La Fabrique de Paris : Blog de D.Cosnard

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Journaliste, parisien, passionné par l'industrie, ses petites et ses grandes histoires... Denis Cosnard a créé en mai 2011 un Blog consacré à un sujet d’actualité : la désertification industrielle à Paris et à ce qui reste des anciennes usines de la capitale. De nombreux vestiges sont encore visibles et constituent un patrimoine industriel précieux à conserver quand c’est encore possible. Vous y trouverez des photos, mais aussi une histoire de l’entreprise et de ses vicissitudes, ce qui fut et ce qui est. Ces témoignages émouvants sont indispensables pour entretenir la mémoire du passé ouvrier de la capitale.  Souhaitons-lui d’en redécouvrir le plus grand nombre possible avant qu’elles ne disparaissent à jamais, victimes de la raréfaction des espaces à construire à Paris et de la spéculation immobilière.

La fabrique de paris - Blog de D.Cosnard

http://lafabriquedeparis.blogspot.com/

Quelques exemples d’anciennes fabriques redécouvertes :

  • l'usine de chapeaux pour dames Mermilliod, rue des Vignoles
  • L’historique manufacture Réveillon, située faubourg Saint Antoine, célèbre en 1789
  • Les ateliers Hachette, rue Stanislas
  • Les procédés Dorel, rue de Tocqueville
  • L’usine Meccano, rue Rebeval
  • La moutarde Bornibus, boulevard de la Villette
  • Et beaucoup d’autres …….. même une ancienne fabrique de tuiles devenue…les Tuileries

Le commissaire Maigret au 36, Quai des Orfèvres

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Commissaire Maigret (Ed. Omnibus)Jules Maigret est un personnage de fiction. 75 romans policiers et 28 nouvelles créées par Georges Simenon. Il est commissaire à la brigade criminelle du 36, quai des orfèvres, et l’atmosphère du Paris des années 30 aux années 60 lui sert de décor. Personnage bourru, toujours affublé de sa pipe et de son chapeau, il est entouré de personnages improbables mais qui semblent, au fond, très naturels. Une société qui, en grande partie, n’existe plus. Une ambiance à la fois inquiétante et souvent sordide de personnages perdus, petits délinquants, escrocs du trottoir, piliers de bars, vieilles filles de province, chanteurs ratés… portraits inquiétants mais toujours avec un fond d’humanité car, en dépit de son scepticisme, Maigret continuait de croire en l’homme.

L’enquête est mise en scène comme une comédie humaine et il trouve d’instinct le coupable car, avec le temps, il lit dans les cœurs et la victime et le coupable ne sont, au fond, pas très différents. Les rôles pourraient s’inverser et Maigret, compatissant, relâche souvent le coupable. Ce ne sont pas des Violette Nozière ou des Marcel Petiot. Ces destins, abimés à l’usage, commencent la journée par un petit blanc au bistrot, un peu paumés dans ce Paris qui n’est pas celui des lumières mais celui de la pénombre, des endroits curieux, rue Lhomond, rue Campagne-Première, rue Tholozé. Ils mangent de la blanquette de veau, comme lui. Et finissent leurs journées dans les lieux de passage qui ressemblent à l’hôtel du Nord sur le canal Saint-Martin. Quelquefois, une enquête peut aussi se dérouler place des Vosges, Simenon habitait place des Vosges, ou chez Maigret, qui habite 132, boulevard Richard Lenoir Paris 11e, près du canal, au quatrième étage, l’étage qui n’existe pas. Comme les gens simples, les endroits simples, les mobiles de l’histoire sont souvent ordinaires, vols pour trois sous, vengeance sociale, revanche de destins froissés, de cœurs à la dérive, rêves et amours naïfs, des Marcel, des Angèle. S’il s’échappe de Paris, ça lui arrive, c’est par le train, il ne sait pas conduire. Et d’ailleurs, Maigret n’aime pas la vitesse, il prend son temps. Quelquefois cependant, la pression augmente… et fait monter des sandwichs et des demis de la brasserie Dauphine, derrière le palais de Justice.

