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    Le Voyage de Charles IV à Paris en 1378

    Banquet donn lors de la venue de l'empereur.  gauche Charles IV, au centre Charles V, et  droite Wenceslas le roi de Rome.Le voyage de Charles IV en France a commencé en novembre 1377. L’Empereur germanique est gravement malade et souhaite se rendre sur des lieux pieux, à la basilique Saint-Denis et à la Sainte-Chapelle. Souffrant de la goutte, il espère trouver une guérison dans l'abbaye de Saint-Maure-des-Fossés, réputée pour ses méthodes de traitement. Il  vient rendre visite au roi Charles V de France, son neveu et lui apporter son soutien. Celui-ci est toujours en guerre contre l’Angleterre, depuis l’enfance, depuis que son père Jean II le Bon s’est fait capturé à Poitiers en 1356. Le vieil empereur romain a toujours soutenu son neveu dans cette guerre. Et le roi de France, l’intellectuel à la main difforme, est en passe de la remporter.

    Avec ses amis, Du Guesclin, Clisson, Mauny, Jean de Vienne, Boucicaut, d’Orgemont, il a effacé Crécy et Poitiers. C’est de nouveau un pays riche et puissant, purgé des Anglais, qui s’offre à ses visiteurs. Pour Charles le sage, c’est la consécration.
    L’Empereur vient aussi voir Paris, un Paris transformé en citadelle par son neveu toile. Une nouvelle muraille rive-droite double celle de Philippe-Auguste. Un fossé de 29 m de large sur 4m de profondeur l’entoure. Elle comprend 6 portes : St Honoré (où sera blessée Jeanne d’Arc), Montmartre, St-Denis, St-Martin, Temple et surtout St-Antoine, où est érigé une bastille redoutable. Cette Bastille en construction est destinée à protéger l’hôtel Saint-Pol, une nouvelle résidence hors-les-murs, dans le Marais, où le roi a fait installer une ménagerie avec une dizaine de lions, un jardin avec une pièce d’eau où nagent des saumons et des appartements plus agréables qu’au Louvre ou au Palais de la Cité, confié à un concierge. Sur la route de Paris, l’empereur s’est arrêté en janvier 1378 à Vincennes et à Beauté , deux endroits transformés par son hôte, l’un pour la guerre et sa défense, l’autre pour la paix et le raffinement. Les deux visages de Charles, car s’il est sage et retors, il maitrise aussi les sept arts libéraux.
    « À beauté fu l'Empereur plusieurs jours et le Roy chascun jour l'aloit visiter et en secret parloient longuement » écrit Christine de Pisan
     Christine de Pisan “Petite clochette qui grand bruit sonne”, éblouie par Charles, avait treize ans quand l’Empereur arriva à Paris sur son cheval noir caparaçonné et ses trois cents cavaliers précédés de trompettes et de gonfanons multicolores. Les embarras de Paris rendaient impossible la circulation du convoi, aussi fut-il embarqué sur la Seine pour se rendre au Louvre, en passant devant Notre-Dame et le Palais de la Cité.
    La Bastille et l'hotel Saint-Pol
    Une fois débarqué, il se rendit au nouveau Louvre. Là, il put admirer un escalier en vis extérieur qui n’avait pas d’équivalent à l’époque mais dans la somptueuse résidence construite par le maître maçon Raymond du Temple se trouvait toujours une épicerie, une fauconnerie, une fruiterie et des écuries pour tenir un siège et chacune des tours était bien gardée. Le roi y a fait aménager une bibliothèque sur trois étages dans la tour de la fauconnerie qui contenait  843 ouvrages dont un bon tiers traitait d’astrologie ou de géomancie, mais son auteur préféré restait Aristote. Le Roi lui fit aussi admirer son trésor : bijoux et rubis, perles et saphirs ainsi que les coupes d’or où avaient bu Dagobert, Charlemagne et Saint-Louis, des pierres magiques supposées calmer la douleur ainsi que mille merveilles. Il y avait déjà presque un musée au Louvre. L’entourage royal n’était pas en reste et si les hommes portaient pourpoint et chausses collantes, le poète Eustache Deschamps décrivit :
    “Les robes de nouvelle forge, par quoi les tettins et la gorge, par la façon des entrepans, puissent être plus apparents”
    Le point culminant fut le banquet. Le vieil homme dût affronter 60 plats avant d’attaquer la corbeille de fruits. Les cuisines du roi comprenaient 150 personnes et le premier queux de Charles V était Taillevent, dont la spécialité était le cygne et le paon reconstitué. Il servait aussi d’autres chefs-d’œuvre comme le fameux lièvre à la broche, truffé de lard, cuit dans du bouillon de bœuf et du vin avec des croûtons, accompagné de gingembre, de cannelle, de clous de girofle et du poivre. En entremet, des baladins jouent les Croisades, prêche de Pierre l’Ermite, expédition de Godefroi de Bouillon, prise de Jérusalem.
    L’Empereur apprécia ce voyage extraordinaire, mais fatiguant et assez peu diététique. Les reliques ne suffirent pas et la goutte l’emporta. Il mourut peu après, en novembre 1378.  Charles V s’éteindra en 1380 dans son cher château de Beauté sur Marne. Son épitaphe à Saint-Denis sera : « Cy gist le roy Charles le Quint, sage et éloquent... »




    Le voyage de Charles IV en France par Frantisek Smahel à Radio Prague

    http://www.radio.cz/fr/rubrique/histoire/le-voyage-de-charles-iv-en-france-1
    toile Voir cette carte de Paris en 1450 (pdf)
    http://paris-atlas-historique.fr/resources/paris1450.pdf

    2 commentaires:

    1. Un morceau de l'Histoire de France bien écrit et que l'on parcourt comme un roman. Je ne savais pas que Christine de Pisan avait croisé la route de l'empereur Charles IV.
      A bientôt.

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    2. Christine de Pisan était la fille de Thomas, astrologue et médecin, que Charles avait fait venir de Bologne en 1368.Elle avait quatre ans.

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