéreux sous le soleil, gorgé d’eau à la première averse ou troué de partout après la neige. Le musée du Louvre n’est peut-être pas le bon commanditaire pour ces problèmes-là. Refaire le jardin des Tuileries, c’est le grand rêve de Jean Nouvel. Il s’est souvent exprimé à ce sujet : Qu’un jour un architecte viendra pour remettre en valeur le jardin historique avec une vraie ambition artistique et surtout pouvoir ouvrir la façade Sud avec un accès à travers la Seine vers le musée d’Orsay. Un projet titanesque qui n’a toujours eu qu’un faible écho, probablement pour les mêmes raisons que celles présentées contre la reconstruction du palais.

Il me reste à remercier Monsieur Laverdure, agent d’accueil et de surveillance” (ça ne s’invente pas) pour cette agréable promenade et ses connaissances culturelles et botaniques.

Étoile Cette visite gratuite est proposée tous les samedis et dimanches, ainsi que les jours fériés de 15h30 à 16h45 jusqu'à fin octobre. Rendez-vous devant l'Arc de triomphe du Carrousel du Louvre. Attention, la visite n'est assurée que si le temps le permet, autrement dit, il faudra s'en passer en cas de pluie mais, en ce 27 août, il a plu et la visite a eu lieu ! Bravo.

http://www.louvre.fr/llv/musee/jardins_tuileries.jsp?bmLocale=fr_FR

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