Dans le canal Saint-Martin à Paris, au-dessus de l'écluse des Récollets, des mariniers repêchent, l'une après l'autre, les différentes parties du corps d'un homme. On s'attend à retrouver aussi la tête. Ce sera en vain. Maigret, qui a été appelé sur les lieux, se rend pour téléphoner, dans un bistrot du quai de Valmy où la patronne lui répond de façon évasive et sèche. Il retournera dans ce petit bar, dont le patron est absent : Omer Callas est parti depuis quelques jours pour s'approvisionner en vins aux environs de Poitiers, sans que sa femme sache où le joindre. Vieillie avant l'âge, s'adonnant à la boisson, elle dégage, dans son insaisissable indifférence, une personnalité qui intrigue le commissaire. Celui-ci remarque les allées et venues d'un jeune coursier, Antoine, qui couche à l'occasion avec Mme Callas. Il y a aussi un certain Dieudonné, employé modèle, vieil ami de la maison et amant en titre de la patronne. Maigret et le corps sans tête (1955)

Paris n’a jamais consacré d’exposition en hommage à Maigret et il ne figure même pas au musée Grévin. Pourtant, ce serait un juste retour des choses, il aurait aussi sa place à l’excellent musée de la police judiciaire: 4, rue de la Montagne Sainte-Geneviève, par exemple. La Vendée a pris les devants puisqu’elle consacre une exposition à Simenon du 1er octobre 2011 au 26 février 2012 à Les‐Lucs‐sur‐Boulogne : http://bit.ly/pfg1Wo

Vous trouverez ici de nombreuses informations sur l’histoire du commissaire et de son créateur:

http://www.toutsimenon.com/oeuvre/tout-maigret.html

La série policière culte des années 1967 à 1990

Les Champs-Élysées de Joe Dassin

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Source : Le Figaro Eric Neuhoff - 11/07/2011 - http://bit.ly/njIz4i 

 

Avec cette rengaine entraînante, l'avenue la plus célèbre fut sur toutes les lèvres. Paris ressemblait à New York, la ville qui ne dort jamais. En plus, il habitait boulevard Raspail. Son adresse - dans tous les sens du terme - n'empêcha pas Joe Dassin de célébrer la rive droite. Le succès, pour lui, c'était un pont à traverser. De l'autre côté de la Seine, il y avait Les Champs-Élysées, autrement dit la consécration. Ça n'avait pas été une mauvaise idée, de s'emparer du Waterloo Road du groupe anglais Jason Crest. Pierre Delanoë s'attela aux paroles. En 1969, l'avenue la plus célèbre du monde fut sur toutes les lèvres.

Si l'on en croyait le refrain, l'endroit était comme la Samaritaine: on y trouvait tout. Tout ce qu'on voulait. Quelles que soient l'heure et la météo. Soudain, entre la Concorde et l'Arc de triomphe, Paris ressemblait à New York, la ville qui ne dort jamais. Ça ne devait pas gêner le fils de Jules Dassin de prêter à la capitale française les vertus de Manhattan. Le fait d'être Américain lui donnait une aisance, une décontraction, un air de ne pas y toucher qui furent pour beaucoup dans le triomphe de cette rengaine entraînante. Le disque sortit en mai 1969. Un an auparavant, les supporteurs du général de Gaulle défilaient sur les mêmes pavés pour soutenir le président malmené par les étudiants contestataires. Entre-temps, Joe Dassin s'était lancé dans un éloge amusant des Dalton. Difficile de déceler là-dedans une forte conscience politique. Sur scène, la vedette avait appris à manier le lasso.

Champs-Élysées… Ces syllabes magiques font surgir un tas d'images à l'esprit: le drugstore, les cinémas d'exclusivité, le Fouquet's où se retrouvaient les acteurs, les contre-allées où Jean Seberg vendait le New York Herald Tribune dans À bout de souffle. Le pub Renault existait-il déjà? Bizarrement, la chanson ne parle pas de tout cela. Il y a des mots comme ça. Il suffit de les prononcer et l'envoûtement fonctionne: Ve Avenue, via Veneto, Champs-Élysées. Il s'agissait d'une France d'avant le RER. Les Champs-Élysées étaient chics. Les Grands Boulevards, vous n'y pensez pas. Ceux-là étaient bons pour Yves Montand, pour les titis parisiens. Le VIIIe arrondissement incarnait le substrat de l'élégance. Il faut se replacer dans le contexte. Un général dirigeait le pays. La province était une contrée étrangère. Les boutiques n'étaient pas les mêmes partout. Il n'y avait pas de fast-food. On croyait que les galeries marchandes étaient un signe de progrès. Les centres commerciaux incarnaient l'avenir, la modernité. Douce époque.

Le 1er avril - ce n'était pas une blague -, Joe Dassin avait eu un infarctus, le premier d'une longue série. Soudain, la vie s'accélérait un peu trop. Il venait de se disputer avec ses paroliers habituels, Frank Thomas et Jean-Michel Rivat, qui avaient signé entre autres Siffler sur la colline et La Bande à Bonnot. Avec Les Champs-Élysées, le jackpot est au rendez-vous. Sur la pochette jaune du 45-tours, il y a le dessin d'une diligence à l'ancienne. La face B contient Le Chemin de Papa, qui ne fut pas vraiment un échec. Au verso, la photo de l'interprète, de profil, cigare au bec et Ray-Ban sur le nez. Cool, quoi. Pourtant, cela ne plaisante plus. Dassin découvre que le show-business, s'il est parfois un show, est surtout un business. Il va s'occuper sérieusement de ses affaires. Le tube se retrouve no 11 au hit-parade néerlandais pendant sept semaines. À Moscou, la chanson arrive devant les Beatles. Les Chinois fourniront aussi leur version. Jean-Claude Pascal livrera bientôt la sienne en allemand. Dassin enregistre en anglais, en allemand. Au Japon, l'ambassade de France se sert de la chanson pour assurer la promotion du pays. Les orchestres de Georges Jouvin ou de Raymond Lefèvre se mettent de la partie. Dassin effectue une carrière sans faute en URSS. Seule l'Italie semble réticente au talent du chanteur, qui s'exhibe désormais en smoking blanc. La tenue, devenue légendaire, lui a été conseillée par Jacqueline Salvador, à l'occasion d'un tournage de l'émission Les Salves d'or, animée par son mari, Henri. En octobre, Joe Dassin passe en vedette à l'Olympia. Pattes d'éléphant et rouflaquettes, sa dégaine est reconnaissable. Ajoutez à cela ce strabisme qu'il n'a jamais pu corriger et vous avez la panoplie d'une star de la Ve République. Ce grand échalas aux yeux bleus né aux États-Unis incarne une France souriante, débonnaire, romantique, alors que dans la réalité elle ressemble à celle de Claude Chabrol. Il aura beau vanter l'Amérique, Guantanamera et les étés indiens, on l'identifiera toujours aux petits pains au chocolat, à la mélancolie, et à ces filles qui se prénommaient Marie-Jeanne. Son oreille internationale lui permet de vampiriser la variété mondiale. Avoir été élevé dans les meilleures écoles suisses ne lui sera pas inutile. Il était attentif aux textes, lisait Hemingway et Truman Capote, Kerouac et Faulkner, ce qui ne l'empêchait pas de pratiquer, le ski, le golf et la pêche sous-marine. Cette année-là, que Gainsbourg prétendait érotique, il rafle la première place à Johnny Hallyday au référendum du journal Salut les copains. Les yéyés ont des soucis à se faire.

Aujourd'hui, Joe Dassin est mort et les Champs-Élysées ne font plus rêver personne. Il n'y a plus que des boutiques de vêtements et des sandwicheries. Un par un, les cinémas ferment leurs portes. À la Fnac et chez Virgin, les rayons de disques réduisent leur superficie. Le Figaro n'est plus au Rond-Point. Paris Match a émigré en banlieue. La bande du drugstore va avoir droit à la carte vermeil. Les Champs-Élysées, cet hymne à la ville et à l'insouciance, ne serait plus de saison. En un sens, Joe Dassin a eu de la chance de ne pas voir ça.

 

Les amourettes insignifiantes de Denis Diderot

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Statue de Denis Diderot sur le boulevard Saint-GermainLa statue de Denis Diderot à Paris, par Gautherin, est située place Jacques-Copeau, à une centaine de mètres de l’endroit où il passa une bonne partie de sa vie avec sa famille (1).
Il aima cette ville et ne quitta pratiquement jamais son quartier.

S’il conserva pour Langres, sa ville natale, un souvenir ému, il connut le quartier Latin mieux que quiconque et la montagne Sainte-Geneviève devint le théâtre de sa vie. Destiné à devenir prêtre et tonsuré à 14 ans, il commença au Lycée Louis-Le-Grand un parcours que tout le monde voyait brillant, trop brillant même. De chez les jésuites, qui passaient pour savoir dépister les intelligences précoces, il s’enfuit, en face, au collège d’Harcourt (4) chez les jansénistes, puis à la Sorbonne mais dévalait souvent la rue Saint-Jacques, pour se perdre dans les bouges de la ville, tout en reniflant chez les parcheminiers ce qu’il savait être bien et beau. Il connaissait son talent pour traduire le grec, le latin, le français puis l’anglais, très à la mode anglomaniaque,  et survécut en déchiffrant Hume, Stanyan, Shaftesbury et Chambers. Il faillit se paumer définitivement, comme le Rakewell d’Hogarth, il connaissait assurément l’histoire, mais, chercheur obstiné, tout l’intéresse, le passionne, l’émerveille avec un but : croiser Voltaire sur sa route. Il a trente ans en 1743.

Si les jeunes filles de la Comédie-Française, alors rue de Buci, l’obsèdent au point d’y passer des jours et des nuits, s’il connaît la faim dans de sombres et misérables tanières rue du Vieux-Colombier ou des Deux-Ponts, c’est bien l’amour qu’il rencontre avec Antoinette Champion, la fille de sa lingère, qui loge rue Boutebrie, en plein quartier latin et qui lui fait découvrir l’amour fou. Les étés sont brulants et les hivers glacés, il a des engelures aux doigts, mais Nanette est là et il l’épouse clandestinement, contre la volonté de son père, dépité de le voir sombrer. Il meurt de faim, mais est éperdument amoureux et ils s’installent rue Saint-Victor, près de la place Maubert. Toujours sans le sou et troublée par la disparition prématurée des petits Diderot, la mortalité infantile est énorme, sur quatre enfants, un seul survit, Nanette est souvent enceinte, souvent malade, indisponible donc délaissée, le couple se fend.

Diderot reprend sa vie d’avant, souvent au café Landel, rue de Buci, au Procope (2), ou encore à la Régence (3), il trouve en Madeleine de Puisieux une muse qui le pousse à écrire et lui révèle son talent. Il était précepteur, journaliste, rédacteur de sermons pour les prêtres, écrivaillon public, il va devenir écrivain. Elle n’a pas la beauté de Nanette, mais lui fait découvrir le libertinage et les plaisirs acrobatiques et, surtout, les salons élégants de la rive droite. Dufort de Cheverny s’est dit frappé par le feu d’artifice et la verve inépuisable de Diderot durant les salons. Chez d’Holbach (7) ou Helvetius, on est friand de politique et on attaque sans frein la religion, jusqu’à la gaverie. Il verse dans les écrits licencieux, érotiques , Bijoux indiscrets, parenthèse sans doute, mais qui se vendent, corrige les fautes d’orthographe des vers de Madame de Maux qui le paie physiquement, en nature et  “Monsieur le directeur de l’Encyclopédie” , entreprise gigantesque débutée en 1751, probablement au Procope, est arrêté : 3 rue de l’estrapade (5) pour avoir “moqué le roi et la religion”. L’athéisme forcené le conduit au Donjon de Vincennes. Il y restera 103 jours, D’Holbach, D’Alembert et même Voltaire sont indignés et sa célébrité naissante lui permet de recouvrer la liberté, Nanette, son seul enfant encore en vie, qu’il adore, et s’installera rue Tarane (1).

C’est en 1755, au cours d’une balade au Palais-Royal, dans l’Allée d’Argenson (6), parallèle à l’allée de Foy, qui est celle des prostituées, qu’il rencontre Sophie Volland. C’est le jour des obsèques de Montesquieu, du coup, il la nomme “l’amie de Montesquieu”. Elle habite à deux pas, rue des Vieux-Augustins (8), et débute une liaison épistolaire qui reste un monument de la correspondance amoureuse. Si les lettres de Sophie ont disparu, il n’est pas sans risque d’écrire à un philosophe, les siennes nous sont parvenues et témoignent de l’attachement insensé de tout se dire, pendant 20 ans.  “Je suis tout pour vous et vous êtes tout pour moi,…,c’est que vous m’aimez, c’est que je vous aime à la folie,…”(1759) mais surtout descriptions du quotidien, faits-divers, énigmes, réflexions du soir, pensées du matin, conversations, tautologies, anecdotes. Il réserve les grands discours philosophiques à une autre, ce n’est pas le genre de Sophie, il le sait, le sait elle ?. Correspondance futile aussi “je ne tuerai pas une puce sans vous en rendre compte”, “N’est-il pas vrai que vous m’aimeriez mieux mort que méchant ?”, réflexions récurrentes : “Comment un dieu juste a-t-il pu rendre la beauté du monde invisible aux aveugles ?”, il lui explique qu’il s’est attaqué au problème de la quadrature du cercle et que c’est fort difficile, qu’à la guerre, une bataille fut perdue pour une faute bien dérisoire.

Ils sont voisins, à Paris, mais se voient rarement, souvent sur le banc de l’Allée d’Argenson où ils se sont connus. Au fond, Sophie , sa chère Sophie, est un confesseur, une icône qui l’éloigne de la tentation, et qu’il se parle à lui-même, à un miroir pour la postérité. On ne dispose ni de ses lettres, ni de son portrait, mais on sait qu’elle portait des lunettes, se passionnait pour la science et la philosophie et lisait énormément, tout en souhaitant rester célibataire ; les deux amants sont partis à quelques mois d’intervalle. À la fin de sa vie, Denis Diderot a rencontré son ombre, son alter ego. Le 31 juillet 1784 (9), au déjeuner, il prit un abricot, Nanette voulut l’empêcher de manger ce fruit, il le mangea, appuya son coude sur la table pour manger quelques cerises en compote, toussa légèrement, Nanette lui fit une question. Comme il garde le silence, elle leva la tête, le regarda, il n’était plus.



Voir Diderot et Paris dans une fenêtre plus grande

(1) il vivait à partir de 1754 rue Tarane, actuellement approximativement au 149 du boulevard Saint-Germain. La rue a été détruite suite au percement du boulevard et de la rue de Rennes.

(2) 13 rue de l’ancienne-comédie

(3) A l’angle de la rue Saint-Honoré et de la place du Palais-Royal. Café des joueurs d’échecs, pousseurs de bois.

(4) Actuel Lycée Saint-Louis, en haut du boulevard Saint-Michel

(5) Derrière le Lycée Henri IV, sur la montagne Sainte-Geneviève

(6) Galerie de Valois

(7) 8 rue des Moulins, la façade est toujours là

(8 ) Actuellement rue Hérold, à côté du Palais-Royal

(9) Il avait emménagé peu de temps auparavant au 39 rue de Richelieu, près du Palais-Royal, dans un bel appartement de l’Hôtel de Bezons payé par Catherine II, l’impératrice de Russie. Molière est décédé juste en face, au numéro 40.

“Paris déplacé” de Ruth Fiori

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couverture "Paris déplacé"

Présentation par l’éditeur : 


 

Un hôtel particulier qui sillonne la capitale, des stations de métro changeant d’adresse, des façades qui se mettent au vert, des escaliers traversant les océans, des décors qui s’expatrient…
La capitale aurait-elle le goût des voyages ?
Les déplacements concernent aussi bien des fragments
d’architecture que des édifices entiers, des fontaines, des
statues, du mobilier urbain ou des décors intérieurs. Les
transferts varient de quelques mètres au changement complet de quartier, de ville, de pays, voire de continent. Les premiers
exemples connus remontent à la fin du XVIIIe siècle. Certains
sont restés célèbres, d’autres moins. Ce livre en recense plus
d’une centaine.

On suivra, entre autres :
• la façade de la gare du Nord jusqu’à la gare de Lille,
• l’hôtel de Massa des Champs-Élysées jusqu’au faubourg-
Saint-Jacques (5e),
• les allers-retours de la maison de François Ier entre Moret-sur-Loing et Paris,
• la façade d’un lavoir déplacée de quelques mètres dans la rue
de Cotte (12e),
• la station Hôtel-de-Ville jusqu’à Abbesses,
• le portail d’une église de l’île de la Cité jusqu’à Saint-Séverin,
• des vestiges des Tuileries en Corse et à Berlin,
• des fragments de la tour Eiffel aux Etats-Unis,
• l’obélisque du cimetière des Innocents dans l’Oise,
• une devanture de boutique Louis XV de l’île Saint-Louis au
Metropolitan Museum of Arts de New York,
• une fontaine de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés dans le
square Paul-Langevin (5e),
• les vantaux de la prison du Cherche-Midi à Créteil…


Docteure en histoire de l’art, anciennement chargée de
recherche à l’INHA, Ruth Fiori est l’auteur d’une thèse sur «
La construction d’une conscience patrimoniale parisienne à la
fin du XIXe siècle » (2009, Paris I), qui a reçu le prix du musée
d’Orsay en 2010.

 

 

 

Éditions Parigramme
58, rue du Faubourg-Poissonnière
75010 Paris
Fiche technique : 19,5x22,5, 240 pages,
450 photographies et documents anciens,
relié plein papier pelliculé, impression
quadri
Prix : 29 euros
ISBN : 978-2-84096-665-4
Parution : mai 2011

http://www.parigramme.com/Collections/Beaux-Livres/Paris-deplace.htm

 
                               

L’Église de Charonne et Le Château de Bagnolet

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Il existe dans le vingtième arrondissement un endroit particulier, très ancien, qui a réussi l’exploit de subsister depuis le XIIIème siècle (avec seulement quatre piliers qui datent de cette époque), ce qui est particulièrement rare à Paris. C’est l’Église de Saint-Germain de Charonne.
Exploit, car située à un endroit argileux, plein de sources, ce qui nécessite une vigilance particulière en raison des risques d’effondrement. Elle est d’ailleurs en travaux actuellement pour consolider de nouveau la structure. Une autre de ses particularités est qu’elle a conservé son cimetière à l’allure champêtre, une des rares églises à Paris dans ce cas. Les cimetières ayant été renvoyés en dehors du mur des fermiers généraux, Charonne ne fut pas touché car la commune faisait partie des villages extérieurs annexés en 1860. Bien sûr, ce n’est pas le Père Lachaise mais y reposent quelques personnages célèbres Étoile et la tombe  la plus visitée est celle où reposent Josette Clotis épouse (?) Malraux, avec ses deux fils, la fin tragique de la deuxième épouse de l’écrivain aventurier et de ses deux fils y est sûrement pour beaucoup.

Suivent celles de Robert Brasillach, de Maurice Bardèche, son beau-frère, et de l’acteur Pierre Blanchar. Sont aussi inhumés ici dans une fosse commune de nombreux fédérés de la commune de 1871 et Magloire. Bègue, dit Magloire, se faisait passer pour le secrétaire de Maximilien de Robespierre et dispose d’un carré surprenant, impressionnant avec sa statue. Tombe de Magloire au cimetiere de CharonneUne revanche par rapport à son maitre dont le corps a été recouvert de chaux vive en 1794 et n’a jamais été retrouvé. Ivrogne, il aurait été inhumé avec une bouteille.

"Il nous faut chanter à la gloire ; De Bègue François-Eloy ; Ami rare et sincère ; Fit mention dans son testament ; Qu’il fut enterré en chantant.  Pour le fêter en bon vivant ; Il nous laissa chacun cinq francs ; En vrais disciples de Grégoire ; Versons du vin et puis trinquons ; Buvons ensemble à sa mémoire ;  C’est en l’honneur de son trépas ; Qu’il a commandé ce repas"



 



Présentation de l’Église de Charonne par Arthur

 

Près de l’Église où se seraient rencontrés Sainte Geneviève de Paris et Saint Germain l’Auxerrois se trouvent les restes du Château de Bagnolet : l’Ermitage et le square Antoine Blondin. Si ce dernier, hommage à l’écrivain parisien, de création récente (1988) est clairement un square pour enfants, ce n’est pas le cas de l’Ermitage. l'Ermitage du chateau de BagnoletAncienne folie de la duchesse d’Orléans, femme du Régent, fille de Louis XIV et de Mme de Montespan, c’est dans ce pavillon qu’eut lieu la conspiration du baron de Batz pour sauver Louis XVI et Marie-Antoinette en 1793. Si, dans les allées transformées en jardin d’enfants, on peut reconnaître quelques restes de fabriques, l’intérêt se trouve surtout à l’intérieur du pavillon qui est relativement bien conservé avec justement une exposition sur les folies du XVIIIe. À voir, par exemple, lors des journées du patrimoine des 17-18 Septembre. http://www.pavillondelermitage.com

Étoile Je profite aussi de l’occasion pour signaler à ceux qui cherchent la tombe d’une personnalité célèbre, l’excellent site http://www.landrucimetieres.fr/spip/ , ça peut servir.

(?) Il n’est pas clair s’ils étaient vraiment mariés. Probablement pas.

L'exposition "Le XVIIIe au goût du jour" vue par des visiteurs

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Commentaire du Château de Versailles :

Du 8 juillet au 9 octobre 2011, le château de Versailles et le musée Galliera présentent, dans les appartements du Grand Trianon, une exposition consacrée à l’influence du Siècle des Lumières sur la mode contemporaine.

Vivienne Westwood, Karl Lagerfeld pour Chanel, Dior, Jean Paul Gaultier, Christian Lacroix, Olivier Theyskens pour Rochas, Martin Margiela, Azzedine Alaïa, Alexander McQueen pour Givenchy, Yohji Yamamoto, Thierry Mugler… tous ont revisité et fantasmé le XVIIIe siècle.

Entre haute couture et prêt-à-porter, une cinquantaine de modèles de ces grands créateurs du XXe siècle dialoguent avec les costumes et accessoires du XVIIIe et racontent comment ce siècle est cité avec un intérêt constant. Ces pièces proviennent des archives des maisons de couture et des collections de Galliera.

Depuis le 8 juillet, le XVIIIe est au goût du jour au Grand Trianon. Nous avons suivi des visiteurs au cours de leur visite de l'exposition et avons récolté leurs sentiments. Partagez leurs impressions à travers cette vidéo sur les modèles Dior, Christian Lacroix, Vivienne Westwood...

 

Exposition “Le XVIIIe au goût du jour” à Versailles

http://www.chateauversailles.fr/les-actualites-du-domaine/evenements/evenements/expositions/le-xviiie-au-gout-du-jour

La débâcle de 1940 : Tout va très bien, Madame la Marquise

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Le personnel politique radical-socialiste de la troisième République avait un penchant avéré pour les femmes de théâtre ou de la chansonnette. Cela se faisait, bien sûr, au vu et au su de tout le monde et répondait en écho à une coutume bien ancrée dans la tradition des monarques et de leurs favorites depuis Agnès Sorel jusqu’à Zoé Victoire. Aristide Briand et la comédienne Berthe Cerny, Joseph Paul-Boncour et l’actrice Marie Ventura, André Tardieu avec son célèbre fume-cigarette et Mary Marquet, Georges Mandel et Béatrice Bretty, Yvon Delbos et Germaine Rouer, Guy La Chambre et la chanteuse Cora Madou : Galerie des couples fameux au rayon des indiscrétions de la vie parisienne. Les présidents du conseil se succédaient et les potins fleurissaient, mais très souvent à la rubrique spectacle et dans la bonne humeur. Cela changea au cours des années Trente et le destin de deux de ces liaisons se confondit avec les évènements les plus tragiques auxquels le pays ait eu à faire face depuis longtemps.

Ray Ventura : Tout va très bien, Madame la Marquise (1935)

Les infortunées se nommaient Marie-Louise de Crussol et Hélène de Portes et montraient plus d’aisance dans les salons feutrés et les cabinets secrets que sur les planches, noblesse oblige. Elles avaient lié leur destin à deux oisillons prometteurs du temps de la république sociale : Édouard Daladier et Paul Reynaud. La première impressionnait par son origine illustre, ses manières mondaines et son tempérament “éclairé”. Cavalière émérite, diplômée de sciences-po, elle fréquentait les vernissages, concerts brillants et tenait salon au 103 rue Henri-Martin où trônaient les armes prestigieuses des Crussol d’Uzès. C’est plus qu’il n’en fallait pour dompter le “taureau du Vaucluse” qui avait l’habitude de rouler ses cigarettes. Inconsolable, depuis la mort de sa femme en 1930, qui, très cultivée, lui avait fait découvrir Paris, son histoire, ses rues et son estrade : le Palais-Bourbon. La “Marquise Rouge” , ainsi nommée pour ses relations avec la gauche fortunée lui fera maintenant découvrir et apprécier un havre de paix à la Celle-Saint-Cloud : la Châtaigneraie. Il fallait bien un peu de repos à celui qui fut évincé après les scandales qui ont conduit au 6 février 1934 mais reviendra pour signer les fameux accords de Munich en 1938. Toujours hésitant, toujours ne sachant que faire, pensant une chose et son contraire, il revint de Munich pensant qu’on n’éviterait pas la guerre. Pacifiste malgré lui et sans illusions, tout l’homme était là. Et la marquise ne se prive pas d’en répandre la contradiction dans Paris. Cette ambition mondaine se perdra dans la débâcle, la fuite vers Bordeaux, la fin de la république, le “Massilia”. La belle marquise ne se rendra jamais au château de Chazeron où Édouard attendra, abattu, le procès de Riom.

À 500 mètres de la Châtaigneraie, dans la “petite maison de poupée”, roucoulait le couple d’amoureux que formait la comtesse Hélène de Portes avec Paul Reynaud. Les deux voisins se jalousaient férocement aussi, quand celui-ci remplaça Daladier en mars 1940 à la présidence du Conseil, suite à l’invasion de la Belgique par les Allemands, ce fut l’apothéose, car à partir de ce jour, tout alla de mal en pis. À la différence de Marie-Louise, qui pérorait mais laissait en paix les cabinets, la comtesse, née Rebuffel, négociants marseillais, comptait bien jouer son rôle en politique et après avoir donné deux enfants à son mari, se considérait libre de suivre celui qu’elle aimait. Brune séduisante, elle devint en toute simplicité celle dont les avis couraient partout et montaient jusqu’à la présidence du conseil. Le “perroquet” , ainsi l’appelait Winston Churchill, jacassait partout et tout le temps et exaspérait les chancelleries par ses sottises, sa voix aigüe, son verbe haut. Paul Reynaud , amoureux d’une grande bonté, laissait faire. Moins de trois mois après l’arrivée de son chéri au pouvoir, la belle comtesse devint folle de voir s’écrouler son rêve de grandeur et prit peur à l’arrivée des Nazis. Surexcitée, elle oscilla entre une attitude défaitiste, méfiante à l’égard des Anglais, armistice, d’un côté et la résistance sur un front qui n’existe plus ou réduit breton, de l’autre. Dans ces terribles journées de Juin, elle trouve toutefois le temps d’évoquer son mariage avec “Paul”, l’annulation de son mariage, on veut se marier à l’église et son souhait de “vivre à la campagne”. Le couple arrive à Bordeaux le 15 juin et loge à l’Hôtel Splendid. Le 16, Hélène pense encore pouvoir sauver Paul dans un gouvernement d’armistice présidé par Philippe Pétain, mais elle déchantera vite. Le 16, donc, Paul donne sa démission et Albert Lebrun demande à Pétain de former un gouvernement pour négocier ce qu’il reste à négocier, c’est-à-dire pas grand-chose, avec des hommes à lui. Le lendemain, Charles De Gaulle, secrétaire d’État de Paul Reynaud, lucide, part pour Londres dans un avion anglais. Pour Paul et Hélène, tout est fini.

L’aventure se terminera tragiquement le 28, près de Sète où le couple se trouve, sur la route des Alpes pour se “ressourcer”, lui est de Barcelonnette. Dans le lieu-dit La Peyrade, Paul propulse inexplicablement sa voiture contre un platane. Hélène est tuée sur le coup et sa tête à moitié arrachée. Dans son journal, il écrira :

 “qu’il cherche une raison de vivre, une autre vie, Jusqu’ici joies…, voluptés délicates…, c’est fini…”.

Enfermé au château de Chazeron, avec Édouard Daladier, ce sera Mme Reynaud, pourtant séparée officiellement depuis huit ans de son mari, mais toujours généreuse, qui lui portera des vivres.

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